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 [Emilie Dupin]

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Eldu

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MessageSujet: [Emilie Dupin]   Ven 27 Mar - 19:58

Bon alors faut que je vous raconte un truc.

Aujourd'hui, à l'initiative de l'association australienne "Sauvons les koalas albinos atteints de strabisme divergent" (jamais entendu un nom d'assoc' aussi débile), TOUTES les joueuses qui participent au tournoi de Brisbane ont été invitées à un banquet de bienfaisance de mes genoux en leur honneur (des koalas, pas de mes genoux).

Et donc bon, moi à la base vous connaissez l'intérêt que je porte à ces petits ersatz merdiques de nounours en peluche de fond de stock d'invendus, sérieux c'est vraiment naze de chez naze cette bestiole, ce truc passe SA VIE accroché à une branche !

Nan mais regardez, même mort ça reste accroché putain !


Bref, je m'en contrefoutais royalement, mais quand il y a des trucs à grailler gratuitement je prends.

Alors déjà tenue correcte exigée, je me suis donc faite jeter parce qu'apparemment être en jean-t-shirt-basket c'est pas compatible avec la sauvegarde des koalas. Par chance j'avais dans mes bagages les fringues que j'avais mis pour l'enterrement de mon grand-oncle la semaine dernière, ouais je sais c'est triste mais je savais même pas qu'il existait quand j'ai appris sa mort, mais bon je m'égare.

Donc je reviens, cette fois on me laisse entrer. Ni une ni deux, je me jette sur les petits fours pendant qu'un attroupement d'écervelés reste en extase devant un koala dans une cage. Par curiosité, je finis par m'approcher de ladite cage, et je me dis que j'assiste une fois de plus à un moment de vie tellement inintéressant qu'il en devient notable. Je voyais tous ces gens pousser des petits cris de fillette devant cette bestiole complètement paumée et grotesque, agrippée à sa branche avec ses yeux qui partaient en vrille, rapport à son strabisme divergent.
C'est là que j'ai commencé à craquer.

Toute cette accumulation de détails ont fini par faire monter en moi une envie de me marrer comme une baleine, une approche imminente de fou-rire explosif comme j'en ai rarement connus dans ma vie.
J'ai eu beau tenter de le contenir, mais c'était plus fort que moi et ça a fini par sortir. Le problème, c'est que j'avais encore la bouche pleine des petits fours dont je m'étais goinfrée (bah oui faut suivre), et il se trouve que l'éruption tant redoutée a projeté des fragments en quantité relativement notable sur la tronche du marsupial, lequel s'est mis à émettre un cri indéfinissable, un mélange entre un bébé en pleurs et un Gremlin agonisant, sans compter les cries d'orfraie que poussaient tous les glandus autour.

Bref c'était le merdier, mais je continuais de me marrer, parce que le cri de la bestiole ne s'arrêtait pas et, fatalement, ça a alimenté mon rire de plus belle. J'en étais à un point où j'en pleurais et avais des difficultés à respirer, j'ai cru que j'allais en crever !

Au bout de quelques minutes j'ai quand même réussi à reprendre mes esprits. Évidemment, tout le monde me regardait mais je m'en cognais complètement, ça faisait bien trop longtemps que je m'étais pas autant marrée.
Des mecs qui devaient être employés au zoo du coin ont ouvert la cage pour nettoyer ce truc poilu tout en me lançant des regards noirs, mais j'avais ré attaqué les petits fours depuis un moment donc je m'en foutais.

Voilà ça c'était le bon moment, par contre le mauvais allait me tomber sur le coin de la gueule très bientôt...

En fait ce que j'ignorais, c'est que ces gros malins s'étaient entendus avec l'organisation du tournoi pour verser des dons à l'association, dons élevés à 100$ par point gagnant que ferait une joueuse qu'on aura tirée au sort au préalable.
Ça y est, vous devinez la suite ?

Quand ils ont annoncé ça, je m'en faisais pas trop parce que pour que je sois l'élue sur 32 joueuses, il faudrait vraiment que Dieu existe et qu'il ait décidé de se foutre de ma gueule. Eh ben là je me pose sérieusement la question...
Bon par contre je dois avouer que c'était assez drôle de voir toutes ces gueules déconfites à l'annonce de mon nom. Ce qui était moins drôle c'est que la joueuse élue était censée faire un petit discours pour faire la lèche à ces blaireaux...
J'étais sûre que ces salopards se délecteraient de me voir mal à l'aise, alors il fallait que je trouve une parade, un petit revers décroisé dans leur face qui les planterait sur place !

C'est alors que m'est venue l'illumination. J'ai senti qu'avec ces pète-sec il fallait la jouer fine pour les mettre à leur tour mal à l'aise, j'ai donc décidé d'utiliser la première arme par destination qui me tombait sous la main dans ce contexte : celle de la victimisation !

Voici ce que je leur ai balancé dans la gueule :

"Merci, merci beaucoup, vraiment c'est un honneur pour moi de jouer pour améliorer la vie de ces... trucs. D'ailleurs, puisqu'on en est à parler d'animaux, donc d'environnement, donc des terres naturelles d'Australie, j'espère que les autochtones du coin qu'on appelle les aborigènes viendront nombreux pour assister à ce tournoi ! Enfin, je me fais pas trop d'illusions, vu qu'ils vivent dans la misère et l'alcoolisme depuis que la reine des rosbeefs a débarqué il y a quelques siècles. Sur ce, merci encore et longue vie aux bébêtes poilues, et pas seulement celles qui sont trop "'gnognonnes kikoolol" ! Peace les amis !"

