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 [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"

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Dexter

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MessageSujet: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 10:24

Bonjour à tous.
La plus grande majorité d'entre vous on déjà lu ce petit roman mais beaucoup n'ont pas pu lire la fin.

Le principe était de faire vivre des personnages d'un ancien jeu de gestion de tennis avec pour fond une histoire policières.
Chaque chapitre comporte des mots bizarres ou des phrases étranges. je m'étais imposé le défi de placer ce que mes camarades de jeu me donnaient. (tous plus compliqués les uns que les autres)

J'espère que vous prendrez du plaisir à le découvrir ou le relire.

Je vais essayer de poster un chapitre par jour. Ca vous tiendra en haleine un mois Wink

Merci de vos relances par MP pour connaitre l'issue de cette histoire. J'ai pris un plaisir fou à l'écrire.
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 10:26

DERAPAGES SUR LE CIRCUIT



Chapitre 1 :
C’est une merveille d’ignorer l’avenir.
Marguerite Duras


Il arrive parfois que l’on regrette d’avoir vécu certaines journées.
Douglas Barker n’avait aucune idée à son réveil que ce jour en était un.
De toute façon, il fallait bien se lever, contraint et forcé de se rendre à Bercy pour aller chercher son chèque. Pour moi, le tournoi était terminé.
Nul besoin de me présenter pourtant je ne peux m’empêcher de me mettre en valeur.
Passé de jeune espoir du tennis Néo-Zélandais à n°1 mondial en à peine trois ans.
J’ai fait les couvertures de tous les quotidiens sportifs et mes liaisons ont engraissées les tabloïds du monde entier.
Mon fort caractère a fait de moi ce que les journalistes les plus téméraires et les plus résistants aux mornifles, appellent un bon client.
Si je n’assure pas toujours les résultats, je fais au moins le spectacle.
Cette année est bien plus difficile que les autres. Classé au delà de la 20e place, seule mon récent tournoi de Valence a été digne de mon ancien statut.
De quoi remettre en question ma façon de jouer. Je doute même de ma motivation à continuer cette vie de folie, à parcourir le monde sans attache, avec le stress permanent de la compétition de haut niveau. Je songe même à changer de coach pourquoi pas ?
4 ans de pro. 4 ans seulement et je me lasse déjà. Qui suis-je donc pour baisser les bras au moindre signe de faiblesse ?
Mais les faits sont là. Je n’étais pas brillant depuis des mois, n’inspirant plus la crainte aux jeunes loups avides de scalper un ex leader du classement ATP.
Pire encore, la peur, c’est moi qui l’avait à l’idée de contre-performance cuisante.
C’est à cela que je pensais en rejoignant le parking sous-terrain de l’hôtel Crillon ou je résidais pour la semaine. Une 911 cabriolet d’un noir mat m’y attendait, louée pour l’occasion et accessoirement pour la frime.
Le sac de raquettes sur le dos pesait moins lourd que ma défaite face au Suisse Hauwaert dès le premier tour de Bercy.
J’ouvris la portière passager et y engouffra le volumineux sac de sport, lorsque je fût projeté sur le capot bombé du bolide.
Retourné comme une crêpe par un malabar mesurant au moins 20 centimètres de plus que moi, tandis qu’un autre homme à la moustache taillée en pointe me colla un masque à oxygène muni d’une poire sur mon imposant nez. Oui j’ai un nez imposant mais personne n’a jamais osé me le dire en face, sûrement dans le but de garder leurs incisives intactes.
Il pressa et je n’eu pas d’autres possibilités que d’inhaler l’air projeté. Tout cela en quelques secondes, pas le temps de réagir face à une situation à laquelle on ne s’attend pas.
Et puis merde, je suis quand même au Crillon foutre dieu.
Le balèze devait bien pesé 120 kilos, crâne rasé et balafre sur le visage.
Le genre de gars qui vous met tout de suite à l’aise dans un parking en somme.
Il approcha son visage et parla calmement. Son haleine sentait la menthe mais je vous jure qu’il ne m’est pas passé par la tête de vouloir l’embrasser.
« Ecoute moi bien morveux, tu bouges, tu crèves, tu cries, tu crèves, tu tentes de te barrer et tu crèves »
Visiblement il n’était pas très fort en synonyme mais je pensais sur l’instant qu’il n’était pas très judicieux de lui faire remarquer.
Marrant comme on imagine jamais ce genre de mec aux abdos en Téflon placer Polytétrafluoroéthylène dans un dîner mondain.
« Ce que t’as respiré ma grande, c’est de la cocaïne. Et on t’a gâté c’est d’la bonne » balança moustachu. T’en as pris assez pour être contrôlé positif si tu te repointes à un tournoi trop vite. Bref, mon patron ne veut plus voir ta gueule d’ange avant un bout de temps, pigé ? »
Je sentais ma vue se voiler mais impossible de savoir si la cause en était une montée d’adrénaline ou la drogue.
« Et le demander gentiment, ça vous arracherait la tronche ? C’est vrai quoi, un p’tit s’il vous… » Je ne finis pas ma phrase pour l’effet de surprise et enfonça mon front dans le nez du molosse.
Un bruit craquant me fit plaisir juste avant de ressentir la douleur à la tête. Pourquoi on colle des coups de boules dans les films ?
Ca fout un mal de chien.
En tentant de m’enfuir, je me suis étalé comme une merde de caniche sur le sol. Mon dieu que ma tête tournait.
« Mais vous êtes des tarés de première. Ca va pas bien dans vos têtes à vous ? Je n’ai jamais pris de drogue de ma vie. Je vais aller direct à l’hôpital et porter plainte. J’aurai une dérogation pour jouer. Avec toute la poudre sur mon visage, je pourrai prouver que vous m’avez forcé. »
Les deux hommes se regardèrent et moustachu asséna cette phrase courte à l’autre.
« Plan B »
« Comment ça plan B ? Déjà que le plan A était bien pourri les gars. »
Costaud s’avançait déjà vers moi, le nez pissant le sang. J’avais le sentiment étrange de lire une légère envie de vengeance dans ses yeux. Bizarre.
Je balançais mes bras en protection de la montagne de muscles qui allait sûrement me faire rejoindre mes aïeux, il n’eut donc aucun mal pour m’attraper l’auriculaire droit.
Il lui imprima un angle inhabituel et douloureux.
« Oh putain de merde, mais vous êtes totalement cintrés, bordel qu’est-ce que je vous ai fait ? »
« Fallait écouter le plan A connard. Je t’avais dit t’arrêtes de jouer pour un temps, je t’ai laissé pour ainsi dire le choix. Je viens de te l’enlever crétin. T’en as pour 6 semaines sans jouer, peut-être 4 au mieux. Après tu seras pas au top de suite, t’auras mal et tu ne penseras qu’à ça.
Ce qu’on veut, c’est plus voir ta tronche de cake sur le circuit du simple pour quelques temps. Sinon mon copain a qui tu as pété le nez est très imaginatif. On l’appelle Bob le bricoleur.
Il est très fort pour faire des trous à la perceuse dans les genoux. Il paraît qu’il faut plus de 6 semaines pour remarcher mais si tu souhaites connaître le timing précis tu n’as qu’à rajouter un mot de plus. »
Bob s’éloigna et grimpa sur une Yamaha gros format.
Le malabar glissa en arrière sur la selle et laissa moustachu prendre le guidon.
A cet instant, j’eu l’image de deux lopettes se rendant au fucking blue bar prendre un verre. Je ne dis rien de mes pensées je ne sais pas pourquoi. La peur peut-être ?
« Si tu racontes un mot de ces 10 minutes passées ensemble, le médecin légiste devra faire des heures sup pour t’identifier. »
La moto se cabra dans un rugissement amplifié par le lieu confiné.
Je me tenais la main droite en grimaçant
La douleur s’estompait sous l’effet de la daupe. Ma vue se voilait déjà.
Une pensée me parvenait sur une joueuse russe du circuit dont la rumeur enflait.
Maria Siltonova totalement accro à la drogue, n’est donc pas aussi parfaite que sa compatriote Maria Budaria.
C’est tout moi ça.
Shooté jusqu’à la moelle, un doigt fracturé et je repense au circuit.
Je m’assis dans la Porsche, la radio s’alluma.
L’hémorragie de tes désirs s’est éclipsée
Sous l’azur bleu dérisoire
Du temps qui se passe
Contre duquel on ne peut rien
Etre ou ne pas être
Telle est la question
Sinusoïdale
De l’anachorète hypocondriaque.
C’était une chanson des inconnus, proclamait l’animateur, et je pensais intérieurement qu’ils risquaient de le rester encore longtemps.
Ces français…Ensuite ils s’étonnent qu’on leur parle encore d’Edith Piaf à l’étranger. Pas foutu de sortir une chanson correct depuis des siècles.
La Porsche bondit hors du parking.
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Filipino

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 13:05

Très bonne nouvelle que ce retour des "Dérapages sur le circuit" je reprends mon petit calepin et mon stylo, ça sera plus simple pour la suite
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Yann_

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 14:06

Dis, dexter, pour cette réédition, tu cases le défi qui t'avait résisté ? Cool
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 14:30

Ce serait un peu dur de le placer, j'ai perdu le fil des chronologies et je préfère avouer à tout le monde que tu as été le seul et l'unique à m'avoir collé. Wink

Et sachez qu'il y a des indices disséminés dans bon nombre de chapitres.
Il y a aussi une grosse incohérence mais qui n'affecte en rien le récit et qui d'ailleurs n'a pas été relevé jusqu'à présent Wink

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Szynal

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 14:49

Ah je vais relire ça avec délectation. J'attends avec impatience le bourre pif d'Heinzo !

