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 [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"

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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mer 27 Mai - 12:02

Chapitre 12 :
Il y a trois sortes de témoins. Celui qui a bien vu mais doute de ce qu'il a vu. Celui qui a mal vu et croit avoir bien vu. Celui qui n'a rien vu et jure avoir tout vu.
André Prévot


L’Open d’Australie allait être la pierre centrale de mon début d’année.
Tout d’abord en raison du démarrage de la saison des dahlias noirs en double.
Aftalion ne m’avais pas contacté depuis des lustres, et il n’avait même pas été question de s’entraîner ensemble. Si nos adversaires savaient cela…
Les premiers étaient des joueurs qui avaient déjà fait une saison ensemble. Laucher / Grundig. Une saison ayant toutefois autant de valeur qu’une baguette de pain achetée en Patagonie.
C’est donc serein que nous avons abordé le premier match de cette compétition.
Mais l’excitation de ce Grand Chelem réside tout autant dans le fait de pouvoir enfin croiser Fanantenana Nomenjanahary.
Beth la voyante, m’avait fait une grosse impression durant ma séance d’hypnose et je devais connaître la vérité.
Fanta était-elle bien sur le lieu de mon agression ?
Je suis à moins de cinq minutes de le savoir.
Face à la devanture du bar glauque, Le Palu Foudroyant, je pousse la porte l’ayant suivi après sa venue sur le central…En tant que spectatrice.
Des vapeurs de fumées pas toutes légales en profitèrent pour se mêler à l’air pur extérieur.
Je m’engouffre dans l’antre mal famée me demandant ce qu’une jeune sportive professionnelle vient faire dans un tel gourbit.
Je la vois au bar à discuter avec un grand brun maigrichon. Allure de bad boy de pacotille juste bon à épater les filles, mais sa montre de luxe et ses ongles manucurés démontrent qu’il est de bonne famille.
Elle minaude tout ce qu’elle peut la petite.
Pourquoi donc les femmes ne sont intéressées que par les voyous ?
La musique est bien trop forte pour pouvoir tenir une conversation soutenue. On y jouait une de ces monstruosités atonales, et j’aimais ça.
D’un pas sûr, je pris le tabouret à côté d’elle et sans la regarder je fis un clin d’œil au barman.
« Qu’est-ce tu veux mec ? » Je devais me résoudre à ne pas avoir un bonjour dans ce lieu.
« J’imagine que si je te commande un Mojito, je risque une dysenterie non ? »
Jouer au malin ne servait pas à énerver le serveur au regard vide, mais bien à attirer l’attention de Fanta.
« Tu risques surtout de te faire sortir par la peau du cul si tu me cherches mec. J’ai que ça. » Et il indiqua de ses deux mains comme si c’était des colts, des panneaux publicitaires en métal juste derrière son comptoir.
Entre Valstar et Kingsbrau, le choix était quelque peu limité.
« Va pour une bière l’ami, n’importe laquelle, j’m’en cogne. »
Pendant ce temps, le faux rebelle jouait avec les clefs d’une BMW, sûrement emprunté à papa pour culbuter la première pintade bourrée venue.
La jeune joueuse étalait son plus beau sourire. Ce luxe interlope la rendait toute chose.
« Pardon de vous déranger mademoiselle, mais j’étais en train de me demander combien de temps il vous faudrait pour vous rendre compte que ce mou du bulbe n’a d’yeux que pour votre postérieur ? » Oui je sais, comme technique d’approche, il y a plus fin mais je ne risque pas que l’on me balance un ‘mon dieu, que c’est original’ exaspéré.
Elle se retourna l’air terriblement offensée, mais sa bouche resta ouverte et muette en me reconnaissant.
A l’inverse de son nouveau meilleur ami d’un soir, remonté comme une pendule
« C’est de moi que tu causes ? Je rêve ou t’as manqué de respect à ma copine ? »
C’est le moment de se lever, histoire de montrer mon gabarit forgé par des heures de musculation.