Après quoi, le service d'ordre est bien entendu intervenu pour me faire évacuer en sécurité pendant qu'on me jetait des trucs dessus, mais rien de plus qu'une impression de déjà vu pour moi.
Ah et j'ai aussi reçu des mails et des coups de téléphone du Ministère des Affaires Etrangères du Luxembourg, je sais pas trop ce qu'ils me veulent mais je suppose que c'est pas pour m'inviter dans un autre banquet de défense des animaux, ha !

Enfin le plus drôle dans tout ça, c'est qu'officiellement je reste la marraine des koalas albinos atteints de strabisme divergent sur ce tournoi, alors que je ne vise absolument pas la victoire finale, tout au plus passer un tour ou deux histoire de me mettre en jambes pour l'OA.
Ouais... Ils ont vraiment pas tiré le bon numéro.
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Vahi
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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Ven 27 Mar - 21:54

Eldu a écrit:
Nan mais regardez, même mort ça reste accroché putain !

Excellente cette remarque ! Toujours très sympa à côtoyer cette Dupin ! Very Happy

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Joaquin Arcilla
Morten Christensen
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Paulopoule

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Ven 27 Mar - 22:14

Dupin forever...Merci Eldu
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Szynal

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Ven 27 Mar - 22:20

Ah ah merci pour la tranche de rire.

Par contre, va mieux falloir pour Emilie éviter de se retrouver face à Hannah sur les courts. L'aborigène alcoolique risque de lui faire ravaler ses balles !

_________________
David Heinzo, la grinta argentine à l'état pur !        
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Erik Larsson, le sang-froid Suédois !
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Filipino

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Sam 28 Mar - 14:37

Toujours aussi bon!
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Dexter

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Sam 4 Avr - 15:11

punaise Eldu est là aussi. Tu sais que j'ai réecouté notre parodie audio sur you tube il y a peu ?
cool de te retrouver.
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Eldu

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Jeu 28 Mai - 19:15

Récemment, la jeune joueuse Emilie Dupin a encore fait parler d'elle. En effet, suite à ses derniers résultats en dents de scie, la Luxembourgeoise a fait savoir lors de sa dernière conférence de presse que désormais elle ferait de la "minimisation" son nouveau "mantra", selon ses propres termes.

Lorsqu'un journaliste se risqua à lui demander d'en dire plus, voici ce qui en résulta :


- Bah c'est simple, toi par exemple, t'as déjà de la calvitie alors que tu fais pas 40 ans et c'est sûrement devenu un complexe par rapport à ceux qui ont des cheveux. Ben je t'invite à MI-NI-MI-SER ! Si on se fout de ta gueule, tu réponds "bah ouais... t'as des cheveux quoi. C'est comme des poils mais sur la tête, on vit très bien sans."

- Hmm intéressant... et ça marche donc dans votre quotidienne ? Vous avez d'autres exemples ?

- Comme si j'avais que ça à foutre de vous parler de ma vie... Bon si vous insistez, par exemple hier au supermarché un petit gamin a trouvé juste à mes pieds une pièce d'un euro. Il était tout fier le nain à brandir sous mon nez sa fortune, alors j'ai mis en application ce que vous savez.
Je lui ai dit : "Bah tu sais gamin, c'est juste un euro. Avec l'inflation actuelle tu peux pas t'acheter grand chose avec, sans parler du peu d'amour propre dont tu fais preuve à exhiber fièrement un simple bout de métal comme il en existe des milliards sur la planète. Le fils d'un prince saoudien se foutrait bien de ta tronche si il te voyait..."

- Et... ça a marché ?

- Ouais, plus que je l'espérais ! Le petit troll s'est mis à chialer dans les jupes de sa mère, et moi j'avais le sentiment du devoir accompli.

- Mais alors vous parvenez à minimiser à la fois vos propres désagréments, mais aussi ceux que le monde vous inflige ?

- Carrément ! Allez-y, citez-moi n'importe quel sujet d'actualité dont on nous rabat les oreilles, j'en fais de la purée, je vous mets au défi de me coller !

- Très bien, euh... la crise du chômage ?

- Bah, c'est juste des gens qui bossent pas, à la place ils font autre chose, profitent de la vie, jouent à la Playstation...

- Mais c'est terrible ce que vous dites !

- On s'en fout, l'important c'est de minimiser ! Allez, suivant !

- La naissance du "royal baby" en Angleterre ?

- Bah, c'est juste un chiard de plus fait des mêmes molécules que les milliards d'autres êtres humains de la planète, il va bouffer et chier son blédilait comme les autres. Du blédilait tout frais de luxe peut-être, mais chié quand même au final.

- Impresionnant. Ah, et la sonde Rosetta qui s'est posée sur une comète ?

- Bah, c'est juste de la ferraille propulsée depuis la Terre qui se pose sur un gros caillou glacé, c'est vachement trépidant... Eh regardez, j'arrive à poser ce stylo sur ma main alors qu'elle est en mouvement !

- Et les récents succès de votre partenaire d'entraînement Nobuo Hayashida en Coupe Davis ?

- Pffrt ! Ai-je vraiment besoin de minimiser le fait que Pikachu soit capable d'accomplir l'action primaire de renvoyer une balle de l'autre côté d'un filet ?

- Votre méthode est certes remarquable, mais qu'en est-il de votre gestion de la défaite ? Par exemple celle, cuisante, que vous avez subie à Rio face à celle que vous surnommiez avec dédain la "Reine des Neiges".

- Ta gueule.

- Je vous demande pardon ?

- Je t'ai dit de la fermer. T'es qui, t'es quoi au juste ? On était là tranquillement à discuter philosophie et c'était d'ailleurs bien la première fois que je trouvais une conversation digne de ce nom avec vous autres les fouille-merde, toi tu débarques et tu me dégueules ta bile sur la tronche comme ça, gratuitement.