_________________
David Heinzo, la grinta argentine à l'état pur !        
Titres: Miami (S1), Metz (S1), Bercy (S1), Masters (S1), Nottingham (S2), Coupe DAVIS (S2)                     

Erik Larsson, le sang-froid Suédois !
Titres: Wimbledon (S2)
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Eldu

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 17:45

Je me souvenais plus de cette référence aux Inconnus, ça aussi c'était un défi Laughing ?
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 15 Mai - 17:50

et oui Wink
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Sam 16 Mai - 13:09

Chapitre 2 :
Pour faire la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi, et cet ennemi devient votre associé.
Nelson Mandela


J’avais menti. Et très bien même. Mais c’était une marque de fabrique chez moi.
A l’hôpital d’abord, à la presse ensuite.
Une stupide chute de vélo en évitant un chien errant semblait être un alibi plausible, et si les journalistes ne posèrent guère de questions, moi j’en étais rempli au contraire.
Qui étaient ces hommes de mains ?
Pourquoi vouloir m’éloigner du circuit simple ?
Surtout que la saison était presque terminée.
Quel est donc l’intérêt de me mettre hors d’état, alors que je ne suis pas au mieux de ma forme ? Incompréhensible.
Casser un doigt du numéro 1 mondial peut-être lourd de conséquence, mais je n’étais que l’ombre du champion jadis.
Qui pouvait avoir commandité cette agression ?
Bob le bricoleur a parlé de son patron, c’était donc un contrat sur ma tête.
Qui pouvait m’en vouloir à ce point ?
Il ne fallut pas longtemps pour me rendre compte que les noms se bousculaient.
Entre les journalistes mandalés, les joueurs remontés d’avoir perdu, une ex petite amie jalouse ou revancharde, mon agent espérant gagner plus avec les assurances qu’en me voyant sombrer doucement, et n’oublions pas que je suis en France. Pays et habitants que j’ai toujours détesté en parlant d’eux en mal souvent trop haut et trop fréquemment.
Visiblement l’argent n’était pas le mobile.
Il aurait été aisé de m’extorquer quelques milliers de dollars sous la menace d’une fracture.
Pourtant, une armée de sangsues tournait autour de mon pognon à tel point que je me croyais professionnel d’hirudiniculture.
Douglas regardait le plafond de l’hôtel en pensant à tout cela lorsque son portable sonna.
La musique de Titanic se fit entendre et je pensais qu’il fallait vraiment que je change cette foutue sonnerie.
L’un des derniers vestiges de Mirjana Monic, plus habile en technologie que je ne le suis.
Un coup d’œil au radio réveil m’informa qu’il était 3h30 de la nuit ici à Aukland.
« Ouaip ? »
« Salut Douguy, c’est Gavril. Gavril Aftalion. »
« Et alors ? » Je tentai de ne pas laisser paraître ma surprise.
Le roumain était un joueur distant du circuit.
Peu loquace, sa réputation n’était plus à faire.
Il passait pour un bosseur cupide dont l’appât du gain tournait à l’obsession.
Capable de s’entraîner jour et nuit dans des salles fermées à quiconque dans l’unique objectif de la quête d’un Grand Chelem par saison.
Ses rares sorties à la lumière le rendait aussi bronzé qu’une écrevisse.
Un joueur hors norme.
Je n’appréciais pas particulièrement cet adversaire et pas seulement parce qu’il menait 2 / 1 dans nos confrontations.
Lors de ma seule finale de Grand Chelem à l’open d’Australie il y a deux ans, il n’avait même pas daigné souligner ma ténacité sur ce match dantesque en 5 sets.
Dire que j’aurai pu l’emporter en 3 sets me fait encore rager.
De plus Aftalion s’est toujours ouvertement moqué de mes manques de grands trophées.
C’était sans doute sa forme d’humour et j’ai eu bien souvent envie de lui montrer mes marques d’affections sur son visage rougeaud.
« y ai pensé à toi pour un truc Doug. Ye cherche oune partenaire pour iouer en double la saisoune prochaine. ».
Entrée en matière directe, Aftalion le prolixe vous disais-je.
« Mouis, qu’est-ce qui te fait dire que ça pourrait m’intéresser ? »
« Y a des rumeurs qui courent sur notre association. Les dahlias noirs qu’ils nous appellent les iournalistes.
Le feu et la glace. Toi et moi. »
« Jusque-là tous les deux, ça a toujours été toi ou moi non ?
J’ai besoin de réfléchir à ta proposition Altafion »
J’ai toujours adoré maltraité son nom. Puéril oui mais j’avais bien peu d’angles d’attaques contre lui en même temps.
Ayant toujours considéré que c’était un trouduc et qu’il m’avait stoppé à l’apogée de ma gloire. Halte à fion me semblait approprié.
« Je te rappelle, t’es ou ? »
« Tel sour ce nouméro, c’est mon portable. Magne-toi Douguy y a pas que toi en joueur pro.»
Il raccrocha sans formule de politesse.
Cet appel suscitait de nouvelles questions.
Pourquoi Aftalion me faisait cette proposition ?
Il y avait bon nombre de joueurs plus talentueux que moi en double.
Jamais le roumain ne se lancerait dans l’aventure sans l’assurance d’excellents résultats.
Pourquoi moi alors que notre aversion est connue de tous ?
Et ce coup de fil à 3h30. Chaque joueur à l’application des fuseaux horaires sur son smart phone et les journaux ont parlé de ma convalescence à Auckland.
Gavril savait donc qu’il m’appelait en pleine nuit.
Des pensées pire encore surgissaient.
Sait-il quelque chose sur la menace de mort si je ne m’éloignais pas du circuit simple ?
Mes agresseurs d’ailleurs n’ont rien stipulé sur le double. Curieux.
Et pourquoi en serait-il le commanditaire ?
Voilà un mobile convenable à première vue mais je suis sans doute parano. A creuser tout de même.
Barker sombra doucement dans les bras de Morphée et d’une asiatique dont il ne connaissait même pas le prénom.
La petite beauté couchée à côté de lui, avait montré ses seins sur lesquels était noté son numéro de téléphone lors d’un match exhibition contre Krueger au profit de la croix rouge.
J’avais sorti mon Iphone pour prendre une photo, amusé et aussi intéressé.
Experte en massages vietnamiens, elle avait fait preuve d’un grand professionnalisme.
Des pensées moins torturées remplacèrent les questions sans réponses.
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Dim 17 Mai - 16:16

Chapitre 3 :
Il y a assez de tout dans le monde pour satisfaire aux besoins de l'homme, mais pas assez pour assouvir son avidité.
Gandhi


Ok, je ne bossais plus sur le terrain mais je peaufinais mon retour tout de même.
Et oui je l’ai bien accepté cette mystérieuse proposition d’Aftalion.
Si ce gars pense qu’on pourra faire des miracles, c’est qu’il a des raisons d’y croire.
Le travail tactique de base consiste à revoir en boucle ses propres matchs et ceux de ses adversaires directs.
Je me rematais celui de cette maudite demi-finale de Roland-Garros.
Abasourdi, je ne pouvais que constater l’évidente supériorité de Lê sur les points importants, au moment des balles de set et autres tie-breaks.
Ca me faisait chier de me l’avouer, alors le dire…
J’éteignis la télé du même air dégoûté que si je devais manger des tripes de taupe.
Je n’arrive toujours pas à le croire. Je suis en vacances forcées.
L’année dernière je faisais une demi-finale à Valence, j’enchaînai Bercy, les Masters et la finale de coupe Davis.
On ne profite jamais assez des bons moments. En même temps, je me suis gaufré dans mes 3 matchs de poule et la coupe Davis on l’a perdu 5/0.
Putain, j’aurai mieux fait de vendre des aspirateurs en porte à porte à des ménagères que j’aurai bousculé sur leurs canapés trois places en cuir achetés à crédit.
Il fallait que j’appelle cet enfoiré qui me sert d’entraîneur mais aussi d’agent.
Accepter que le même homme cumule les deux fonctions est la pire décision professionnelle que j’ai prise de ma vie.
Il me pompe jusqu’à la dernière goutte. De vrais poufs ces agents.
Cet enfoiré de Dexter m’avait fait signer un contrat intéressant pour le jeune apprenti pro que j’étais.
Il ne me prenait que 10% sur mes gains de tournois, bien moins que les autres agents.
Je n’imaginai pas à l’époque que ce qui me rapporterait beaucoup plus, serait les contrats publicitaires.
Et là-dessus la ventouse se grattait 30 %. Le jackpot.
Mon contrat chez Milso m’a rapporté 9 millions de dolls, Serensia 5 et Isaacs tout autant.
Plus une pub ou je me ballade torse nu pour un rasoir diffusée exclusivement au Portugal. Moi qui suis imberbe, c’est un comble.
Et une autre pour un fromage de chèvre français. Euh, je suis pas fier de celle-là, d’autant que ces enflures me doivent encore du fric. Leur directeur Co m’a bien enfumé sur ce coup-là.
Si je le recroise il ne sourira plus qu’intérieurement.
Mon père m’avait dit de me méfier de ce milieu de parasites. Mais à l’époque je n’écoutais que moi. Pourquoi je pense au passé moi ?
Même si l’on ne manquait de rien, ce n’était pas le ranch de papa qui nous faisait rouler sur l’or.
Steve, mon frère jumeau était tout destiné pour reprendre l’exploitation, ce qu’il a fait d’ailleurs. Et Tess, ma sœur cadette, voulait faire des études de vétérinaire trop coûteuses pour la famille.
Mon frère avait fait sport-étude tennis, il avait toujours été moins bon que moi toutefois. Plus lourd, plus lent aussi, les sélectionneurs universitaires ont très vite misés sur mon potentiel.
On ne se voit que rarement, moi et mes raquettes, mes tours du monde et mes frasques. Lui, ses chevaux et ses…c’est tout.
Nous nous étions éloignés bien plus que les kilomètres peuvent le faire.
C’est ainsi, le mythe des jumeaux inséparables, c’est bon pour les mauvais romans.
Mais je m’égare, cette crevure de Dex va me foutre les boules sur mes rentrées d’argents. Enfin, mes non-rentrées d’argents plutôt.
Aucune pub à l’horizon et je n’ai gagné brut cette année qu’1,9 million de dollars.
Ca semble beaucoup comme ça mais lorsqu’on déduit son agent, ses impôts, ses déplacements, les assurances et j’en passe, je ne suis pas un Rockfeller.
Je ne me souviens plus lequel des trois illustres hommes d’affaires issu de la même famille avait répondu à cette question d’un journaliste :
« A partir de combien d’argent, estimeriez-vous ne plus en avoir besoin ? »
Il avait soufflé doucement des volutes de cigare et balancé nonchalamment :
« Toujours un petit peu plus »
C’est tellement vrai.
J’ai peut-être mis le mobile de l’argent, trop vite de côté après tout.
Dexter va toucher une assurance sur mon invalidité, contractée par tout agent qui se respecte. Il va se faire de la thune sur mon malheur. Si ça se trouve, plus que si je jouais mal, enfin que si je jouais à mon niveau actuel.
Bref, mon coach est une belle raclure !
De quoi ne pas le rayer de ma liste de suite, d’autant que je me paierai bien sa tête si l’occasion venait.
Céline Dion résonna dans le salon.
Near, far, wherever you are, I believe…ouais bah moi je crois que je vais le jeter ce portable et far far.
Justement, la coupable de ce sadisme auditif apparaissait sur l’écran tactile.
Il y avait longtemps que je n’avais touché Mirjana Monic. Je l’effleurai du bout de l’index par écran interposé et elle se mit à hurler.
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Lun 18 Mai - 10:27