« Ecoute branleur, t’es en train de me parler de respect alors que tu as le pédoncule d’un stégosaure dans le pantalon quand tu la déshabilles du regard. Tu vas dégager de ma vue immédiatement ou je te fais une gueule de mascotte de baraque à frites. »
Le pauvre type baissait déjà les yeux. La bataille était terminée et nous le savions tous les deux.
«Ta bouche est capable de se fermer Fanta, tu permets que je t’appelle comme ça ? »
En effet, ses lèvres se retouchèrent.
« Barker, je…Non, je dois partir il est tard. »
D’un geste vif, je bloque sa main gauche prête à attraper son sac. Et là, surprise.
Son auriculaire manque à l’appel.
La voilà qui plonge son regard noir dans le mien, me recouvrant d’une noirceur vécue.
« Je…je sais pourquoi tu es là. Je ne parlerai plus car, j’ai trop parlé par le passé. »
Madagascar n’est pas qu’une grande île s’ouvrant doucement au tourisme. Dieu sait ce qu’elle a pu endurer dans sa jeunesse.
Fanta en a tiré des leçons sur lesquelles elle n’avait pas envie de redoubler.
Un groupe de Rock alternatif français se faisant appeler Godon, monta sur scène.
J’approche ma bouche de son cou sans lui lâcher sa main mutilée.
« Tu ne diras rien, c’est moi qui vais te parler. Tu étais présente dans le parking du Crillon à Paris lorsque je me suis fait agresser. Tu étais cachée derrière une voiture. De ta planque, tu as aussi tout entendu. Je te remercie de ne pas m’avoir grillé à la presse en passant. »
Elle voulut retirer sa main en vain.
« Je sais que tu as eu peur que je me fasse descendre, et sûrement peur pour ta propre vie. Je ne sais pas qui c’est, mais ils m’ont lâché la grappe. Je cherche à savoir qui est leur boss. As-tu entendu quelque chose avant que je n’arrive. Fanta, j’ai besoin de toi. »
Je lâchais sa main doucement lui caressant délicatement l’avant-bras.
Ca se voulait rassurant.
Ses yeux sombres s’embrumèrent mais elle parla.
« J’ai eu très peur. C’est ignoble mais j’ai eu très peur pour moi. J’étais descendu à ma voiture rechercher mon téléphone. Il avait glissé entre le siège et la portière. Une fois, j’ai une copine qui a vomi dans cet endroit impossible et…Pardon, tu t’en fous, il m’semble hein ? »
J’ai rétorqué d’un sourire.
« Les deux gars à la moto discutaient debout avec un type dans un gros pick-up moitié pourri. Les vitres étaient sales comme s’il avait fait un raid en 4x4. Je n’ai pas vu qui était au volant. Il donnait des informations et j’ai vu le flingue du plus petit. Je me suis cachée. »
« Fanta, le conducteur. Etait-ce un homme ou une femme ? »
« La voiture était en ¾ de face. Vitre entre-baissée mais pas suffisamment pour que je l’aperçoive. Je n’ai pas entendu sa voix non plus. Mais il parlait de toi, j’en mettrai ma main à cou… »Elle la cacha entre ses jambes prestement.
Les deux types répétaient des informations données. L’emplacement de ta voiture, la couleur de ton sac à dos, ce qu’il y avait dedans, ils disaient qu’ils savaient que tu pouvais être rapide et que tu ne craignais pas de donner ou prendre des coups. Le boss ou qui que ce soit Barker, il te connaît bien. Chez moi on dit que si tu vois des bouses partout, c’est qu’il doit y avoir un poney pas loin.»
Elle prit son sac et se rua vers l’extérieur.
C’est avec un temps de retard que je me décidai à la suivre, bousculant les danseurs alentours.
Dehors il pleuvait des cordes et déjà elle s’engouffrait dans un taxi.
Mes mains vinrent se poser sur la vitre arrière et elle approcha son visage.
Son index vint tracer sur la glace embuée le mot ‘voleur’.
La voiture démarra projetant de la flotte sur le trottoir.
Ses phares s’éloignèrent et le taxi tourna à deux blocs de là.
Voleur, de quoi ? Pourquoi voleur ? Qui est un voleur ? Bordel mais ça m’avance à quoi tout ça ?
J’étais carrément trempé au milieu de la rue.
Je levai les yeux au ciel, écartant les bras.
Bof… mieux vaut qu’il pleuve aujourd’hui plutôt qu’un jour où il fait beau…
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Szynal