- Mais attendez, j'ai juste-

- Alors écoute-moi bien résidu de cérumène de putois scatophile, tu vas ravaler ta question ainsi que ta tablette de nerd boboïde made in China et les garder bien au chaud dans les méandres crasseuses et dénuées d'honneur qui te servent de cerveau, avant que ce soit moi qui vienne te les faire ravaler physiquement en te laissant deviner par quel orifice. Ouais c'est ça, COURS ! ET JE TE CONSEILLE DE TE FAIRE REFAIRE LE VISAGE PARCE QUE J'OUBLIE JAMAIS UNE TETE DE GLAND !
Hmm. Bon, maintenant que cette petite affaire est réglée, quelqu'un a un autre sujet que je pourrais minimiser ? Je commençais à bien me marrer mine de rien...


Bien entendu, plus personne ne prit la parole et la conférence s'arrêta là. On peut sans doute se risquer à interpréter sa réaction quelque peu "échaudée" à cette dernière question comme une catharsis inconsciente de sa part, visant à accélérer le processus d'intégration de cette défaite douloureuse, dans le but d'aller de l'avant et de décupler sa volonté d'écraser ses futures adversaires.
Ou bien on peut simplement supposer qu'elle soit plutôt mauvaise perdante...
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Dexter

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Jeu 28 Mai - 20:07

Excellent mais alors excellent. j'ai explosé de rire seul devant mon PC. Very Happy
Il est trop fort cet Eldu. vraiment très bon...
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Eldu

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Ven 31 Juil - 18:44

En fouillant dans mes vieux mails je suis tombé sur cette nouvelle que j'avais écrite à l'époque TWT. Je me suis dit qu'elle avait sa place ici Smile.
Désolé pour la mise en page foireuse par contre, si j'ai pas trop la flemme je supprimerai les retours à la ligne.






Je me nomme Gontrand Larose, journaliste sportif de mon état et de nationalité
luxembourgeoise. Je n’écris ces lignes pour personne d’autre que moi-même dans un but
thérapeutique, ce afin de me libérer du poids de la culpabilité et du dégoût qui m’oppressent
depuis cette fameuse nuit à Palerme, alors même qu’à ce moment je crains pour la vie d’un
membre de ma famille et que je suis incapable de l’aider sinon de me taire…

Pour mieux délivrer mon désarroi dans cette descente vertigineuse de ma dignité, je me dois
de faire une brève présentation de ma personne.

Auparavant journaliste titulaire dans un grand quotidien luxembourgeois, je m’étais retrouvé
sans emploi. La faute à la crise des journaux papier et aussi, dit-on, à ma prose jugée
pompeuse, condescendante voire absconse. J’eus beau me défendre de ces qualificatifs
erronés avec toute la vigueur qui me caractérise, las, je devais trouver un autre emploi à
l’horizon brumeux de notre triste époque.

Dépité, j’acceptai une offre de la « Gazette sportive du Luxembourg », journal
luxembourgeois orienté vers le sport comme son intitulé l’indique, en attendant de trouver un
journal orienté davantage à ma plume.

C’est lors de la première semaine que le rédacteur en chef m’enjoignit de procéder à une
interview la plus complète possible d’une jeune joueuse de tennis de ma patrie. Moi-même
féru de ce noble sport, mais ne suivant que peu son actualité, je demandai alors des
précisions.

-Bah c’est Emilie Duchemin, ou Dugrain je sais plus, bref c’est la petite gamine de 16 ans qui
terrorise son monde à la WTA. Je veux que t’ailles la rencontrer ce week-end à Palerme
avant qu’elle commence son tournoi, tu me feras une interview détaillée d’elle, je veux des
infos sur sa vie, son enfance, ses défauts, ses secrets honteux ou inavouables, bref je veux du
dossier, des trucs croustillants, y a de quoi faire avec elle !

Troublé par cette succincte description mais néanmoins enjoué à l’idée de faire ce voyage
dans l’historique Palerme pour y questionner une jeune fille peu commune, je me mis en
route promptement.

Le crépuscule était bien frais dans la sublime Sicile, et je prenais plaisir à humer cet air
bienfaiteur dans l’amas de ruelles aussi vieilles que virevoltantes. Je m’arrêtai toutefois
devant cet hôtel qui jurait avec le reste du décor : miteux, sale, menaçant à tout moment de
s’effondrer sur la chaussée tel un ivrogne en bout de course. Je vérifiai mes notes : c’était
bien en ce lieu que logeaient le coach de tennis Eldu et sa jeune protégée Emilie Dupin.

A peine eus-je présenté ma carte de presse à l’hôtelier, un homme à l’âge aussi avancé que
sa bedaine, que je fus insulté lorsque je lui citai le nom de Dupin. Ce déluge de grossièretés
italiennes m’assaillit et ce n’est qu’euphémisme que de dire qu’ils ne me réchauffèrent pas
comme un poème de Domenico di Giovanni.

L’inquiétude me gagna tandis que je montai les marches grinçantes et mal éclairées jusqu’au
dernier étage.
La porte au fond du couloir était celle qui me fut indiquée par le furieux italien entre deux
jurons, la numéro neuf, juste en face de la chambre louée par son coach. Je pensai aussitôt à
un cliché de mauvais film lorsque je vis le « neuf » mal fixé et retourné, muté en six. Le six,
chiffre du diable ? Je ris de cette pensée puérile et frappai avec vigueur à la porte.