Chapitre 4 :
Les hommes sont toujours entre une ex et une future, car le présent ne les intéresse pas.
Frédéric Beigbeder


« Lâche ma culotte, lâche-là je te dis. »
Douglas regarda ses mains et n’y vit aucun sous-vêtement
« Mirjie, pourquoi m’appelles-tu si tu n’es pas seule ? Tu sais je ne suis plus jaloux de mes ex depuis le collège. »
Blanc.
Qu’il était bon de moucher la Serbe, elle qui adorait combler le vide du silence.
« C’que t’es grave mon pauvre Doug. Je disais à Lullaby de ne pas jouer avec mes culottes. Tu la connais ma choupinou, elle adooore me faire rager. »
Pas possible, ce foutu chihuahua méchant comme un pitbull sous régime Dukan était donc devenu le plus vieux chien de sa race.
« Embrasse-le pour moi chérie, tu sais comme j’aime les causes désespérées. Elle est toujours teinte en rose comme ta toison pubienne ? »
« Pffff, toujours le même humour de plouc. Je ne l’ai fait qu’une fois et c’était pour te plaire. Je ne reprends pas contact pour jongler fleurette avec toi. »
« Compter »
« Un, deux, trois, qua… mais qu’est-ce que tu m’embrouilles encore. »
J’adorais la reprendre lorsqu’elle se trompait dans ses expressions, ce qui était fréquent pour mon plus grand bonheur et celui des bêtisiers de fin d’année.
« Doug, je t’ai envoyé un lien d’une vidéo trouvée sur le net ou l’on me voit en train de faire l’amour avec quelqu’un, mais je ne vois pas bien qui c’est. J’ai pensé à toi et à tes coups-bourrés. Jette un œil et après je te pourri. »
Placer le mot fourré aurait été à propos mais trop facile.
Ca sentait le minable coup d’auto-promo de la part de la divine miss.
Je sortais de veille l’écran de mon portable en permanence allumé et téléchargea la fameuse sex-tape.
Pendant le court laps de temps du loading j’allais éteindre le son de la télévision retransmettant la fin de la finale du Masters.
« L’anglaise Meryl Forlani a été aperçu dans les gradins du court central d’Istanbul en pleur. Sans doute la déception de n’y être présente qu’en tant que remplaçante. » furent les derniers mots de mon récepteur.
Il y avait trop longtemps que je ne l’avais pas appelé ma grosse bichette.
Elle doit passer un vrai sale moment et en bon ami, je ne pense à elle que grâce à la télé.
Un bip venant de mon ordinateur me rappela à Mirjana.
Les images étaient assez floues et le montage grossier. Pas besoin d’être expert pour voir que la tête ne bougeait pas en cadence avec le corps, et de la cadence, il y en avait.
Ca aurait pu être une publicité pour vanter les mérites résistants d’une table de cuisine.
« Mirjie, c’est un montage. C’est même pas ta cuisine et ce ne sont pas mes fesses. Je ne suis pour rien dans tout ça. »
« Ouais à d’autres. T’es qu’un enfoiré Doug. Tu t’es toujours servi de mon immense popularité et même lorsque tu étais n°1, tu n’étais que le petit copain de Mirjana Monic et… attend deux secondes. »
Le bruit de fond de roulement de tambour en arrière-plan stoppa.
« J’ai fermé la fenêtre. Je ne m’entendais même plus t’engueuler. C’est sympa les hordes de fans japonais mais c’est bruyant. »
Comment cette gamine présomptueuse arrivait à traîner autant d’hystériques dans son sillage.
Oui, j’ai été amoureux d’elle mais pas un fan.
C’est une très belle femme, fine avec des jambes interminables, toujours impeccable même dans l’effort, de la classe avec un côté chipie dévergondée qui ne laissait aucun homme normalement constitué, insensible. Bon ou alors le copain de Forlani. Ah bah non, j’suis con, ça risque pas.
Et ses cheveux. Boréal ne s’y était pas trompé en en faisant son égérie parce qu’il le fallait bien.
Nous nous étions rencontrés sur une plage paradisiaque de…Bretagne. Elle tournait une pub pour des parapluies et moi je faisais un stage de char à voile.
Lullaby, cette foutue chienne était venu pisser sur ma serviette. Elle m’a toujours détesté.
Nous nous croisions parfois sur le circuit mais sans vraiment se voir. Ici, au fond du trou du cul du monde, elle trouva incroyablement romantique notre histoire naissante, et ne jurait que par la destinée.
Moi je trouvais que c’était mouillé tout de même la Bretagne.
« Mirjie, c’est un fake. La vidéo a été tourné dans la pénombre, hors tu n’acceptes de faire des galipettes, qu’uniquement sous des dizaines de projecteurs de 4000 Watts que t’envierait n’importe quel photographe amateur, et qui nécessitent une mise en marche de deux centrales nucléaires. »
« Désolé d’être une star et d’avoir des exigences mon chou. C’est sûr qu’avoir un minimum d’esthétisme ça te passe au-dessus. Trèfle de plaisanterie...»
Je pouffai une fois de plus. Cette fille me rendait dingue et hilare au cours de la même minute.
« Je ne vais pas te le dire avec des ronds de jambes Doug, si tu es dans le coup, tu vas encore le regretter. »
Encore une à relever tiens.
Non non, pas le rond de jambes mais le encore. Tu vas ’encore’ le regretter.
Est-ce qu’elle parle de notre rupture houleuse ou elle m’a traîné dans la boue dans ses interviews durant des mois ?
Ou bien dois-je rapprocher ce mot de mon doigt douloureux et de la menace d’être transformé en Hachis-Parmentier ?
« Woho, t’es là ? Fais pas celui qui sait pas. T’es assez con comme le loup blanc pour faire un truc du genre. Bah je marche pas, tu vas retirer cette vidéo du net illico pesto. En plus c’est même pas mon bon profil et mes seins sont plus petits. »
« Ah tu vois bien que ce n’est pas toi. D’ailleurs, tu es bien plus talentueuse que cette pauvre cruche devant la caméra. »
Brosser dans le sens du poil si j’ose dire. La cadette Monic n’aimait rien de plus qu’on la mette en valeur.
« Bah oui c’est vrai ça, c’est pas moi du tout ce corps. En plus elle parle en russe. Je parle pas russe moi ? »
Elle était belle sous la lumière mais elle ne montait pas à tous les étages.
« Ca te dit qu’on mange ensemble à Melbourne dans deux mois ? J’aurai plaisir à te revoir maintenant que nos esprits se sont calmés. »
Silence. Trop long silence. Puis sa voix se fit rapide, essoufflée.
« Pardon, tu disais, c’est Lullaby qui buvait l’eau des toilettes et c’est caca boudin. Je dois filer, je défile pour Jean-Paul Beaupied dans une robe en tige de rhododendrons pour un gala de bienfaisance au profit des bonzaïs mutants de Fukushima. Et Doug, me déçoit pas tu veux bien ? »
Elle raccrocha sans que j’ai pu réitérer mon invitation à dîner.
Pourquoi la décevrais-je d’ailleurs ?
Ok, je n’ai pas été tendre par retour de presse mais n’est-ce pas le lot de toutes les ruptures médiatisées ?
Je ne voyais pas Mirjana capable de fomenter un tel complot, et ou serait son intérêt à part le mobile d’une vengeance sentimentale.
Mais elle ne m’aurait pas appelé et serait restée dans l’ombre.
Mais il y avait ce ‘encore’ que je ne pouvais exclure.
A contre-cœur, je rajoutai son nom dans mon calepin.
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mathis

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Lun 18 Mai - 22:05

suis toujours autant fan !! sors le en livre de poche!!
Depuis le temps que je veux connaitre la fin !!! Very Happy
Encoreeeeeeeee

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Lun 18 Mai - 22:06

vous allez pouvoir enfin la connaitre Wink
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mar 19 Mai - 8:05

Chapitre 5 :
Il n'y a pas d'ami, il n'y a que des moments d'amitié.
Jules Renard.