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mer 27 Mai - 12:25

J'avais oublié ce chapitre 11. Je le trouve particulièrement drôle. Moi qui bosse cette année avec des élèves dans ce genre, je me suis très bien imaginer la scène Very Happy

_________________
David Heinzo, la grinta argentine à l'état pur !        
Titres: Miami (S1), Metz (S1), Bercy (S1), Masters (S1), Nottingham (S2), Coupe DAVIS (S2)                     

Erik Larsson, le sang-froid Suédois !
Titres: Wimbledon (S2)
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mer 27 Mai - 12:31

Merci les amis pour tous vos messages Wink
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Jeu 28 Mai - 10:49

Chapitre 13 :
Il vaut mieux insulter les morts qu'insulter les vivants, on ne risque pas de se ramasser une baffe.
Guy Foissy


Je suis tombé par terre, c’est la faute à Voltaire, le nez dans le ruisseau c’est la faute à Rousseau.
Enfin, Voltaire et Rousseau n’étaient pas pour grand-chose au fait que je me tenais le ventre au sol dans les allées menant au central de Melbourne.
Mais revenons quelques heures en arrière pour vous expliquer cette fâcheuse situation.
Je ne la sentais pas cette journée. Déjà ce matin mon coupé sport Holden Morano a failli s’équiper d’un porte vélo…Dans l’habitacle.
Ces écolos à vélo se croient permis de passer au rouge au feu, parce qu’ils sont verts.
Enfin, j’en étais juste pour un peu de gomme sur l’asphalte et une suée sous les bras.
Mon moral n’était pas entaché tout comme mon bolide ne l’était du sang du cycliste.
Le ciel était d’un bleu immaculé au-dessus des courts de Melbourne. Le double mixte ne débutait que demain mais je m’y rendais pour la remise de coupe du double masculin remporté par Karavaiev et Al Assaad ?
Le Syrien avait été un rival terrible au début de ma carrière.
Du temps ou ce sport était encore pour moi passion et gagne-pain. Le temps que je découvre que je n’aimais plus jouer, j’étais trop riche pour laisser tomber.
Ainsi va la vie. Si l’on ne faisait que ce que l’on aime, on serait…bah quelqu’un d’autre. On envie toujours ceux qui ne montrent que leurs bons côtés avec leurs supers boulots bien rémunérés, leurs enfants tous surdoués qui ont 17 de moyenne, leurs femmes adorables et attentionnées sans qui ils ne pourraient pas vivre.
Putain, je hais les autres qui te crachent leurs faux bonheurs à la gueule alors qu’ils t’envient eu aussi.
Ca ressemble à ça l’odyssée de l’espèce.
Je ne sais pas vous, mais quand mon esprit vagabonde, mon cerveau doit me pomper tous mes autres sens en dérivation. Je n’entends plus rien et surtout ne vois pas sur le coup, le mastodonte de muscles qui me charge.
« Barkre, j’vais t’touer » hurlait-il en me fonçant dessus tel un bélier sur un pont-levis.
J’aurai préféré vous dire que j’ai pris le taureau dans l’arène par les cornes, mais j’ai pris l’option d’amortir le choc avec mon estomac.
Heinzo, le cocu magnifique, m’avait enfoncé ses cornes virtuelles dans mon ventre bien réelle.
« Barkre, tou es oune enfloure. Ma Ellen, mon frouit exotique m’a quitté. Elle est partie pour te r’trouver, j’ien soui sour. »
Je reprenais difficilement mon souffle pendant que les badauds autour de nous retenaient le leur.
« Heinz, bordel mais t’es un grand malade. Je n’ai pas revu Ellen depuis notre…depuis.
Je t’avais fait la promesse et je te jure que je ne l’a reverrai plus comme avant. J’étais pas au courant. Si tu savais comme je m’en cogne, j’ai d’autres chattes à fouetter qui… PAF ! »
C’est dingue ça, en 2 mois je me suis pris plus de beignes que durant toutes mes années de collège, et j’ai redoublé une fois.
L’argentin était cramoisi de rage. Incontrôlable, dangereux même.
Il s’apprêtait à m’en resservir une louchée quand son bras fut pris en étau par un homme.
Mon sauveur, je ne le connaissais pas mais je l’aimais déjà.