Celle-ci s’ouvrit, à ma grande surprise, presque aussitôt et avec grande énergie !
Devant moi se tenait la fameuse jeune fille, vêtue d’un bas de survêtement et d’un simple t-
shirt. Sa petite taille était compensée par l’expression saisissante de son visage, que je
décrirais comme une allégorie entre la colère des enfers et la froideur d’un iceberg.

-Qu’est-ce que c’est que ce truc ? J’attendais une pizza moi, lança-t-elle en m’observant des
pieds à la tête.

Quelque peu vexé d’être appelé un « truc », je calmai mes esprits en songeant à son jeune
âge propice à la fougue incontrôlée et—

-Pfft ! Et c’est quoi ce nœud papillon, t’es agent secret, elle est où ton Aston Martin ?

Son rire moqueur qui suivit cette boutade fut finalement le bienvenu car il permit de
commencer à briser la glace, bien qu’elle continua allègrement de me ridiculiser plus qu’il
n’en faut à mon goût.

-Je suis Gontrand Larose, journaliste sportif. J’ai pris rendez-vous avec votre coach pour vous
interviewer. Mes salutations, mademoiselle Dupin.

-Oooh, ooooh ! Mes salutations ! Oho mes hommages, je vous salue bien bas messire ! Bon
allez, écrase ta raie, j’ai pas que ça à foutre.

C’est à cet instant que me revinrent à l’esprit les mots de ce collègue avant que je ne quitte le
bureau. Lorsqu’il apprit que je partais questionner cette joueuse, ses yeux s’écarquillèrent
comme ceux d’un crapaud puis il s’empressa de me décrire le diable –ou plutôt la diablesse
en personne. Force est de constater qu’il fut honnête ! Cette adolescente aurait aisément
joué le rôle d’une personne possédée par Lucifer dans un film à grand budget, et ce, sans
forcer le moins du monde.

A ce qui paraissait une invitation, je m’assis donc sur une chaise en bois somme toute
sommaire face au lit sur lequel elle s’allongea nonchalamment.

-OK le fouille-merde, tu peux balancer tes questions à la con, me lança-t-elle tout en
explorant le fond d’un paquet de chips bon marché provenant sans doute de l’épicerie locale.

L’interview promettait d’être kafkaïenne.

-Par contre, y a une condition avant que j’accepte de te répondre, dit-elle en levant un doigt
autoritaire. File-moi ton portefeuille.

Interloqué par cette demande, je m’exécutai toutefois, sachant que le vol caractérisé ne
faisait heureusement partie de sa réputation. Elle me l’arracha vivement des mains et en
commença immédiatement l’inspection.

-Puis-je vous demander la raison de-

-C’est quoi ça, me coupa-t-elle en me montrant la photo de ma femme et de ma fille,
entourant notre teckel adoré.

-Eh bien, c’est ma famille. Ma chère épouse Justine, ma tendre fille Charlotte et mon
adorable chien Marc-Vincent.
Elle s’arrêta soudain de mâcher à la prononciation de ce dernier nom, puis secoua la tête tout
en continuant de feuilleter mes papiers.

-Bon et ça c’est ta carte de presse, t’es bien journaliste alors, c’est que je me méfie avec ce
blaireau d’Eldu.

-Grands dieux, bien sûr que je suis journaliste ! Pourquoi ferais-je-

-Et l’adresse sur ta carte d’identité avec ta photo moche, elle est à jour ?

-Ma foi, oui, je mets toujours un point d’honneur à informer l’administration de tout
changement dans ma vie.

-OK.

Sur cette réponse laconique, elle lança le portefeuille dans les airs que je rattrapai non sans
peine. Mais tandis que je rangeai mon bien, je me rendis compte que la photo manquait !

-Euh… auriez-vous l’obligeance de me restituer ma photo ?

-Quelle photo ?

Elle chiffonna le paquet de chips puis le jeta avec succès dans la corbeille à l’autre bout de la
pièce.

-Ma… ma photo où l’on peut voir ma famille. C’est qu’elle m’est très chère et je n’aimerais
pas-

-Ecoute je sais pas de quoi tu parles. Mais si quelqu’un t’a volé une photo aussi naze, c’est
sûrement pas pour l’ajouter à sa déco, tu piges ?

Je sentis soudain mon cœur se serrer. Je me refusai à imaginer une telle cruauté de la part
d’une si frêle et si jeune fille.

-Je vais être plus claire. Si la personne qui a pris cette photo découvrait par hasard, disons
dans quelques jours, qu’un article peu élogieux sortait sur elle dans la presse, elle entrerait
sans doute dans une colère telle qu’elle envisagerait une petite vengeance. Et cette petite
vengeance pourrait concerner un membre de la famille présent sur la photo, clébard
compris. Ca y est tu percutes ? Je te ferais bien un dessin mais ça manque de rouge dans mes
crayons de couleur.

La sueur commença à perler sur mon front et je sentis ma respiration s’obstruer à force de
déglutir nerveusement.

Soudain la jeune fille me tendit la photo qu’elle sortit de son dos, puis s’esclaffa pendant des
secondes qui me parurent des heures.

-PFFFRT ! Si tu voyais ta tronche ! Détends-toi bordel, je suis joueuse de tennis, tu crois
vraiment que j’en ai quelque chose à foutre de ton torche-cul ? Vous êtes tous pareils les
journaleux, ça préfère raconter de la merde sur la vie privée des stars plutôt que faire du vrai
boulot d’information.

Soulagé, je présentai toutefois des mains tremblantes pour reprendre ma photo. Mais à ce
moment précis, elle se pencha vers moi pour me parler d’une voix caverneuse.

-Mais souviens-toi de ce que je t’ai dit.