Mirjana n’avait pas découvert la définition de l’espace vectoriel et c’est donc sans transition que je passais le week-end avec Yvan Depec.
Sans transition car mon vieux pôte croate est sans doute le sportif le plus intelligent que j’ai croisé sur le circuit pro.
Un mec fin de surcroît puisqu’il n’étale pas ses connaissances aux yeux du monde.
Un type droit que j’ai la chance de compter pour ami.
Sur un court, ses grandes capacités le pousse à analyser le moindre geste de ses adversaires. Son intellect est aussi son talon d’Achille.
Il se transforme en gamberge lors des grands évènements.
Il est le triste détenteur du plus grand nombre de finales perdues de toute l’histoire du tennis pro. Titre que j’ai l’honneur d’égaliser toutefois.
Les journalistes disent de lui qu’il est fragile, bien au contraire, il est trop fort.
C’est dingue, je n’ai jamais autant de contact avec le milieu sportif que lorsque je suis à l’arrêt.
Nous avions choisi un lieu de retraite calme, histoire de souffler pour Yvan après les Masters qu’il a disputé brillament, le menant jusqu’en demi-finale. Mais aussi pour me vider la tête de mes tracas.
Drumnadrochit n’est pas un gros mot polonais tout droit sorti de la bouche de Polinsky.
C’est un petit village d’Ecosse qui a la particularité d’être au bord du fameux Loch Ness.
Nous ne nous y rendions pas pour Nessie.
Les seules chimères après lesquelles nous courrons ce nomment Grand Chelem, Masters et Jeux Olympiques et elles sont toutes aussi difficiles à attraper, croyez-moi.
Il ne s’agit que d'une bonne partie de pêche entre copains.
L’une des rares activités qui calme mon tempérament explosif et qui ne demande pas à Yvan de se torturer les méninges.
Nous voilà embarqué sur un petit canot en quête de perches, tanches et autres brochets.
« On n’est pas bien là Yvan ? Toi, moi et une horde d’asticots aussi grouillants que des journalistes après un de nos match perdu en finale comme il se doit. »
Depec fît la grimace à ma vanne.
« Pourrais-tu s’il te plaît avoir l’obligeance d’éviter de me rappeler à ces tristes souvenirs.
L’année est terminée et je pense déjà à la suivante avant chaque sommeil réparateur. »
Sa manière de s’exprimer était ampoulée mais je m’y étais habitué. Ca faisait son charme.
« Oh Yvan, ça va. Si de vieux copains comme nous ne peuvent plus se charrier. Faut dire que tu t’es bien chier dessus cette année ma poulette. St Petersbourg, Moscou, l’US Open, Kitzbuhel. Bon Washington, c’est la boulette. T’as battu Ericsen.
Enfin il avait une tourista de tous les diables alors je sais pas si ça compte. »
Le croate se rembrunissait en enfilant un pauvre asticot innocent sur son hameçon.
« Faudrait savoir Douglas, est-ce moi qui est des soucis gastriques ou bien Ericsen. Dans tous les cas, ça nous a mieux réussi que ton côté constipé durant tes interviews. » Marmonna t’il.
Nous adorions nous chamailler comme des gamins.
« Peut-être mais c’est avec mon côté constipé que j’ai sorti ta nation de lopette en coupe Davis. Vous allez faire quoi l’an prochain ? Un concours de tricot pour choisir les sélectionnables ? Tiens, tu peux te cogner ma ligne tant que tu y es. J’y arrive pas avec mon doigt cassé et t‘aime bien ça toi les vers. »
Depec eu un sourire figé trahissant un certain agacement dont je n’étais pas mécontent.
Il était presque impossible de faire sortir de ses gonds ce gentleman d’un autre temps et je n’étais pas peu fier d’y arriver parfois.
« Barker, n’es-tu pas en train de me chercher des noises mon ami ? Parce que je suis à deux doigts de me moquer de ta piètre performance de cette année. N’est-ce point toi qui a annoncé faire la passe de 4 Masters d’affilées dès le début de l’année ? Tu as misé ton slip sur ce tournoi et te voilà nu comme le ver que j’accepte à contre-cœur d’empaler sur ta ligne. Et il y en a du monde devant toi. Déjà tout le continent Australien, triple A, l ‘adversaire de toujours, Lê, aaahh je l’aime bien lui, tu vois de qui je parle Lê, et puis il y a aussi…»
Je me levai dans un geste brusque mettant en péril l’équilibre précaire du canot.
« Wow, tu crois peut-être que je suis suffisamment handicapé pour pas te faire un tarin d’ornithorynque ? Mon p’tit père, si j’étais certain qu’un animal préhistorique existait vraiment dans ce lac je te pousserai pour qu’il te graille les noix sur le champ. »
Depec, se leva et fit face à moi…pas longtemps.
Le canot se mit à tanguer dangereusement et nous projeta dans l’eau glaciale et profonde du Loch Ness.
Instant de surprise passé et tasse avalée, nous nous accrochions au petit moteur, les bords de l’embarcation étant trop hauts pour espérer se hisser hors de l’eau.
« T’as vu Barker ou on en est maintenant ? Jamais je n’aurai pensé pouvoir sortir ces mots infamants de ma bouche mais tu n’es qu’un petit fouteur de merde. »
Dit-il la moue tremblante autant révulsé à l’idée de dire à haute voix pareille insanité, que par le froid des eaux sombres.
A ce moment mon téléphone resté au fond de la barque résonna.
Near, far, wherever you are, I believe…
Nos regards se croisèrent et un double fou rire glissa sur la surface de l’eau à des kilomètres à la ronde.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 8:49

Chapitre 6 :
Celui qui se présente en sauveur pourrait bien être crucifié.
J.Collins


Cette petite partie de pêche avec Yvan le temps d’un week-end m’avait vraiment fait un bien fou, mais ne m’avait pas fait avancer d’un iota dans mon enquête.
De retour pour quelques semaines de convalescence sur mon île privative au large d’Aukland, j’appelai Meryl Forlani.
Cette joueuse anglaise partage le même coach sportif que moi, mais nous ne nous croisions que rarement dans les couloirs.
Je vous entends déjà dire que les couloirs sont trop étroits pour croiser Forlani.
C’est vrai que l’anglaise est la joueuse la plus forte du circuit.
Ses jambes sont des piliers de ponts soutenant une masse corporelle impressionnante pour une sportive de haut niveau.
C’est un des grands mystères de la nature.
Meryl ne se déplaçait pas très vite sur le court certes, mais son toucher de balle faisait galoper ses adversaires jusqu’à l’épuisement. Ce don, allié à une puissance hors du commun sur le circuit féminin, a fait d’elle une joueuse incontournable du circuit.
3e au meilleur de sa forme, elle a eu un passage à vide l’an dernier avant de refaire partie des 10 meilleures mondiaux.
Boulimique au dernier degré, elle ne cachait plus ce qui pourtant l’avait tant complexé dans ses jeunes années.
J’ai toujours pensé que c’était avant tout pour attirer l’attention.
La première sonnerie résonna dans le petit lodge que louait Forlani en Indonésie.
Elle se prit à rêver d’un amoureux secret prêt à déclarer sa flamme à l’autre bout du fil.
Elle décrocha et prenant une voix suave de cochonne, « Cecilia Kurtinaitis bonjour. »
Elle tentait d’usurper l’identité de la joueuse Lithuanienne juste pour qu’on lui dise qu’elle était belle.
« Meryl, ça ne prend pas avec moi. Comment vas-tu ma plante grasse ? »
Malgré son surpoids, elle sauta comme un petit cabri dans la chambre, dont les parois en bois exotiques se mirent à trembler dangereusement.
Cela relevait de la démence tant le taux d’humidité dans l’air, faisait que le simple fait de transpirer devenait un boulot à plein temps.
« Douguy douguy douguy coucou mon douguy. Tu m’as manqué mon ronchon préféré. Dis j’ai pas trop le temps, je suis à deux heures du centre de Bali et je joue cet après-midi. C’est important ? »
Je pris le temps de répondre et avec assurance lui rétorqua que oui.
« Meryl ma chouchoute, si je t’appelle, c’est pas pour que tu passes la wassingue en effet. Tu sais pour mon accident de vélo et mon doigt cassé bien sûr ? »
Je n’écoutais pas ses mièvres apitoiements et ses questions sur mon état de santé.
« Concentres-toi tu veux bien ? Tu manges là ? »
Moment de silence puis bruit de papier froissé.
« Non, c’est pas vrai. Scrounch, miam, je mange pas d’abord. »
Une vraie gamine prise en flagrant délit dans le confiturier de sa grand-mère.
« Taenia sagittae. » lui dis-je.
« De quoi ? »
« Pfff Meryl, feuillette un Dokeo merde. Bon laisse tomber. Essaye ce nouveau régime qui préconise de manger deux côtes de porc crues par jour. Tu m’en diras des nouvelles dans deux semaines. »
J’entendis ma correspondante prendre des notes.
« Bon mon petit saindoux, j’ai menti. Je me suis fait agresser mais je ne veux pas t’en dire plus. Si tu ne sais rien, tu restes en sécurité. Je me torture les méninges depuis des jours pour chercher qui pourrait m’en vouloir. »
Elle ne cacha pas un hoquet de surprise, ou alors c’était un rot. Je préférai rester dans le doute.
« Tu te souviens le jour où j’ai cassé la gueule à ce français ? J’étais à Paris quand on m’a pété le doigt. Je n’ai pas fait le rapprochement immédiatement mais en pensant à toi, j’ai eu un déclic. »
Silence.
La jeune anglaise ne s’était confiée qu’à moi sur cette liaison courte et mouvementée.
Elle avait eu une aventure quelques semaines avec un joueur pro.
Volant sur un petit nuage que seul le bonheur pouvait supporter, elle ne se rendait pas compte que son amant ne cherchait qu’à assouvir une pulsion à la limite de la perversité.
Elle ne savait pas non plus qu’il était marié avant qu’elle ne le lise dans la presse.
Une attitude décidément typiquement française. Une institution même.
Pleine de principe et prise de remords, elle avait cherché à rompre lors du tournoi de Wimbledon, profitant d’un moment de calme dans les salles réservées aux participants du tournoi.
Fou de rage, il l’a plaqué contre un vestiaire afin de l’embrasser de force et elle l’a giflé. Il l’a trompé, elle ne pouvait donc lui pardonner.
C’est à ce moment que je suis entré dans la salle et que j’ai pris sa défense. Enfin de défense, j’étais plutôt passé à l’attaque.
Il sortait de son match face à Radulescu ou il n’avait pas fait le poids.
Contre moi non plus il n’avait guère brillé.
Douglas Barker, le chevalier au cœur pur et aux poings durs.
Il a mis 5 semaines avant de pouvoir remontrer son visage en public.
« Oh non s’il te plaît. Je n’ai pas envie de reparler de cette histoire. J’ai honte de moi et quand je ne me sens pas bien, tu me connais, je mange. »
« Je n’ai jamais aimé ces maudits français. Arrogants, vantards, et se croyant au-dessus des lois et des mœurs. »
Sur ce dernier point, j’étais assez mal placé pour juger, mais la mauvaise foi fait partie de mon charme.
« Tu ne crois tout de même pas que c’est lui ? Non ? »
« Je ne suis sûr de rien, je cherche les suspects possibles, après je creuserai. Dis-moi. Tu l’as revu ce Yannick Dessein ? »
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:15