Oh ! Mais si je le connais. C’est même l’idole de toute ma jeunesse. Quand certains avaient le poster de U2 ou de Britney Spears, ma chambre était tapissée à son effigie. Bon, en moins dénudé que Britney et souvent en action.
Le grand blond avait toujours cette classe et ce calme qu’on lui connaissait sur les courts.
Stefan Edberg lui-même m’avait sauvé de ce fou-furieux de Heinzo.
« Non mais ça va pas vous deux ? Quel exemple vous donnez aux enfants autour de vous ? Certains vous regardent à la télé, ils payent pour vous voir jouer dans les stades. Vos différents, vous les réglez en privé. »
Autoritaire, ferme, glacial. Sainte vache, qu’est-ce qu’il assure le blondinet.
Je savais possible de croiser le suédois aujourd’hui, il avait remis la coupe aux vainqueurs du double masculin samedi, et rien que pour ça, j’aurai rêvé de gagner cette demi-finale face à Fuentes et Topica.
Heinzo récupéra son bras et vociféra. « C’est c’te crevure de Barkre. L’a sauté ma femme, j’l’ai ai vu. Elle est parti vec loui, j’ien soui sour. J’vais l’touer. »
Et voilà comment on passe pour un sale type devant un parterre de public et de journalistes.
La participation de Douguy a un jeu télévisé dont les gains sont reversés à une association caritative est fortement compromise on dirait.
Dieu le père de la volée de revers posa son regard bleu trop froid sur moi.
Me redressant doucement tout en me serrant les côtes, je tentai une défense aussi brinquebalante que mon physique.
« Oui bon, j’ai péché, j’ai convoité la femme du voisin. Je ne suis pas le premier non plus. Pas de quoi en faire un scandale. Voit le bon côté Heinzo. Tu as la télécommande de ton écran plat rien que pour toi et tu vas pouvoir te réabonner aux chaînes pour adultes. »
« J’vais l’touer, si si j’le jioure sur la tête de Maradona, j’vais l’touer. »
C’est solide un grand blond en défense, y a pas à dire. Edberg le retînt sans forcer et se tourna vers moi.
« Visiblement, vous devez crever l’abcès, Barker, vous avez couché avec sa femme. Est-elle partie avec vous ? »
Un moment de répit et d’écoute, enfin.
« Mais non, elle n’est pas partie avec moi. Je n’ai plus aucun contact avec Ellen, et je redonne ma parole que tout est fini. Je suis terriblement désolé du mal que j’ai pu vous faire à tous les deux. Maintenant faudrait peut-être arrêter de me faire passer pour le sale mec dans l’histoire. Ta petite Carpenter, c’était pas la dernière côté galipette. »
Mettre une petite caresse pour attendrir et paf, la petite claque derrière l’oreille qui réveille. Vicieux mais jouissif.
« Et Toi Stefan, t’es pas le mieux placé pour me faire la morale. Qu’est-ce que t’as dit à Wilander quand tu lui as piqué Anette. Tu l’as invité à ton mariage et c’est le parrain de tes gosses ? Dans le genre salaud, on peut jouer en double. »
Le poing de mon idole a frappé exactement au même endroit. Ces deux mecs sont les Guillaume Tell de l’estomac.
Et voilà comment je me suis retrouvé les yeux exorbités, le souffle court dans les allées du tournoi de l’Open d’Australie.
Et une rencontre avec Stefan Edberg qui se transforme en pugilat, une.
« Heinz, tu fais ce que tu veux, mais je te jure. Je n’y suis pour rien. Ta femme a perdu au premier tour. Elle semblait très affectée. Téléphone à sa mère ou sa sœur. Je te parie qu’elle est allée chercher du réconfort. Et met ton agressivité de côté si tu veux la récupérer Heinz. Bonne chance. »
Les deux joueurs s’éloignèrent et personne ne m’aida à me relever.
Merde alors, pourtant je fais des efforts pour refouler ce connard en moi.
J’ai encore du boulot visiblement.
C’est décidé. Je vais me foutre au vert. Peut-être même faire un peu de vélo tiens.
Je termine ce double mixte avec Tiffany Smith et je rentre à Auckland.
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Sam 30 Mai - 11:32