Je tirai alors d’un coup sec pour libérer la photo de sa main, comme pour retirer mon doigt
d’une casserole d’eau bouillante, et me convainquis ce que ce ne fut qu’une mauvaise
plaisanterie de plus. Il me fut cependant difficile de soutenir à nouveau son regard, mais je
pris mon courage à deux mains.

-Bien, euh… vous êtes donc née à Luxembourg, dans une famille aisée de banquiers, et par la
suite vous-

-Nan alors là je t’arrête tout de suite. Je vais te raconter ma véritable histoire. Mais d’abord
attends une seconde.

Elle se leva pour sortir de son sac son téléphone portable, puis le plaça à côté d’elle de retour
sur le lit. Une chanson se lança, ce qui après quelques recherches se trouvait être celle-ci :

http://www.youtube.com/watch?v=DX6S52L_Zb8

-En fait je suis orpheline et j’ai grandi dans un quartier pauvre. L’année de mes 14 ans, alors
que je voulais prendre un déjeuner dans un bar-restaurant pourri, un sale ivrogne
dégueulasse en train de cuver sur le trottoir m’a demandé de lui payer de quoi se murger
encore plus. Du coup je l’ai envoyé chier et je suis rentrée, mais des petites frappes sont
venues m’emmerder alors je leur ai ratatiné leurs tronches une par une grâce à une vieille
raquette de tennis que je gardais avec moi comme objet porte-bonheur. En ressortant, y
avait encore le soûlard qui cette fois me lâchait plus, il me disait qu’il s’appelait Eldu et qu’il
était coach de tennis au chômage, qu’il voulait faire de moi une championne et me faire
gagner tous les grands chelems. Mais comme il puait la mort et qu’il ressemblait à rien, je l’ai
encore envoyé chier. Sérieux il était rasé comme le cul d’une chèvre et ses dents de devant
on aurait dit celles d’un morse ! Et puis si il était au chômage, c’est que c’était sûrement un
coach de merde. Bref après ça les branleurs qui voulaient m’agresser sont revenues à la
charge et on a recommencé à se foutre sur la gueule. Là les flics sont arrivés et m’ont
coffrée, puis m’ont envoyée en maison de correction. Là-bas j’ai fait ma loi en tabassant
toutes celles qui me regardaient mal, mais ça m’emmerdait quand même d’être enfermée…
Par contre Eldu m’envoyait des lettres avec des instructions qui expliquent comment faire
des coups droits, revers, services et tout ça, alors comme j’avais rien d’autre à foutre je me
suis exercée. En plus j’étais enfermée avec une ancienne joueuse pro qui m’avait mis 6/0
6/0, alors comme je voulais la défoncer j’avais pas le choix, et grâce aux instructions du
poivrot j’ai réussi à la battre. Quand je suis sortie Eldu m’avait construit de ses propres mains
un gymnase où je pourrais m’entraîner. Bon le truc était vraiment pourri, ça ressemblait plus
à un poulailler sans les poules, mais c’était toujours ça. Ensuite-

La porte s’ouvrit soudain et interrompit cette interminable et peu crédible logorrhée. Il me
sembla reconnaître Eldu, le coach dont Emilie fit une description pour le moins pathétique.

-Mouah ah ah, t’es vraiment démoniaque ma petite en plus d’être ravagée du bulbe. Eh
m’sieur le journaliste, vous allez quand même pas croire ce tissu de conneries ?

J’aperçus le visage de l’adolescente qui prit les couleurs d’un volcan en éruption jusqu’à en
sentir les secousses, aussi je me gardai de répondre dans l’immédiat. Eldu continua d’un air
moqueur.

-Nan mais la laissez pas vous embrouiller, elle fait sa terreur comme ça mais en fait c’est
qu’une gamine qui fait sa crise d’adolescence. Y en a qui se maquillent en vampires ou qui se
percent le nez, ben elle elle joue les Calamity Jane en herbe et s’invente une enfance à la
Ashita No Joe. Bah, ça lui passera. En tout cas ce que je peux vous dire, c’est que vos infos
sont bonnes ! Elle est née dans une famille de riches banquiers en plein Luxembourg, jamais
elle a trainé dans les rues à part pour entrer dans une voiture grand luxe avec chauffeur qui
la conduit direct à son école privée qui coûte un bras. Emilie, une pauvre gamine des rues ?
Hin hin ! Une petite nantie capricieuse ouais ! Eh Emilie, la vie est dure pour toi quand tu
dois choisir entre le Château-Lafite et le Dom Pérignon pour accompagner tes toasts au
caviar !

C’est à ce moment que tout bascula. Emilie se leva, étonnamment calme, puis sortit de son
sac de sport un imposant trophée où je pus apercevoir une gravure mentionnant Strasbourg.
Alors qu’Eldu se tapait les mains sur les genoux n’en pouvant plus de rire, sa joueuse prit
appui sur ses jambes avec soin pour envoyer de tout son élan la coupe vers le crâne de son
coach.

Je me souviens encore de ce bruit effroyable ! Un choc sourd mais distinct, puis le corps qui
s’effondre comme une marionnette dont on aurait coupé les fils.

Nous restâmes là, immobiles, elle me fixant d’un air autoritaire comme pour me demander
de le réanimer, et moi perdant toute notion de la réalité devant cette situation ubuesque.

-Mais quel connard, il aurait dû esquiver la coupe qui aurait fracassé la porte, ensuite il se
serait embrouillé avec le gros de l’accueil et finalement il aurait remboursé les frais de
réparation et tout le monde était content. Putain il fait vraiment rien comme il faut ce coach
à la con !

Je me trouvai cerné, prisonnier car tiraillé entre un corps qui ne donnait plus signe de
conscience et une véritable petite harpie dont je rehaussai à chaque seconde le degré de
vilenie. Je ne pus concevoir un tel détachement de la part de cette jeune fille face à un
évènement aussi grave dont elle fut a fortiori responsable.