Chapitre 7 :
Le peuple n'aime ni le vrai ni le simple : il aime le roman et le charlatan.
Edmond et Jules de Goncourt


Je n’y croyais pas beaucoup, même pas du tout. Mais ma mère avait réussi à me convaincre de ce charlatanisme.
Elle est malheureusement ouverte aux chakras et toutes ces conneries que vendent à prix d’or des gens bien plus malins que leurs clients.
Au courant de la vérité, elle avait pris pour moi un rendez-vous chez sa « médium » qui, paraît-il, excellait aussi dans la technique de l’hypnose.
L’idée était de revivre ce moment difficile et d’ainsi me souvenir de détails qui m’auraient échappé dans le stress du feu de l’action.
Pourquoi pas après tout, je ne risque rien à part de faire le poulet dans son salon, et de retrouver la vidéo sur YouTube.
La plaque dorée arborant fièrement le nom de l’auto-proclamée praticienne, évoquait plus celle d’un avocat ayant pignon sur rue, et visait clairement à attirer le pigeon des rues.
Je poussai la porte m’attendant à trouver une pièce ombragée, avec des bocaux aux contenus ragoûtants, des dreamcatcher aux murs et une prêtresse vaudou dansant autour d’une tête de singe.
J’en étais très loin.
La pièce donnait sur un loft épuré au design new age. Comme quoi, être arnaqueuse et avoir du goût pour la déco n’est pas incompatible.
Pas d’entrée ni salle d’attente. Sûrement afin que les gogos…Euh les clients ne se croisent pas.
Elle apparue.
Tout de blanc vêtue, cette femme avait un charisme certain. Son déplacement lent lui donnait une assurance indéniable.
Sans mot dire, elle me fit signe de m’asseoir sur son sofa, face à une table basse en acier aussi polie qu’on pouvait l’être dans un dîner mondain.
« Votre mère m’a dit que vous souhaitiez revivre un moment précis sans m’en dire plus. J’ai la faculté de vous replonger dans votre passé. Je vais vous aider à mieux le comprendre, mais ne vous méprenez pas. Vous ne pourrez rien changer et ne trouverez pas forcément les réponses que vous cherchez. »
Sa voix était douce et posée. Elle n’était pas belle mais fichtrement attirante. Envoûtante même.
Je n’y croyais pas plus, mais comprenait qu’on puisse se laisser berner.
« Il vous est arrivé un accident Mr Barker. Ce n’est pas votre broche au doigt qui me le confirme, c’est votre aura tourmentée. Je peux lire la peur aussi dans vos commissures autour des lèvres et à votre façon de jouer avec votre montre. Votre regard fuyant démontre que vous n’avez pas confiance en moi et vous avez raison. Je ne vous ai encore rien prouvé. Je vais vous mettre à l’aise Mr Barker. Vous ne me paierez que si vous êtes satisfait de mes services, même si l’aspect financier n’est pas un problème pour vous. »
Elle marquait un sacré point la dame. Pas loin de la balle de match.
« Il s’agit d’une agression madame. » dis-je en baissant ma garde ainsi que mes yeux.
« Beth » me corrigea t’elle.
« Beth, je ne crois pas à toutes ces foutaises et je suis même convaincu que l’hypnose ne marchera pas sur moi. Mais j’ai promis à ma mère de faire un effort. Si jamais vous arrivez à quoique ce soit, j’aimerai essayer d’en savoir plus sur mes agresseurs. »
« C’est entendu Mr Barker. Que vous ne croyiez pas en mes compétences n’a que peu d’importance. Il y a des techniques pour lesquelles vous ne pouvez pas lutter. Votre force physique ou mentale de grand sportif n’y pourront rien. Donnez-moi vos mains et fermez les yeux. »
Je m’exécutai et repensai aux séances de spiritismes de mon adolescence.
« Je veux que vous visualisiez un arbre Mr Barker, un bel et majestueux chêne. Vous voyez ses feuilles tomber, tout doucement, comme au ralenti, vous les suivez du regard maintenant. Elles ne touchent jamais le sol car vous en suivez d’autres bien avant, dans un mouvement perpétuel. Vous entendez une musique apaisante dont le son inonde votre cerveau. Un violon accompagne la chute des feuilles. Doucement, lentement vous tombez avec elles. Doucement sans jamais toucher le sol. Quand je vous dirais berce mon cœur d’une langueur monotone, vous vous réveillerez Mr Barker, mais pas maintenant. Maintenant, vous glissez parmi les feuilles jusqu’à ce jour. Ce jour où l’on vous a agressé. Vous allez être projeté là-bas Mr Barker, juste après cette phrase. Ecoutez ma voix maintenant et laissez les feuilles tomber doucement. Les sanglots longs des violons de l’automne... »
J’entendis ma propre voix, éloignée de mon corps. Cotonneuse.
« Le parking est là sous mes yeux. Je ne sais pas s’il fait jour. »
« Aucune importance, avancez dans le temps. Vous ne pouvez pas rester très longtemps. Les feuilles tombent toujours trop vite Mr Barker. Vous voyez vos agresseurs maintenant. »
Je secouai la tête avec négation mais fût projeté en accéléré.
« Oui je le vois. Bob. Un sale type. Il est gigantesque. Il a le crâne rasé, une balafre qui lui déchire le visage sur sa joue gauche. Oh, il a aussi un tatouage. Un dessin Maori. L’autre derrière lui à quelque chose dans la main. Je ne l’avais pas vu ce jour-là. Un magnum 44. Un très gros calibre. Il ne le pointe pas sur moi. Je sens qu’il ne veut pas s’en servir. Je frappe la montagne de muscles. Oh mon dieu, toute cette hémoglobine giclant de son nez me donne la nausée. Ma vue était trop brouillée sur le coup pour distinguer tous ces détails. »
« Calmez-vous Mr Barker, vous revivez la scène mais ne craignez rien, votre corps flotte avec les feuilles, continuez. »
« Ils s’éloignent, la moto. Elle n’a pas de plaque d’immatriculation. Rhhaaa, je n’ai rien comme indice, je monte dans la voiture. J’ai très mal. Je quitte le parking et jette un coup d’œil dans le rétroviseur. Attendez ! Je vois, oh ! Je vois une forme qui se redresse. Une femme. Nom de dieu je la connais. C’est une jeune joueuse du circuit pro WTA. Fanantenana Nomenjanahary. Il y avait un témoin. Beth, il y avait un témoin. »
« Maintenant vous allez suivre les feuilles Mr Barker. Vous laissez ce jour derrière vous. Vous remontez avec elles dans l’arbre et la musique. La musique vous accompagne. Berce mon cœur d’une langueur monotone. »
J’ouvris doucement mes yeux, les mains chaudes et douces de Beth me tenaient toujours comme un fil d’Ariane à la réalité.
« Bienvenue parmi nous Mr Barker. Vous vous souvenez de tout maintenant et pas besoin d’être médium pour savoir que je vais être payé. Dit-elle avec un sourire accompagné d’un regard profondément apaisant.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:17

Chapitre 8 :
Le Christ a pardonné à la femme adultère. Parbleu ! Ce n'était pas la sienne.
Georges Courteline