Chapitre 14 :
Dans un monde globalement barbare, il est réconfortant de savoir qu'entre le moment où ils se sont rencontrés et celui où ils se sont perdus, ils se sont aimés.
Enki Bilal


Mémorable cet Australian Open. Bon ! Pas par les résultats, quoique.
Mais se faire mettre une peignée par Heinzo et Edberg en public, je crois n’avoir encore jamais lu ça dans Tennis Mag.
Enfin, depuis, plus de nouvelles. Sans doute a t’il retrouvé sa femme et son calme. Ce serait relativement souhaitable pour notre prochaine rencontre dans six semaines à Indian Wells.
Pour l’heure, je marchais dans les rues du quartier chic d’Auckland. Temps splendide, petite brise de fin d’après-midi, fille au robe légère et avenante.
D’ailleurs un joli spécimen du quartier chicos de Parnell me dévisageait en passant. Petit tailleur strict, sac de grande marque assorti aux Jimmy Choo, une poitrine qui me forçait à avoir un énorme pouvoir de domination sur mes yeux, pour porter mon regard sur un axe parfaitement horizontal.
Dans la famille Baralair, je demande la fille Lenny.
Barker, le roi de la délicatesse.
Pourtant…
Pourtant si je pensais que cette jeune femme, un brin stricte et une moisson entière de trop sûre d’elle me regardait, je me trompais lourdement.
Ses yeux étaient bloqués sur le gigantesque bouquet de roses rouges que je portais.
Elle me fit un petit sourire moitié coincé, moitié coquin.
En avançant sur Birdwood Cres, j’apercevais au travers de quelques jardins parfaitement entretenus l’Auckland Domain, parc réputé pour son calme et ses promeneurs friqués.
Ici on pouvait être nanopabulophobe et ne pas être obligé de rester cloîtrer chez soi. Le bon goût était de mise quelques soit l’endroit où vous regardiez.
La maison ultra moderne transformée en loft se dressait face à moi.
Je sentais mon cœur battre comme la veille d’une finale perdue d’avance. Et oui, on ne se refait pas.
Quatre marches avant d’atteindre cette porte.
Quand je pense à ce crétin de Clémenceau qui disait que le meilleur moment de l’amour, c’est quand on monte l’escalier.
Bah moi j’ai les pétoches avant. Et depuis, il y a les ascenseurs et ça fait gagner du temps.
Je me dis que je devrais déposer le bouquet sur le perron et partir en courant, ou alors je pourrai…la porte s’ouvrit. S’entrouvrit plutôt.
Gaulé je crois.
Allez, je suis un grand garçon quand même, je monte.
Mes pieds me soutiennent, chouette.
J’hésite à pousser la porte.
« Entrez Mr Barker, je vais chercher mon plus grand vase. »
Je me recule d’un pas et jette un œil aux fenêtres, toutes obturées par de grands voiles gris opaques.
Qu’est-ce que ça m’énerve ça.
« Beth ? Euh j’entre. Je ne vous, enfin je passais par là et… »
Comment pouvait-on se cacher de quelqu’un qui a le don de voir l’avenir aussi nettement que dans un poste de télévision ?
Elle apparue poussant un vase d’une belle taille sur un petit support à roulette.
« Nous savons tous les deux que vous ne passez pas chez moi par hasard et non vous ne me dérangez pas. Je vous attendais au contraire. »
J’étais un peu gêné et pris l’option de l’humour pour le cacher.
« Forcément, on ne se trimbale pas avec 3 kg de roses pour frapper une porte au hasard. En fait je voulais vous remercier et fêter avec vous cette journée qui doit compter pour vous. »
Elle prit le bouquet délicatement de mes mains, le posa sur sa table en verre polie et commença à couper en biais les tiges avec un ciseau.
« Une journée particulière ? Vous m’intriguez. » Ses sourcils relevés m’encouragèrent.
« Vous n’imaginez pas ce que j’ai pu réfléchir afin de trouver une raison que vous ne devineriez pas. » Je sorti le sourire n°22, celui qui fait fondre la glace, tourner le lait et accessoirement, séduit les jeunes fans de sexe féminin.
Intriguée, elle attrapa en tentant de ne pas se piquer, la carte accrochée au milieu du parterre de roses rouges et le lut à voix haute.
« Joyeux non-anniversaire Beth »
Elle mit sa main devant sa bouche et pouffa comme un gamine.
« Mr Barker. Douglas ? Il doit bien y avoir une centaine de sites internet, dont Wikipedia, pour affirmer que mon anniversaire est bien le 2 février. »
Le n°22 disparut à la Copperfield.
Bordel, j’avais 1 chance sur 365 de me planter.
Mais l’essentiel était là, elle souriait.
Elle posa son ciseau et un baiser sur mes lèvres.
Doux, tendre, le premier. Non suivi d’un second.
« Merci » lui dis-je.
« Douglas, vous jouez l’enfant à merveille. »
Un peu vexé, je reculai d’un pas.
« N’allez pas raconter ça à la presse, le truc des roses, de la carte. Je suis un bad boy moi. Je tape sur tout ce qui me file les abeilles et… »
Elle posa son doigt sur ma bouche. Encore un contact d’une incroyable douceur.
« Chuuuut, Douglas. Vous savez comme moi que ce personnage n’est là que pour la déco. Le folklore. Vous êtes un garçon sensible, intelligent et bien plus à l’écoute des autres qu’un agent de la NSA. Tout ça. Ce n’est rien que du business pas vrai ? Les joueurs propres sur eux avec la raie sur le côté ne font plus recettes. Les sponsors et les publicitaires veulent des gueules, de belles gueules, avec une forte personnalité derrière. Vous leur donnez ce qu’ils veulent, et parfois le rôle que vous tenez depuis tant d’années reste, même une fois le costume rangé dans votre sac. N’ayez crainte, vous êtes un excellent acteur Douglas… avec les autres. Ce n’est pas la voyante qui vous parle, mais la clairvoyante. Je vous vois Douglas. »
Elle retira son doigt et installa les fleurs une à une dans leur nouvel habitat.
« Et que voyez-vous pour… »
« Nous ? Est-il vraiment utile de connaître la fin ? Car il y en a toujours une, seule sa forme peut varier. Je ne suis pas de celles qui regardent la dernière phrase d’un roman. Ce que je sais, c’est que demain vous repartirez avec vos vêtements de la veille sur le dos. »
Je lui tendis les fleurs une à une.
« Beth, Vous m’avez terriblement troublé dès que je vous ai vu. Je n’ai jamais ressenti cela auparavant. Vous êtes tellement différentes des filles...des femmes que… »
Elle planta son regard au fond du mien.
« Plus âgée aussi. »
C’est vrai. Plus âgée aussi. Difficile de l’estimer toutefois et je n’allais pas pousser la goujaterie de lui demander le jour de son anniversaire.10 ans de plus peut-être, et alors ?
Elle était hors du temps. Pas belle à être renversante non. Pourtant je ne voyais qu’elle depuis des semaines dans mes rêves.
Des yeux bleus de lagon du bout du monde, des cheveux bruns parfaitement lissés tombant de part et d’autre d’un port de tête impeccable, digne d’une danseuse étoile. Chacun de ses mouvements semblant toujours réfléchi longtemps à l’avance, tout était d’une classe folle.
Rien à voir avec mon quotidien.
Si je devais offrir un hamburger à chaque fois que j’ai fait une chevauchée mécanique avec une starlette remplie de maquillage et vide de sens, j’aurai éradiqué la faim dans le monde.
« Si ça m’importait, serai-je là ? »
Je tenais la dernière rose quand sa main vint recouvrir la mienne.
La pauvre fleur tomba sur le sol et n’alla jamais rejoindre ses sœurs de pétales.
Le second baiser fut plus long, plus appuyé et suivi de nombreux autres.
Ah oui !
Et elle avait raison.
Le lendemain, je portai bien les vêtements de la veille…
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Eldu