-Au lieu de glander, file-moi la bouteille d’eau sur la table, m’ordonna-t-elle.

Je la lui tendis de mes mains tremblantes et elle, après l’avoir saisie et bu une gorgée, en
versa patiemment le contenu sur le visage déjà tuméfié d’Eldu, sans même prendre le soin de
se baisser à son niveau.

La vue fut tragi-comique ! Et moi, le seul adulte encore debout dans cette pièce, fus incapable
de prononcer le moindre mot afin de trouver une solution à ce drame. S’apercevant enfin que
l’abondance d’eau sur sa tête n’aboutit à rien sinon de risquer de le noyer après l’avoir
assommé, Emilie jeta la bouteille vide dans les airs et entreprit de réveiller son coach en lui
donnant… des claques.

-Réveille-toi, mais réveille-toi con de coach !

La succession aussi rapide que régulière des coups me donna l’impression d’entendre le
dentier d’un vieillard en état de Parkinson avancé.

Brusquement la tête de la victime se releva, ce qui fit sursauter Emilie et moi-même, mais
nous nous aperçûmes rapidement que ce fut la porte qui la heurta en s’ouvrant.
Un dialecte transalpin sur un ton menaçant se fit entendre dans l’entrouverture de celle-ci, et
ce que j’en traduisis -après filtrage des grossièretés- se résuma à une demande
d’éclaircissement sur tout ce vacarme.
Emilie se releva aussitôt pour s’occuper de « l’intrus ».

-Mais qu’est-ce que tu nous emmerdes toi ? Dégajo ! Hop, hop, presto !

Elle repoussa vivement la porte qui résista un moment puis se claqua pour de bon lorsqu’elle
y mit la force de tout son corps.

-Bon maintenant que Pavarotti s’est barré je vais peut-être finir par le réveiller ce loser.

Elle s’apprêta de nouveau à lui infliger un ballet de claques, mais je décidai cette fois
d’intervenir craignant pour la santé de cet homme.

-Emilie attendez ! Ne croyez-vous pas qu’appeler les secours serait plus adéquat ? Il a l’air
vraiment mal en point et je ne suis pas certain que vos gifles suscitent à court terme son
réveil…

-Et ça changera quoi ? Ce gars-là il a un mauvais karma, j’y peux rien. Ça doit être une
vengeance divine pour quand il m’a foutu avec Benny Hill Fincher dans le Colorado. Toute
façon j’ai pas envie d’avoir une enquête au cul parce que si ça se trouve ça lui a bousillé les
trois neurones qu’il lui restait, alors ce qu’on va faire c’est que tu vas m’aider à le transporter
jusqu’à la voiture.

Que put-elle donc avoir raisonné ? Si les secours n’étaient pas une option retenue, qu’eut-elle
à l’esprit en voulant le transporter de nuit dans les antiques rues de Palerme ?
Elle commença par prendre les pieds puis les relâcha, voyant que je ne me mis pas à la tâche.
Elle s’approcha alors vers moi d’un air plus menaçant encore que d’habitude, ce qui me fut
impossible à imaginer il y a encore quelques minutes.

-Quoi, t’as un problème avec ce plan ? Bah tu sais quoi, pour toi ça devrait même pas être un
problème vu que je te laisse pas le choix, c’est simple non ? On t’a jamais dit que j’avais une
excellente mémoire visuelle ?

J’eus peur de comprendre.

-La photo de ta famille aux sourires colgate, ton adresse… j’ai même retenu le code postal et
la couleur du collier du clebs. Tu sais ça me dérangerait pas d’y faire un tour un de ces
quatre, histoire de faire les présentations.

-Non ! Ne touchez pas à ma famille, sinon… 

-Ooooh, Messire se rebelle ! Clark Kent devient Superman, ça y est ? Vas-y, je te laisse le
premier coup ! Alors, tu te fightes ou t’es une gonzesse ?

Elle se mit elle-même en position de garde, mais que pus-je faire ? Même si j’eus pu prendre
le dessus, qu’aurait-on pensé d’un homme adulte qui aurait battu une adolescente de 16
ans ? Sans compter ce pauvre Eldu qui gisait encore au sol, j’eus pu être le principal suspect !

-Non, je ne veux pas me battre, mais… Simplement, écoutez la voie de la raison ! Si vous
vous en prenez à ma famille, j’appellerai aussitôt les autorités et-

-Nan nan, c’est là que tu te goures.

Elle abandonna sa position de combat mais pas la foudre qu’elle continuait de me lancer par
les yeux.

-Si tu m’aides pas à transporter ce boulet où je veux ou que par la suite tu baves auprès des
flics sur ce qu’il s’est passé ici, je kidnappe ton chien au nom encore plus ridicule que le tien
et je le mets aux enchères pour les restos asiatiques du coin. Ton Edouard-Vincent, ça sera
plus un chien de compagnie, mais un chien d’accompagnement entre le canard laqué et les
nems.

Je crus sentir ma mâchoire tomber au sol tant j’eus du mal à contenir mes émotions, mais ce
coup direct au cœur provoqua l’impact qu’elle voulait.

-Très bien, dis-je en soupirant. Je vous aiderai si vous me promettez que vous ne lui ferez pas
de mal.

-Mais ouais t’inquiètes, j’ai qu’une parole, je toucherai pas à un seul de ses poils ! Ha ! T’as
compris ? D’habitude on dit ça pour les cheveux, mais comme là c’est un chien…

Je restai choqué par ses menaces et naturellement je n’accordai aucune réaction à sa
plaisanterie triviale.