Auckland, une ville dans laquelle je me sens toujours bien.
Je n’étais pas inscrit au tournoi mais venais juste rendre visite à l’une de mes, comment dirais-je, copine de jeux.
N’ayant pas réussi à joindre Nomenjanahary, je m’octroyais un peu de bon temps.
Le soleil chauffait ma peau et je marchais d’un pas rapide vers le bel appartement surplombant la baie avec une vue imprenable sur Shoal Bay.
Et oui, être une star du tennis féminin rapporte presque autant que les hommes, et j’ai toujours trouvé cela juste. Elles transpirent autant que je sache.
Mon esprit vagabondait déjà à l’idée de la faire transpirer plus que nécessaire.
Ce petit goût d’interdit plaisait à mes mœurs légères au plus haut point.
« Un autographe doug s’te plaît »
Nan mais c’est qui ce morveux qui se croit autorisé à me faire revenir de mon fantasme éveillé.
Le mioche devait avoir entre 7 et 14 ans. Oui bah c’est pas super précis d’accord, mais qu’est-ce que j’en sais moi. J’y connais rien en môme et je préfère rester dans ignorance. Ca a l’air d’être bruyant, chiant et chronophage.
« J’suis pressé gamin, une autre fois. » Je le poussai du revers de ma main. Ca a toujours été mon point fort le revers.
Le petit insista. De vrais morpions ces trucs-là.
Je remarquai son père légèrement en retrait regardant la scène.
Il avait la quarantaine, de petites lunettes ovales ringardes sur le nez, bien dégarni et habillé dans une solderie quelconque. Une bonne tête de premier de la classe certainement comptable dans une boite spécialisé dans l’hygiène dentaire.
«Allez Doug, tu es mon héros. » m’implora t’il.
« Tu m’étonnes. Normalement ton héros devrait être ton père mais là, je comprends que tu ais passé la main. Allez pousses-toi de mon chemin mouflet, j’ai pas que ça à foutre de parler au petit peuple. »
Oui je sais déjà ce que vous pensez. Je suis un affreux jojo et c’est ignoble d’envoyer bouler à un enfant de cette façon.
D’abord, la frustration, ça aide à grandir. Et autant qu’il voit son père tel qu’il est afin d’éviter un complexe d’infériorité plus tard.
Et puis c’est surtout qu’à moins d’une heure de séance de galipettes, mon cerveau est nettement moins bien irrigué et je ne contrôle plus ni mes gestes, ni mes paroles.
Il n’est pas difficile d’atteindre l’aponie en Laponie. Mais j’étais en Nouvelle-Zélande alors…
Le père ne réagit pas à ma phrase assassine et attrapa son rejeton par le bras.
Ca aide de mesurer 1m90 et d’être un sacré gaillard.
Je remis un pied devant l’autre et laissai cette gentille petite famille à laquelle je ne voudrai jamais ressembler derrière moi.
Deux blocs plus loin, je tapai le code de l’immeuble et grimpai au 18e étage. Le dernier avec toit privatif. Enfin jardin suspendu et piscine privative devrais-je dire.
Oui ma maîtresse n’était pas 253e joueuse mondial.
L’ascenseur me porta à bon port, et moi en porc je ne portai pas de fleurs.
Elle m’ouvrit la porte avant que ne puisse la frapper…La porte.
« Surprise mon chou. »
Elle était juste superbe.
Elle portait le genre de tenue que les femmes mettent lorsqu’elles veulent vous tourner la tête.
Et là, j’étais carrément retourné.
Le souffle coupé, j’étais à deux doigts d’implorer une thoracotomie, la faute à Ellen Carpenter, qui allait me faire connaître une petite mort merveilleusement divine.
Des jambes s’élevant comme un gratte-ciel donnant sur… Pardon je m’égare et saute un chapitre faute de mieux. Mon regard se plonge sur un ventre plat et musclé par des heures d’entraînements. Sa poitrine cachée par un charmant bustier en soie bleu, faisait tout pour que je n’aille pas la regarder dans les yeux. Ce que je fis pourtant.
« Reste pas comme ça, je n’ai rien là-dessous que tu ne connaisses déjà. » susurra Ellen..
« Tu m’as manqué ma belle. » Je la pris par la taille et l’embrassa comme seuls les couples illégitimes savent le faire.
Que je vive dans le péché ne doit surprendre personne. J’ai besoin de plaire.
Et soyez bien certain que la belle Ellen n’est pas une bonne poire.
Elle a juste eu besoin, à un moment de sa vie plus terne, d’un peu d’aventures.
Je n’étais pas Indiana Jones, d’autant qu’à ma connaissance il ne s’est jamais fait pété le doigt et il était plus habile en fouet qu’en raquette.
Quoique le fouet, moi je…
Notre baiser s’arrêta et me ramena à la réalité.
Son appartement avait fait la une d’un magazine prestigieux de décoration d’intérieure et elle m’avait assuré être la seule personne à avoir fait l’amour avec elle dans toutes les pièces.
J’avais hâte de redoubler un lieu.
Pas de blabla, nos rendez-vous fugaces ne le permettaient pas.
Elle me déshabilla avec dextérité sans me faire penser à mon coach. C’est dire son talent.
Le tapis de l’immense salon face aux baies vitrées était inondé de soleil et allait accueillir nos deux corps entremêlés.
Enfin ça, c’était le projet.
Avant qu’un vaudeville merdique ne vienne pourrir mon érection.
Entrant par surprise Heinzo s’écria !
« Ma qué c’est quoi c’bordel ? Doug Barkre, lâche ma femme ou j’vais t’touer. J’te jure qu’j’vais t’touer. »
David Heinzo est Argentin et s’était marié il y a deux ans avec Ellen, dans l’intimité de la famille.
Pas le genre à s’étaler dans les magazines. Pas celui non plus à prendre des cours de diction.
Je me relevais et cachais la nudité de son épouse. Comme s’il la découvrait. Des fois je suis con.
« David, bon, c’est bien ce que tu crois. Non mais dans les films, les mecs disent toujours ce n’est pas ce que tu crois, et j’ai toujours trouvé ça ridicule. C’est vrai, deux personnes à poil dans le salon, c’est sûrement pour faire un trivial poursuite. Quoique de poursuites si tu n’étais pas arrivé en…PAF. »
Heinzo était rouge de colère et m’en avait planté une dans la mâchoire bien méritée.
« Tou t’fout d’ma goule ? Viens dans l’cuisine, on va causer un peu. »
Je me laissais traîner jusqu’à la table centrale. Ellen se tenait à l’écart tout en se rhabillant.
Il attrapa un couteau de cuisine en céramique, et la lame blanche me fit froid dans le dos malgré mon rouge aux joues.
« Tou aimes ma femme ? »
« Bah non, enfin je veux dire, si bien évidemment, elle est formidable. Tu as beaucoup de chances Dave, Tu sais je t’envie. En fait je suis vraiment le dernier des connards et… »
Le couteau vint se planter pile poil entre l’index et le pouce de ma main valide.
« Wouah, t’es grave malade, t’aurais pu me blesser nom de dieu. Heureusement que tu sais viser. » Hurlais-je.
« Y ai pas r’garder ou j’frappai. »
Il ouvrit le réfrigérateur et une odeur pestilentielle sortit aussi vite qu’une évasion.
Tout à fait le frigo d’un joueur de tennis pro absent de longues semaines durant.
« On va régler ça autour d’un boun repas Doug Barkre. »
Je n’avais pas hyper faim sur le coup, mais nous devions parler visiblement. Et à part des excuses, je ne me voyais pas lui faire un exposé sur les angioplastie transluminale.
« T’es qu’oune merde Barkre. Sauté la femme d’oune copain, t’es rien qu’oune merde. »
Il me préparait à manger avec son immense arme blanche entre les mains. Je déglutis en faisant le moins de bruit possible.
Je réalise l’exploit de passer d’amant mordu à aimant à tordu.
J’entendais la belle Ellen pleurer dans le salon.
« V’là Barkre. Tou vas manger mon ami. Si si. »
Il poussait face à moi une assiette avec un pain moisi, une steak haché qui bougeait tout seul et un fromage français hors cotation.
« Il n’y a pas une loi qui interdit de forcer les enfants à table Heinzo ? D’ailleurs à ce sujet, je me demande ce qui sortirait de ta bouche si tu disais anticonstitutionnellement. »
« Mange » Ses yeux exorbités passaient de son instrument coupant à ma pauvre personne.
D’après son conseil, la meilleure solution était d’avaler cet hamburger avarié, soit il en serait ainsi si je voulais sauver ma peau.
« Tou veux d’la stomate Doug ? »
Je ne sentais plus ma mâchoire, mais cela ne m’empêchait pas de sentir l’immonde saveur.
« Tou va fermer ta goule Barkre et m’écouter. Plou jamais, tou va toucher ma femme. Plou jamais. Sinon. » L’éclair blanc fendit l’air au-dessus de ma tête à m’en décoiffer.
« Tou va t’barrer maintenant. Faut qu’j’sauve mon couple si j’l’peux encore. »
C’était le feu vert. La colère avait fait place au chagrin.
Je me levai doucement en continuant machinalement à mâcher cette horreur.
Quoi ? Monica Seles a bien fini sa banane un couteau planté dans le dos non ?
Je n’ai pas croisé Ellen en quittant l’appartement que je voyais pour la dernière fois.
Il y en a un autre que je ne suis pas pressé de croiser sur les courts non plus.
Une fois dans la rue, je ne pus réprimer un haut le cœur devant une terrasse de café.
Le petit garçon était attablé avec son père. Ils détournèrent le regard d’un air de mépris qui me blessa profondément.
Heinzo avait raison. Je ne suis qu’une merde.
Ensuite je dois m’étonner que l’on cherche à me tuer ?
Et si ?
Et si Heinzo était au courant de notre liaison et avait cherché à m’éloigner du circuit afin d’espacer nos enjambées sauvages ?
Son repas n’a t’il pas pour but de m’envoyer à l’hôpital pour intoxication alimentaire ?
Ellen qui ne me parle pas et s’empresse de me déshabiller. Suis-je tomber dans un piège du couple ? Savait-elle que son mari allait rentrer à cette heure précise ?
Le désagréable sentiment d’avoir été manipulé couvrit mes maux de ventre.
Putain de début d’année…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:20

Chapitre 9 :
Il est amusant de songer à quel point les médecins sont des raccommodeurs de pantins, seulement les pantins leur disent "Docteur".
Ramon Gomez De La Cerna


Aaahh les hôpitaux. Si chaleureux et baignés d’une subtile odeur d’alcool à brûler et de mort.
Une lutte entre les forces du bien et du mal à lieu chaque jour, entre l’odeur fétide de nos substances corporelles, et le désodorisant aspergé dans la pièce aux dimensions restreintes. On ne sait jamais lequel va gagner.
La broche de mon doigt allait être enlevée par mon chirurgien dans la journée.
Je devrais me sentir soulagé, s’il n’y avait pas cette épée de Damoclès au-dessus de ma tête.
Dans la salle d’attente, je lisais un tennis magazine de 1983 avec Yannick Noah en couverture. Tout cela ne nous rajeunissait pas.
Je n’avais jamais fait la une de ce bon dieu de magazine.
Barker mérite le panthéon en gros titre.
Est-ce trop demander un minimum de reconnaissance ?
Indéniablement, les journalistes ne pensaient pas comme moi.
Le fait est que j’en faisais toujours trop avec eux.
Plus je tapais dessus et plus j’étais invité en salle d’interview.
Excentrique pour certains, violent pour d’autres.
Du reste, ça m’a plutôt desservi et je devais admettre que le
circuit avait fini par me rejeter.
Le docteur me fît signe d’entrer d’un geste de la main, sans mots dire et sans sourire.
Il me plaisait déjà ce trouduc.
Il croyait quoi ? Que ses sept années d’études après le bac allaient m’impressionner ?
J’ai 16 ans de tennis derrière moi et je m’octroie quand même le droit de sourire.
« Alors Barker, vous venez pour votre doigt ? »
« Bah non connard, j’ai des hémorroïdes. Et j’ai pris une radio de mon doigt en plein touché rectal. » Lui tendant la dite-radio sur laquelle mon colon n’apparaissait pas.
Doc me regarda impassible.
« Voyons voir ça, Mmmmh, oui c’est bien ressoudé. On va pouvoir envisager de retirer la broche prochainement. »
Je me levai de ma chaise histoire que mes propos aient plus de poids.
« Comment ça prochainement. Va pas falloir me briser les cacahuètes en me faisant poireauter bijou. Je suis inscrit à Melbourne dans deux semaines. Tu m’enlèves ta ferraille aujourd’hui ou alors on va être copain de plâtre tous les deux.»
Monsieur Barker, ce n’est pas si simple. Votre réeducation peut être plus longue. Surtout si j’enlève votre broche dès aujourd’hui. Me comprenez-vous ? »
« Noooon, je suis totalement crétin et je parle mieux aux vaches qu’au docteur. T’es en train de me filer les abeilles et je vais te faire la tronche d’un apiculteur qui a oublié d’enfiler sa combinaison si tu ne me retires pas cette merde de suite. »
« Bien bien bien. 14 heures, anesthésie locale, réeducation intensive de deux semaines, douleur partielle durant quelques mois et pas de branlette jusqu’à Melbourne. » Il esquissa un sourire.
Ce mec avait du sang froid et plus d’humour qu’il n’y paraissait.
J’avais bien envie de lui serrer la main mais…
Je lui claquai un clin d’œil en lui rendant son sourire tout en prenant congés.
Quelques heures à tuer avant de me sentir libre de mes mouvements.
Mon téléphone couina comme un canard à qui on avait marché sur les pattes.
Dexter m’envoyait un sms.
Le belge Authom devrait revenir à la compétition au plus haut niveau l’an prochain. Me renseignait-il.
Voilà un mec que j’ai brisé.
En pleine ascension, je l’avais éjecté d’une possible qualification aux Masters il y a 3 ans.
Le pauvre belge m’en reparlait à chaque fois que l’on se croisait.
Cette année, il a fait une profonde dépression.
Minable, pas le fait qu’il ait craqué. Ca peut arriver à tout le monde.
Minable est le jeu qu’il a prodigué tout au long de l’année au lieu de se retirer complètement.
3 victoires en simple pour 17 défaites.
Ouaip 17. Je ne sais pas ce qu’il y a au-dessus de la honte, mais lui il doit le savoir.
Si j’étais un gars bien, je m’obligerai à coller sur un papier à entête : Je ne spolierai plus jamais Authom, plus jamais, que Prunelle m’en soit témoin.
Mais de un, je ne suis pas un gars bien, de deux la compétition excuse tous les comportements non ?
En tout cas, je me réjouissais de savoir qu’un bel adversaire allait refaire surface.
Encore fallait-il que j’ai suffisamment de roubignolles pour me réinscrire dans un tournoi de simple.
Pour l’heure, il faut que j’élimine quelques suspects et j’ai justement rendez-vous avec Dexter la semaine prochaine.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:21