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Sam 30 Mai - 12:01

Ca fait du bien et ça fait remonter de bons souvenirs de relire tout ça Smile.

A quand un nouveau roman study ?
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Dexter

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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Lun 1 Juin - 12:40

Chapitre 15 :
Lorsque vous avez éliminé l'impossible, ce qui reste, si improbable soit-il, est nécessairement la vérité.
Arthur Conan Doyle


Je souffrais ce matin du mal de l’aube.
Non pas celui que ressent tout homme qui a passé la nuit dans un lit qu’il ne connaissait pas et qui le regrette amèrement.
Non, cette nuit était juste magique mais ma spondylarthrite rhizomélique reprenait de plus belle apparemment, était-ce vraiment le signe du déclin ?
J’ai malheureusement le sentiment que mon premier signe de déclin était mon échec de figurer aux Masters l’an dernier, et ce n’était pas à cause de mes douleurs matinales.
Beth préparait le petit-déjeuner, habillée simplement de ma chemise entrouverte. J’ai toujours trouvé terriblement sexy une femme vêtue de cette façon, et là j’étais au paradis.
« Laisse-moi deviner, café allongé sans sucre, mmmhh…Pas de céréales non, ni pain. Régime de sportif oblige. Je ne te vois pas manger des œufs et du bacon malgré tes origines. Je parie plutôt sur des fruits. Oui, ananas, mangues ou kiwis ? J’ai bon ? »
Beth souriait à en séduire n’importe quel dentiste à la ronde.
« Tout à fait. On se connaît déjà si bien que cela ? Attention, la routine nous guette. »
En vérité, je ne crachais pas sur des œufs, bacon et moutons. Un new-Z ne se refait pas.
Mais il aurait fallu être sacrément débile pour se priver d’un tel sourire.
Sa micro chaîne avec support Ipod diffusait cette chanson déprimante d’Adèle, qui inondait toutes les radios. Someone like you.
Je la trouvais adaptée à la quiétude du moment présent.
« Je ne te mets pas à la porte tu sais, mais je vais avoir de nombreuses visites aujourd’hui. L’inconvénient de travailler chez soi. Tout le monde ne passe pas son temps à parfaire son bronzage sur des cours de tennis.» Son air mutin la rajeunissait et je n’étais plus assez présomptueux pour penser que j’y étais pour quelque chose.
« De toute façon, je dois partir, j’ai entraînement ce matin. Mais je sais déjà que je vais mal jouer. Je ne suis pas parti que je pense déjà à toi. Pourrais-je revenir ce soir ? »
« Et les suivants Doug, et les suivants. »
Elle se leva et ramassa la rose au sol maintenant fanée. Détacha pétale par pétale, les laissant négligemment tomber derrière elle tout en se dirigeant vers l’alcôve dissimulant son lit.
Mon cerveau encore convenablement irrigué se fit deux réflexions. Si je voulais récupérer ma chemise, je devais la suivre, et je serai de toute façon en retard à mon entraînement.
Il fut terriblement difficile de s’arracher aux draps de satin recouvrant sa nudité.
Je m’habillais heureux de savoir que son odeur allait m’accompagner tout au long de cette journée et quittais sa maison.
J’attrapai un taxi de la compagnie Green Cabs, vert pomme comme il se doit, afin de rejoindre les courts de tennis de Blockhouse Bay au sud de la ville.
Select certes mais surtout à l’écart de tout. Ils avaient le second avantage d’être à proximité de mon Larson. Bateau me servant à m’évader seul ou accompagné de milliers de poissons les jours de plongée sous-marine.
Aujourd’hui serait une journée sans ballade nautique. Moi et mon distributeur de balles allions nous mesurer l’un à l’autre.
- Near, far, wherever you are…
“Douglas Barker bonjour !” La honte de ma sonnerie m’obligeait à répondre plus vite que Superman.
Je devrais vraiment me rendre enfin dans un phone store pour faire changer ce vestige de Mirjana.
« Salut mon gros poussin, c’est Meryl. Devine avec qui je suis ? »
Forlani, la bonne copine de toujours. Elle faisait un excellent début d’année et semblait en bonne forme à son ton enjoué.
« Je ne sais pas mon chou, avec une assiette de mortadelle, un gros saucisson et des tartines de saindoux ? »
Elle soupira.
« Pfff n’importe quoi, c’est pas l’heure du goûter ici. Je suis avec Belanov. Je ne t’ai pas dit mais c’est un pote, et avec lui on en sait encore plus qu’en allant chez le coiffeur. »
Je levai les yeux au ciel mais ne voyais que le plafond doublé en velours grossier de la Prius.
« Meryl, s’il te plaît ne fait pas trop long, je suis en taxi et j’arrive au club dans cinq minutes. »
Elle parla aussi vite que si elle devait ingérer un sanglier entier en broche.
« Bon tu sais Belanov il est super copain avec sa compatriote Olofska qui s’entraîne parfois avec Kevin Mouffok qui n’a pas foutu grand chose depuis le début de l’année soit dit en passant. Tu sais que Stephens sexuellement est un peu à la va comme j’te pousse. Mais tu ne sais pas qui se fait pousser mémé dans les orties. Et bah Stephens et Mouffok, il paraîtrait que ça marche ensemble désormais. En effet lors de la TWT Cup, l’Ukrainien aurait refusé les avances de la jolie Olofska en lui glissant Andrew à l’oreille. Alors, c’est pas du lourd ça ? »
J’étais à deux doigts de m’endormir tout en pensant que ce qu’elle m’avait dit allait sûrement créer le buzz sur internet.
« C’est super Meryl, je suis arrivé, je dois te laisser. » Il me restait encore bien dix kilomètres mais ce n’était pas le chauffeur de taxi indien qui allait vendre la mèche.
« Oui d’accord Douguy, au fait, tu savais qu’Heinzo était interné en hôpital psychiatrique depuis hier ? D’habitude ça ne réagit pas comme ça un futur papa. Enfin si j’en crois Belanov bien sûr. Il paraît que sa femme Carpenter est enceinte. Mais ça m’étonne quand même, elle est inscrite à tous les tournois possibles. Enfin, ce ne sont que des rumeurs et… »
J’avais coupé le téléphone.
Mes mains tremblaient et sa phrase tournait dans ma tête.
Je venais juste de trouver un peu de bonheur et voilà qu’un avion s’écrasait sur mes pieds.
Ellen ? Enceinte ? Non ce n’est pas possible. Nous nous sommes toujours protégés, et sa carrière est trop importante pour elle.
Et si…
Non… Même si, Heinzo en serait forcément le père. Forcément.
Reste le doute.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Jeu 4 Juin - 21:34

Chapitre 16 :
Une femme m'attend, elle contient tout, rien ne manque. Mais tout manquerait si le sexe manquait.
Walt Whitman