-Bon OK, arrête un peu de chialer et prend le par les épaules, moi je prends ses pieds.

L’horreur de la situation atteint son paroxysme lorsque vint le moment d’emprunter les
escaliers. Au dernier angle avant d’entrer dans le champ de vision de l’hôtelier, il fallut
trouver une solution pour ne pas se faire surprendre. Emilie présenta rapidement et aisément
un plan comme si elle avait l’habitude de ce genre de situations : elle s’occuperait d’attirer
l’attention du gros homme jusqu’à l’extérieur tandis que j’en profiterai pour emprunter une
clef de chambre libre du premier étage, me permettant ainsi d’y entrer avec le « corps »
afin… de jeter celui-ci par la fenêtre, sous laquelle se trouvera Emilie pour le réceptionner
tant bien que mal.

Sans même attendre un quelconque avis de ma part sur la dangerosité d’une telle
manœuvre, elle se mit aussitôt à la tâche et interpella l’aubergiste par ces termes :

-Eh le rital, je me fais chier ce soir, qu’est-ce que tu dirais de jouer à chat ? Tu connaisso ? Il
gamo de gatto ? OK laisse tomber.

Devant la mine interloquée de l’Italien, je la vis arracher vivement la sonnette traditionnelle
du comptoir pour s’enfuir avec jusque dans la rue. Le transalpin se mit aussitôt à la
poursuivre sur ses jambes empotées par la graisse, tandis que j’entendais déjà Emilie
s’esclaffer au dehors.

J’en profitai donc pour saisir la première clef que je pus trouver pour le premier étage, puis
remontai en trainant Eldu jusque dans la chambre concernée. A ce moment j’entendis le fort
corpulent bonhomme revenir à l’accueil, marmonnant une grande variété d’insultes dans son
double menton. Je regardai alors par la fenêtre et aperçus l’adolescente en contrebas me
faisant de grands signes.

Sans grande assurance, je jaugeai la hauteur, et ce fut avec une forte crainte que je soulevai
puis m’apprêtai à faire basculer ce poids heureusement léger par la fenêtre.

-Il a de la chance, lança-t-elle. Y a plein de poubelles pour amortir sa chute. Bon ça sent un
peu le cadavre de ragondin décomposé, mais au point où il en est… Vas-y balance le colis !

Le corps s’écrasa mollement sur les ordures puis dégringola pour atterrir aux pieds d’Emilie
qui posa un pied dessus, ressemblant ainsi à un chasseur posant sur sa proie.

-Magne ton cul, me cria-t-elle sans même se soucier des voisins qui pourraient l’entendre,
faut encore l’encastrer dans la bagnole.

En sortant de la chambre, je laissai la clef sur la poignée puis je quittai le hall en tentant de
ne pas croiser le regard du tenancier.

Arrivé dehors, Emilie avait déjà trainé son coach jusqu’à la voiture dans la rue heureusement
déserte à cette heure. Je l’aidai aussitôt à l’allonger sur les sièges arrière puis entrepris de me
mettre au volant lorsqu’elle m’interpella.

-Hep ! Qu’est-ce que tu crois faire là ?

-Eh bien, je vais conduire pour-

-Qui t’as dit que tu conduisais ? C’est moi la meneuse, c’est moi qui conduis.

-Mais… Vous n’avez pas encore le permis !?

Elle leva les yeux au ciel et me bouscula pour s’installer au volant.

-Et toi, t’as pas le permis balai dans le cul et pourtant tu te déplaces dessus en permanence.
Va t’asseoir, et vite !

Je n’insistai pas, sachant maintenant à qui j’avais à faire, puis m’assis à la place du « mort »,
sans vouloir chercher le jeu de mots.

Nous roulâmes pendant une demi-heure après être sortis de Palerme pour nous engouffrer
dans la campagne sicilienne. Les routes furent aussi sinueuses qu’obscures, et je remerciai le
ciel de me garder en vie à chaque seconde qui passait durant la conduite enflammée de la
joueuse de tennis.

Elle s’arrêta enfin à un léger virage où était plantée une borne kilométrique. Sans dire un
mot, elle descendit du véhicule puis tira le corps pour le placer sur le bas-côté.

-Il manque juste une chose, se dit-elle à haute voix.

Elle retourna à la voiture pour en prendre une bouteille de vin vide qu’elle avait
probablement récupérée dans les poubelles, puis la plaça soigneusement sous la main d’Eldu.

-OK, voilà ce qu’il s’est passé Gontrand Dugland, t’as intérêt à bien m’écouter et à réciter par
cœur ce que je vais te dire.

Je dus reconnaître un certain talent chez elle pour ce qui fut d’improviser et d’imaginer des
plans aussi farfelus que diaboliques. Pour faire court, elle m’enjoignit d’appeler la police pour
expliquer qu’un ivrogne se trouvait sur la route en indiquant la borne kilométrique, borne sur
laquelle je l’aurais vu se cogner ce qui expliquait sa marque sur le visage.
Ce plan eut pu fonctionner, mais même les plus fins stratèges de l’histoire ont un jour essuyé
un revers…

Alors que je récitai cette histoire tel un écolier devant sa sévère maîtresse, des phares nous
éblouirent. Des carabinieris se présentèrent à nous !
Leurs lampes braquées sur Eldu gisant au sol, ils commencèrent par nous demander avec
énergie ce qu’il se passait dans leur langue maternelle, tenant fermement leurs armes et
visiblement prêts à s’en servir.