punaise il y a vraiment des trucs introuvables dans les défis qui m'ont été donné de faire. Par exemple dans ce chapitre il est marqué Barker est indéniablement le plus excentrique du circuit/ Very Happy
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:23

Ah ah, je ne me lasse pas de rire de ce chapitre! Tu t'en douteras, c'est de loin mon préféré Very Happy

_________________
David Heinzo, la grinta argentine à l'état pur !        
Titres: Miami (S1), Metz (S1), Bercy (S1), Masters (S1), Nottingham (S2), Coupe DAVIS (S2)                     

Erik Larsson, le sang-froid Suédois !
Titres: Wimbledon (S2)
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:25

Chapitre 10 :
La connerie absolue n'existe pas car, à partir d'un certain degré, le con cesse d'être rentable.
Yvan Audouard

Dexter passait le plus clair de son temps à Melbourne, ville numéro une au classement de celles où il fait bon vivre.
Mais le Melbourne que côtoyait mon coach n’était pas celui des cartes postales ou la version de Nemo.
Il était au 18e étage de la Central Business. Celle des cols blancs qui se croisent sans jamais sourire ou se parler.
Le quartier des affaires, des avocats et visiblement celui des agents à la limite du véreux.
Je poussai la porte de la DexSports. Pas d’étonnement à ce que ce type au degré de narcissisme stratosphérique nomme sa boite à son nom.
La secrétaire derrière son bureau n’était jamais la même. Comment pouvaient-elles rester plus d’une semaine au côté d’un mec aussi abject ?
Une belle plante à la peau d’ébène, lunettes et cheveux attachés. Petite secrétaire modèle quoi.
La pièce était inondée de lumière et pourtant, elle n’arrivait pas à éclairer le centre de son bureau.
Sans doute la faute aux piles de dossiers d’une hauteur aussi vertigineuse qu’un gratte-ciel de Dubaï.
Au sommet de la plus haute, trônait un buste presse-papier de Napoléon qui avait la particularité d’être retaillé dans un simulacre de portrait du patron. Pathétique en plus d’être dangereux.
La jeune femme se leva brusquement et dans un geste chevaleresque, je retenais in extremis le buste en bronze qui allait sûrement entraîner dans sa chute des semaines de boulot.
« Oh Merzi, qui dois-je annonzer ? »
Je me disais bien aussi qu’il devait y avoir quelque chose qui clochait dans cette belle plante.
« Douglas Barker. »
« Attendez, je cherche dans zon agenda, non en fait je cherche zon agenda. » Ses mains tremblaient en trifouillant l’une des piles de Pise.
« Ah, ze l’ai, oui vous avez rendez-vous, ze vais prévenir Mr Dexter.”
« Pardonnez-moi mais d’où vous vient ce très joli petit accent ? »
La jeune femme me fit un sourire avec beaucoup trop de dents. Il faudra que je regarde sur Google s’il est possible d’en avoir 48.
« Ze viens de Guadeloupe, une petite île françaize des Caraïbes. »
Décidément, le fantasme s’effritait de toute part. Après le sourire carnassier, elle était française. J’étais à deux doigts de souhaiter la fin du monde, au lieu de cela je lui répondis.
« Cool, en Guadeloupe, les filles sont z’Antilles. »
Attention ! Blague à deux balles : Pom pom !
Elle me regarda fixement et son sourire se figea.
C’est bien les femmes ça, aucun humour.
« Monzieur Dexter, un zertain Barker pour vous. »
Elle raccrocha et se replongea dans ses dossiers.
Je devais me rendre à l’évidence, nous ne ferons pas la bête à deux dos dans les heures à suivre.
« Douguy douguy douguy, aaaaah mon douguy dans mes bras. »
L’étreinte ne pût être évitée sous le regard moqueur de l’assistante.
« Allez entres Douguy, j’ai de grands projets pour toi tu vois ? Allez bouges. Dis t’as pas un peu grossi toi ? Va falloir te bouger un peu mon Douguy hein ? Melbourne c’est la semaine prochaine. Hein, t’es prêt ? T’es prêt ? Mais bien sûr que tu l’es. » Et il m’asséna une droite dans l’estomac.
Heureusement, j’étais plus prêt pour son petit jeu favori, que pour Melbourne justement.
« Douguy, j’ai pleins de trucs pour toi, D’abord tu vas aller dans une école pour handicapés au Sud de Melbourne la semaine prochaine, T’iras faire des bises aux morveux et toutes ces conneries pour ton image quoi. Ensuite le lendemain, tu tournes une pub pour une poire à lavement révolutionnaire mon Douguy. Le slogan c’est faut qu’ça pulse. C’est pas top ça Douguy ? Mais bien sûr que c’est top. Puis… »
Je tendis ma main face à lui en signe d’opposition.
« Stop Dex. Stop. Tu vas te calmer. Respire un grand coup et tu vas m’écouter. »
Sa grande gueule enfin fermée, il se laissa retomber dans son fauteuil de ministre.
« Je laisse tout tomber Dex, tout. Chut chut chut !!! J’abandonne le tennis totalement. Le simple, le double, le circuit, tout quoi. »
J’utilisai la fameuse technique du silence.
Bien sûr, c’était un bluff éhonté.
Mon coach était en tête de liste de mes suspects.
Ma théorie était la suivante.
Il avait envoyé deux gorilles pour m’impressionner tout d’abord, puis l’affaire ayant pris un angle aussi tordu que mon doigt, cela m’avait obligé à m’éloigner des courts.
On m’avait intimé l’ordre de ne plus mettre les pieds en simple durant un bon bout de temps. Sans préciser quelle durée d’ailleurs.
Par contre rien sur le double.
Mes contrats publicitaires étaient au point mort et je ne devenais plus rentable pour mon agent.
L’assurance couvrant mon invalidité, le mobile de l’argent faisait donc podium.
Jusque-là, ça allait, mais pourquoi ne pas m’empêcher d’aller sur le double alors ?
Bon, là je séchais comme un poulpe au soleil.
« Douguy Douguy Douguy, tu vas pas faire cette monumentalissime connerie ? »
« Monumentalissime ? » répétais-je.
« Douguy, elle est tellement grosse que je suis obligé d’inventer des mots pour la décrire. Je ne sais plus si c’est Charles De Gaulle ou Mulan qui a dit qu’il vaut mieux mobiliser son intelligence sur des conneries, que mobiliser sa connerie sur des choses intelligentes. »
Il croisa ses doigts et parla d’un ton terriblement calme et froid. Je ne l’avais jamais vu maître de sa voix et de ses gestes simultanément.
« Douguy, tu m’as toujours pris pour un petit escroc qui baise ses secrétaires à couilles rabattues et qui s’engraisse sur le dos de sportifs comme toi. Tu n’as pas complètement tort. Mais ce que je sais, c’est que tu foutrais ta vie en l’air en faisant cela. Je m’en cogne que tu fasses le double, le simple, la coupe Davis ou un tournoi de Jokari avec Loukachenko. Je veux que tu joues Douguy. Tu n’as que dix ans pour te faire une place au soleil et t’as travaillé trop dur pour baisser pavillon au premier coup dur. T’en as dans le froc Douguy. Tu peux même te barrer voir un autre agent si tu le souhaites mais t’arrêtes pas. T’as de grandes années devant toi. Et si tu veux on abandonne cette foutue poire à lavement pourtant sacrément efficace et ces mioches à l’hosto. »
Il balaya d’un geste son bureau vide pour accentuer l’effet.
« Alors tu es prêt à me laisser partir pourvu que je continue à jouer ? C’est bien ce que tu as dit ? »
« Croix de bois, croix de fer, si je meurs je… » et il cracha sur sa moquette à 3000$ le mètre carré.
Impossible pour lui de prononcer le mot enfer, diable ou démon. Il était hexakosioihexekontahexaphobe mais il avait des raisons de l’être. Il était né le 6 juin 1966.
Sa sincérité me laissait pantois.
Dexter n’était pas aussi pourri qu’il le laissait croire.
Je glissai au fond du fauteuil en soupirant.
« Et si…Et si au lieu de partir, on revoyait juste un peu à la baisse ta commission sur mes droits à l’image ? »
Son visage s’éclairait.
« Putain Douguy, tout ça pour ça ? Je me demandais quand est-ce que t’aurai les bollocks de venir renégocier ton contrat. Allez attrapes deux verres de Whisky et pas la pisse de rat qui est sur le bar, celui que je planque dans le tiroir ’dossier confidentiel’ derrière toi. T’es con Douguy sans déc, j’y ai vraiment cru bordel. Alors, tu te lances vraiment dans le double cette année ? Et le simple tu lâches complètement ? Même pas l’OA ? »
Je remplissais les verres d’un doigt du nectar. Un doigt de hauteur pas de largeur.
« Le double, c’est certain Dex. Pour le simple, j’irai seulement aux grands évènements. Et oui, tu pourras presque me voir jouer de ton bureau sur le court central. »
Je lui fit un clin d’œil complice tout en trinquant.
« 20% pour toi sur les gains publicitaires et j’irai voir les enfants handicapés à leur école. Ce n’est pas négociable. J’ai des choses à me pardonner. »
Nos deux verres furent vides en même temps et mon coach et agent se dirigea vers la bouteille pour nous en resservir un, en signe d’assentiment.
Je pouvais rayer son nom de ma liste…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:26