Il arrive parfois que l’on ne sache pas soi-même ce que l’on souhaite.
J’avais passé un mois avec Beth, loin de la compétition à enchaîner les bons restaurants, les ballades en bords de plage sous le soleil couchant, les nuits courtes et agitées, les fous rires et les petites complicités. Bref tous les trucs que l’on trouve chiant lorsqu’on n’est pas amoureux et qui prennent tous leurs sens lorsqu’on le devient.
La semaine dernière, reprise du boulot.
Bien sûr, ce n’est pas l’usine ou le bureau. Ce n’est rien que du tennis après tout.
Sans doute, mais le tennis m’emmenait loin de Beth.
Et il est bien là le dilemme.
Je suis heureux de reprendre ma raquette et ressent un profond vide de ne pas être à ses côtés.
Un curieux mélange d’excitation, de remord d’en ressentir, et de tristesse.
Bref, c’est l’bordel dans ma tête.
Il m’arrive pourtant de belles choses.
La semaine dernière à Indian Wells, nous avons atteint la finale avec Aftalion.
Pour seulement la seconde fois que nous sommes côte à côte, c’est déjà une sacré performance.
Malgré cela, on ne peut pas dire que nous sommes les meilleurs amis du monde. Il ne me parle presque jamais, et toujours avec des phrases aussi courtes.
Après notre défaite en finale, il m’a juste dit : « Moi pas bon, moi »
Tu parles d’une analyse poussée.
Ma plus grande crainte est de me farcir une interview avec lui si on passe leader à la race.
A un moment, ça va forcément se voir qu’on peut pas s’piffrer.
Enfin ! Je relance ainsi sa carrière piétinante et m’éloigne du simple, synonyme de gros ennuis pour moi.
Le souci ne viendrait-il pas de moi ?
J’ai cette faculté à aimer me faire détester plus que tout.
J’en laisse des cadavres derrière moi. Heinzo, Carpenter, Authom, Dessein et j’en oublie.
Dans la dernière manchette people, j’ai lu que la grossesse d’Helen Carpenter n’était que rumeur.
Tout comme l’internement d’Heinzo en milieu psychiatrique. Ce dernier s’est juste fait refaire ses oreilles dans l’aile voisine consacrée aux chirurgies esthétiques.
Vu sa tronche, c’est la pauvre Helen qui devrait être internée.
Comment peut-elle partager sa vie avec un type si laid et aussi tordu qu’un tuteur de plant de tomates.
La sonnerie de mon téléphone retentit et oh miracle de la technologie, Céline Dion avait laissé la place à Mozart.
J’avais enfin retrouvé la notice de ce foutu engin et paramétré un air affecté à chacun de mes contacts.
« Bien le bonjour mon ami. Ne chercherais-tu point à m’éviter vieille canaille ? »
Mon vieux pote Yvan Depec. Qui d’autre mériterait une musique classique sur mon smart phone ?
Avez-vous déjà remarqué que vos vrais amis viennent toujours vers vous lorsque vous n’allez pas très bien ? Juste par instinct, sans même se voir.
« Oh Bordel Yvan, ça y est. Tu m’appelles pour que je te rassure sur ton jeu après ta déculottée face à ce petit jeunot qui monte : Polinsky. Non parce que j’en ai vu des tôles au troisième set. Au fait, tu peux retirer les plumes de ton arrière train. Indian Wells n’a rien à voir avec la Wells Fargo. Pas la peine de vouloir faire plaisir aux Sioux»
Pour éviter de répondre à une question gênante, toujours attaquer en frontal.
Yvan gloussa de son petit rire mondain.
« Sais-tu, très cher, que la dérision permanente est un signe de dépression ? »
« Qui ? Moi ? Je suis juste comme toi. Un petit vieux aigri et jaloux de tous ces jeunes qui nous détrônent. »
Il se racla la gorge, signe qu’il était temps de passer à autre chose.
« Doug, Je crois que je te souhaite à mon pire ennemi. Ca te dirait de manger à Miami Beach semaine prochaine ? Au Beacon sur Ocean Drive comme d’habitude ? On n’a qu’à se dire dimanche soir avant le tournoi. Au moins je serai certain que tu n’auras pas encore quitté la ville pour cause d’élimination. »
C’était à mon tour de pouffer.
« Très bonne celle-là Yvan, T’as pris des courts de vannes ? »
Il se mit à chantonner sur un air désuet.
« Oui je suis un joli poète
Je bois, je rote, je pète
La défaite moi ça me connaît
Bientôt je jouerai chez les vieux pépés
D’ailleurs en parlant de pépés
Hier, une belle mémé m’a accosté
En me voyant tout ridé
Elle me pensait retraité. »
J’applaudis de ma main gauche sur le micro du téléphone.
« Yvan, ma crapule, la chanson, tu la gardes en hobby s’il te plait. Bon, je suis partant pour le resto. Ca me changera les idées. Beth me manque et je commence à péter les plombs ici. »
« C’est tout toi Douguy. Un petit vélo dans la tête et une grosse cylindrée dans le slip. »
Lui dire que j’étais en train de changer le ferai rire et sûrement enchérir d’une autre vanne.
« Yvan, c’est pas que je m’ennuie mais je dois aller m’entraîner. Si je foire mon tournoi de Miami, Aftalion va me balancer une phrase du style : Eh Barker ? T’es là pour la déco ?
Et huit mots, c’est le max qu’on peut tirer de ce type-là. »
« Mais qu’est-ce qu’il t’a pris de te lancer dans le double mon ami ? Avec le roumain qui plus est. Tu es un mystère pour moi. A Plus ma poule. »
Nous échangeâmes les dernières politesses d’usages avant de raccrocher.
De mystère, il y en avait un que j’avais laissé sur le bord de la route justement.
Depuis trop longtemps.
Un SMS fît une arrivée vibrante.
Beth.
Appelle-moi…Vite !
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Jeu 11 Juin - 10:46