C’est à ce moment qu’Emilie choisit une toute autre voie que le plan initialement prévu. Je la
sentis me bousculer puis je la vis sauter dans les bras de l’un des agents, en pleurs et me
pointant du doigt dans un italien bien plus correct que ce qu’elle m’avait fait entendre
jusqu’ici. Elle m’accusa de l’avoir kidnappée elle et son coach puis d’avoir tenté de lui faire
des choses peu avouables, le tout par un jeu mélodramatique d’actrice dont je devais bien
reconnaître encore une fois le talent, malgré la rage et le dégoût qui m’habitèrent et me
figèrent durant ces quelques secondes interminables.

La suite fut prévisible : les carabinieris me menottèrent tout en me traitant de monstre sur le
trajet jusqu’au poste. Tous deux assis à l’arrière, elle me lança par moments un regard
menaçant qui ne nécessitait aucune parole pour se faire comprendre.

Dans les locaux de la police, je fus interrogé, affamé, assoiffé, giflé même pour me pousser à
avouer tout ce que je ne fis et ne fus pas, tandis que Mademoiselle Dupin fut conduite à
l’hôpital pour des examens inutiles et également pour y attendre le réveil d’Eldu.

Au final, je fus heureusement relâché faute de preuves et de témoignages concordants, et
c’est seulement au bout de trois longues semaines que je pus regagner ma famille et ainsi
laisser derrière moi cette rencontre avec le Mal que je n’aurais pas souhaité au pire de mes
ennemis.

Mais ce qui provoqua en moi une colère et une rancœur que jamais je n’avais ressenties
auparavant, ce fut la lettre anonyme que ma femme, en pleurs, me montra à mon retour :
une soi-disant lettre d’appel au secours de mon chien avec une photo de lui dans un montage
grossier le montrant dans une assiette sous une devanture de restaurant asiatique. Le but fut
de me briser et de m’empêcher de parler aux autorités ou à Eldu, qui fut remis sur pieds
rapidement mais qui ne se rappela de rien à son réveil, Emilie l’ayant convaincu que je l’avais
assommé.

Je froissai d’enragement le papier puis me jurai de sauver ce membre de ma famille.

J’irai la voir armé s’il le faut. Un monstre a créé un monstre.
Tu m’entends Marc-Vincent ? JE TE SAUVERAI DE SES GRIFFES !
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Eldu

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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Mer 13 Jan - 12:42

— Allez, allez, j'ai pas que ça à foutre moi, j'ai des vacances à prendre.

La foule de journalistes finissait de s'installer dans un brouhaha discret. Devant eux, au pupitre, se tenait nonchalamment Emilie Dupin, la «Peste du Luxembourg».

— Ça y est, les rapaces ont pris place ? Ha, même pas fait gaffe à la rime... Bon, si je vous ai demandé de venir, vous vous doutez bien que c'est pas pour prendre le thé. Je vous la fais courte : je me retire de la vie sportive.

Le brouhaha reprit avec plus d'intensité cette fois.

— Hahaha la tronche que vous avez tirée, tous ! Je me foutais un peu de vous en fait. Juste un peu, parce que je me retire jusqu'à la fin de la saison.

Un homme entre deux âges à la calvitie naissante et aux lunettes épaisses leva timidement le doigt.

— Est-ce à dire que vous ne participerez pas aux Masters pour lesquels vous conserviez une chance d'être qualifiée ?

— Qu'est-ce que tu comprends pas dans «jusqu'à la fin de la saison» ? Quelqu'un a une question moins conne que celle de ce crâne exagérément luisant sous ces néons ?

Silence quasi-complet dans la salle. Seul un toussotement le rompit.

— Bon bah puisque tout le monde est satisfait, je vous invite cordialement à vous casser d'ici.

— Att-Attendez ! Qu'allez-vous faire jusqu'à la fin de la saison ? Il reste encore un bon nombre de tournois que vous allez rater...

— C'est simple. Je ne vais absolument rien foutre du tout, je vais me détendre. J'ai envie d'essayer la pêche tiens. Ou le golf. Un truc pas chiant où je peux entendre les oiseaux gazouiller et avoir une boisson à portée de main sans devoir gueuler sur un ado pré-pubère pour ça.

— Et que pensez-vous de la réaction de la Fédération Luxembourgeoise de Tennis, qui je le rappelle a récemment twitté "Bon débarras !" ?

— Ce que j'en pense ? Bah que ça m'amène à poser une autre question : jusqu'à quel point je peux m'en cogner de la réaction des vieux débris de cette association de philatélistes du XIXème siècle ? C'est déjà miraculeux qu'ils aient su se servir de Twitter. Si j'en avais quelque chose à foutre je prendrais le temps de leur répondre qu'ils feraient mieux de retourner à leurs mots croisés, ou accessoirement de chercher si par hasard quelqu'un dans le pays sait mieux jouer au tennis que moi... Ah merde c'est con, c'est moi la N°1 !

— Une dernière question Mlle Dupin : il semble que votre homologue masculin Nobuo Hayashida, qui partage le même coach que vous, ait également décidé d'écourter sa saison. Avez-vous plus d'informations à ce sujet ?

— Ah ouais, j'ai vu qu'il foutait plus rien non plus ces derniers temps. Mais comme je m'en tape aussi, j'en sais pas plus que vous. Je vous ferais juste remarquer que son absence aura pas provoqué plus de bruit que le dernier tweet du gouvernement de l'Ouzbékistan.

Sur ces dernières paroles auxquelles personnes n'osa opposer de réponse, Emilie se leva puis se dirigea nonchalamment vers la sortie en sifflottant l'air de La Petite Maison dans la Prairie.
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MessageSujet: Re: [Emilie Dupin]   Jeu 14 Jan - 9:09

L'annonce est une chose mais la manière encore une autre. Bravo Eldu Wink
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