je m'étais bien marré en l'écrivant aussi Szynal Wink.
j'ai posté plusieurs chapitres car absent ce week end. ca fera de la lecture aux accros et remettra dans le bain les lecteurs qui n'avaient pas pu lire la fin de l'histoire.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 22 Mai - 17:33

pour ma part mes chapitres préférés sont les 7-14-19-23 et l'épilogue qui me touche. car c'était une belle aventure et un adieu à des personnages que j'ai vraiment adoré.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mar 26 Mai - 19:21

Chapitre 11 :
Le génie a sans doute ses limites, mais la stupidité n'est pas pour autant handicapée.
Elbert Hubbard


Le grand bain. L’Open d’Australie, c’est même carrément le grand bassin pour un tennisman.
Beaucoup s’y sont noyés et moi-même, je nage à contre-sens une saison sur deux.
Mon premier tour commence ce matin en simple et comme je n’ai reçu aucune autre menace, je me permets d’en conclure que je me suis éloigné suffisamment des courts.
Mais ce n’est pas ce match qui monopolise mon attention.
Je passe à l’instant sous le porche de l’établissement scolaire pour handicapés de St Kilda.
Je n’ai aucune idée du message à faire passer à ces mômes, à part les banalités d’usages.
Courage, optimisme, persévérance, travail. Les foutaises quoi.
Je n’allais même pas pouvoir parler sport si ça se trouve.
Une femme se tient devant l’une des salles de classe. Maîtresse ou infirmière. Dans les deux cas le costume m’excite d’habitude. Mais pas là.
L’âge sans doute, ou le fait qu’elle est plus proche du phacochère que de la gent féminine.
Son visage grimace un sourire laissant entrevoir une dent tous les trois mètres. Par chance, la restante semble en bonne santé.
« Quelle joie de vous recevoir Mr Barker, les enfants sont tout excités si vous saviez. »
J’aurai menti en lui faisant une réponse miroir.
Mais qu’est-ce que je peux bien foutre ici. Ok j’ai un comportement de merde à me faire pardonner mais je me demande sur le coup, si un silice ne serait pas moins douloureux.
« Je ne peux pas rester trop longtemps, j’ai un match dans quelques heures et… »
Mais c’est qu’il me pousse dans le dos le Golgoth. Et me voilà dans une pièce où règne le chaos.
Pas une salle de classe habituelle, avec rangée de chaises, de tables symétriques avec leurs allées de part et d’autres. Pas d’estrade ni tableau non plus. Une salle colorée dont les murs ont été peints de mains maladroites d’enfants en bas âge. Des espace de travail avec des bords en mousse afin d’éviter les chocs, tous disposés face aux murs laissant un immense espace de déplacement au centre.
Mais ce qui me surprend surtout, c’est que le soi-disant gamin qui me fait face est presque aussi grand que moi. Il arbore un masque de Dark Vador et me dit « Douglas, je suis ton père.»
Puis il le retire et son visage est illuminé de bonheur.
« J’aime beaucoup c’que tu fais Douglas. Je m’appelle Ernest et je suis un peu lent. »
Il me tend une main doucement que je serre comme si elle était d’une infinie fragilité.
L’assistante à la scolarité des élèves handicapés me pris par la main. Doucement, sûrement par habitude. Je n’en fus nullement choqué.
« Mr Barker, Tous ceux qui sont ici sont des adultes mais leurs capacités sont restées celles d’enfants d’une dizaine d’années. Ils vous connaissent, vous ont vu à la télé pour la plupart. Certains ne vous parleront pas. »
« Que dois-je faire » demandais-je.
Parlez avec eux et par pitié, ne sortez pas toutes ces cohortes de gros mots et pas de gestes brusques, ils seraient effrayés. Vous n’êtes pas dans une salle d’interview comprenez-moi bien. » Son regard ne traduisait pas une grande admiration.
Mon charme naturel ne fait donc pas des ravages sur toutes les femmes ?
En est-elle vraiment une alors ?
Je décide d’aller m’asseoir au centre sans dire un mot et de les laisser venir à moi.
Il y a des moments où c’est bien de ne pas toucher au silence.
Ernest vient s’asseoir en tailleur à côté de moi. Pour quelqu’un qui se dit lent, il a été le plus rapide. Deux autres le rejoignirent avec des jeux à empiler ultra basiques.
« Pourquoi tu tapes dans les balles ? Elles t’ont fait quoi les balles ? »
Ca commençait fort. Il va falloir un sacré recul aujourd’hui.
« En fait je ne les tape pas, je les renvoie. Et ce n’est pas vivant une balle tu sais. C’est juste un sport le tennis. Je joue contre un autre tennisman et on cherche à marquer des points en… »
« Ouais je sais ce que c’est le tennis, j’suis pas débile. » Et ils partirent tous dans un grand éclat de rire démesuré.
Il va falloir que j’arrête d’être condescendant. Laisse couler douguy.
« D’accord pour les balles, mais pourquoi tu tapes sur les gens qui ont des micros alors ? »
Deuxième question et je suis dans les cordes.
Je vais leur dire quoi à ces gamins-adultes ? Que j’ai une fâcheuse tendance à m’énerver facilement. Que ça m’attire des ennuis monstrueux et que c’est sans doute bien fait pour moi ? A la place je réponds. « Mais non, on s’amuse, on se chamaille. C’est tous de vieux copains, on joue à la bagarre. »
Le monstre en blouse à l’âge indéfinissable me regarde une fois de plus de travers, ou alors c’est une paralysie faciale. Impossible de savoir vraiment.
« Dis t’as vraiment fait des bisous à Mirjana Monic toi ? »
Et oui, mais je n’étais pas le seul, je suis passé après le cœur de l’armée rouge. Cette réponse n’a jamais franchi le cap de mes pensées.
« Et toi, t’as déjà été amoureux Ernest ? »
Les autres retinrent leurs souffles à en devenir plus rouge encore que l’apostrophé.
« Moi je l’aime bien Mirjana. Elle tourne ma tête comme elle tourne mon cœur. J’aimais pas quand tu lui faisais des bisous. Tu l’aimais pas comme moi. »
Je n’aurai jamais parié sur une matinée d’introspection avec des handicapés mentaux dans le trou du cul du sud de Melbourne en me levant ce matin.
« C’est pour ça que l’on n’est plus ensemble Ernest. Mais je lui parle encore de temps en temps. Nous ne sommes pas aussi fâchés que ce que l’on peut lire ou entendre à la télévision. Si tu veux, je pourrai lui demander qu’elle t’envoie une photo dédicacée. »
Ernest frisait l’attaque cardiaque de bonheur. C’est facile en fait de faire plaisir.
Un autre me demande.
« Ca va mieux ton doigt ? Quand on sait pas faire de vélo, on retire pas les petites roues. »
Ils se moquèrent tous de moi et je ris avec eux.
Une heure passa comme l’éclair et pour la première fois depuis des semaines, j’ai eu le sentiment d’avoir accompli quelque chose de pas trop mal.
Ces gamins voient la vie avec détachement, simplement, sans s’apitoyer. Tout mon contraire.
Ils sont imaginatifs, combatifs, curieux. Une source d’inspiration non négligeable dans ce que je traverse.
En les quittant, l’assistante me glisse à l’oreille.
« C’est vous que je voulais. »
Interloqué. « Comment ça ? »
Un air coquin figea son visage. Elle me confia.
« J’ai eu une relation avec Andrew Stephens il y a quelques années. Ce qu’on a vécu ensemble est inoubliable. Se souvenir c’est souvent souffrir. » Ses yeux se gorgeaient d’humidité contenue.
Je comprenais mieux l’homosexualité du joueur américain maintenant.
« Le pauvre bougre est passé dans le même genre d’établissement en Floride. Il n’a jamais été très brillant mais à contrario très adroit. Il s’en est bien sorti mais reste discret devant un micro. Je sais que vous vous entendez bien avec lui. Embrassez-le de ma part. En mémoire du bon vieux temps ou je lui ai fait découvrir…enfin embrassez-le. »
Alors là, je tiens un sacré scoop mais les regards innocents de mes nouveaux amis me dissuadèrent d’en faire étalage.
Une conduite à racheter nécessite quelques sacrifices.
Je remontai dans une somptueuse Holden de location. Il fallait faire local sans négliger le sport non ?
En route pour le central, je me recentrai sur l’essentiel. Non, toujours pas ce match sans intérêt.
Je devais parler à Nomenjanahary.
Je ne la connais que de vue et n’ai pas encore osé l’aborder de peur d’écorcher son nom. Le prénom était à l’unisson d’ailleurs. Fanantenana.
Putain, ses parents jouaient au scrabble quand ils ont choisi son prénom et ils n’avaient que des A.
Je l’avais surnommé Fanta du coup. Surtout que ses résultats faisaient Pschiiittt.
Beth, la médium, m’avait fait remonter un souvenir enfoui.
Cette joueuse avait tout vu. Il était temps qu’elle me raconte sa version.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mar 26 Mai - 19:24

Tu viens d'apaiser mon état de manque Razz
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