Chapitre 17 :
La vision est l'art de voir les choses invisibles.
Jonathan Swift


« Beth ? Désolé je ne te rappelle que maintenant, je n’ai pas pu avant. Je sais qu’il est tard. Je dois te réveiller. »
La voix suave de la femme qui me manque me coupa la parole.
« C’est rien Doug, j’ai trouvé le téléphone sans allumer la lumière. Je suis nyctalope. »
Amusé je répondis.
« Je savais bien que tu étais une salope. »
Elle rit et fit semblant de me croire stupide.
« Mais non idiot. Nyctalope, ça veut dire que je vois dans la nuit. Mais l’un n’empêche pas l’autre non ? »
Parti comme c’était, on allait droit à ce que je lui demande ce qu’elle portait pour dormir, et tout le sac de safe sex qui allait avec.
Mes hormones prirent le pas sur mes neurones, mais elle me ramena à la raison rapidement.
« J’ai eu une vision Doug. »
Comme à chaque fois que je ne la prenais pas au sérieux sur ses dons, je lui posai une question idiote à laquelle elle ne pouvait pas répondre.
« Ah ? Combien de jours de deuil en France à la mort de Johnny ? »
Petit ton faussement outré.
« A sa mort, je ne sais pas, mais j’ai eu le malheur d’écouter une de ses chansons à Paris, et ce sont mes oreilles que j’ai du enterrer. Non Doug, ma vision. Elle est à propos de toi. A propos de tes ennuis. »
Rom pom pom, roulements de tambour. Ou alors c’est le bruit des battements de mon cœur éjectant le sang par giclette Karcher jusque dans mon cerveau.
J’utilisai la technique du silence pour la laisser parler.
La chaise en acier peu confortable de la chambre de mon hôtel design me reçut avec rudesse.
« C’était assez flou. D’habitude je dois voir les gens, les toucher, rien n’est automatique. Parfois ça passe, parfois pas. Là, je n’ai touché aucun objet t’appartenant, je ne dormais pas et ne le prend pas mal mais je ne pensais même pas à toi. »
Je me demande comment c’est possible.
Je l’encourageai d’un raclement de gorge pour lui signifier que j’étais toujours à son écoute.
« Je préparais mon dîner dans la cuisine en écoutant vaguement de la musique. Tu vois ? Rien qui… »
« Beth, s’il te plaît. Va à l’essentiel, c’est important. »
J’avais conscience de la brusquer et savais que je m’en voudrais plus tard. Mais l’idée d’une nouvelle piste à exploiter me rendait nerveux.
« Des flashs très rapides sans liens entre eux, enfin il me semble. J’en ai certainement oublié mais je me rappelle d’un petit garçon arrachant un poster dans sa chambre. D’une jeune femme très typée courant sous la pluie et se précipitant dans un taxi. Elle se retourne vers moi et écrit sur la vitre embuée le mot voleur. Je vois encore qu’il lui manque un doigt. Ca m’a marqué. »
Des frissons me parcourait le dos et hérissait mes poils de bras.
Beth a parfaitement vu la scène que j’ai vécu avec Nomenjanahary. Stupéfiant. D’autant que je ne lui en ai jamais parlé.
« J’ai aussi vu un passage ou tu es effondré Doug. Je te vois pleurer. Tu es en costume noir. Il te va très bien d’ailleurs. Peut-être un enterrement, je n’en suis pas sûre. Mais surtout, je vois une violente altercation. C’est une autre scène qui n’a rien à voir avec la précédente. Je ne comprends pas tout, les phrases sont coupées. Mais je te sens profondément triste et déçu. Tu connais bien cette personne Doug. Très bien. J’ai aperçu son visage mais j’aurai bien du mal à te le décrire. Je ne sais pas si cela à un rapport avec ton agression. C’est peut-être juste une dispute avec un ami. »
J’avais le souffle coupé. Après le coup du taxi, j’étais presque forcé de croire à toutes les autres visions.
« C’est un homme ? » Un ami, c’était évident mais je voulais une confirmation formelle.
« Oui mais c’est sans doute mon cerveau qui déraille. J’ai vu trois clients aujourd’hui, c’est beaucoup. Et je ne dors pas bien sans toi. Tu me manques. »
J’aurai voulu la serrer dans mes bras. Là, tout de suite. M’allonger à ses côtés jusqu’à ce qu’elle trouve le sommeil.
« Tu me manques aussi Beth. Je te crois. L’un de tes flashs s’est réellement passé. J’y étais. La jeune fille sous la pluie est une joueuse professionnelle. Je n’en sais pas plus pour l’instant. J’ai le sentiment que tout tourne autour du circuit pro. Ecoute, il est tard, on a besoin de repos tous les deux. »
Elle semblait épuisée à l’autre bout du fil. Nerveusement autant que physiquement.
« Tu as raison, demain j’ai encore une grosse journée. Trois clients dont un nouveau. C’est toujours plus difficile lorsqu’on ne se connaît pas. Ca demande beaucoup plus d’efforts de concentration. C’est pourquoi je le reçois demain matin tôt. Pour être la plus réceptive possible. »
Jamais je n’aurai parié avoir de la compassion pour un médium.
« Je comprends.
Chérie ? Je t’ai acheté un cadeau aujourd’hui. Oh ce n’est pas grand-chose, ne te formalise pas. C’est une jolie paire de boucles d’oreilles fait par un petit créateur à Miami. Il s’est inspiré des tatouages Maori. Pour que tu penses un peu à ton petit Néo-Zélandais. Je te les ai posté hier. »
Silence au bout du fil.
Putain quel con. Je suis allé trop vite. J’en fais toujours des caisses, c’est plus fort que moi. Bon dieu, c’est rien que des boucles d’oreilles à la fin. C’est pas une robe blanche avec les anneaux non plus. Et dire qu’on dit que ce sont les hommes qui ont peur de s’engager. Quelle connerie.
« Doug ? »
Si elle n’avait pas prononcé mon nom, mon monologue intérieur aurait pu me saouler toute la nuit.
« Oui ma belle ? »
« Doug. Je crois que je suis amoureuse. »
Je l’imaginais assise dans son sofa, une main sur ses genoux serrés, doutant comme une adolescente faisant le premier pas pour la toute première fois.
« Beth, je crois que je t’aime aussi. »
Un long baiser traversa l’océan pacifique qui nous séparait.
Malgré la distance, nos sentiments n’avaient jamais été aussi proche.
Je raccrochai et m’allongeai sur mon lit.
J’avais très envie que mes pensées ne tournent qu’autour de cette belle déclaration de Beth.
Mais, c’est le visage d’un de mes proches avec qui j’aurai une grosse engueulade qui me taraudait.
Elle ne connaît pas mon entourage. Pas encore. Mais si je lui envoyais par mail quelques photos de mes rivaux ou même de mes amis.
Peut-être qu’elle pourrait l’identifier avec un peu de chance ?
C’est une excellente idée. Dès demain je m’en occupe. Enfin une piste à exploiter.
Celle du petit garçon ne me mène à rien de connu et je ne porte jamais de costume noir. Pas la peine de se porter la poisse.
Non, vraiment, le plus important, c’est qu’elle est amoureuse. Beth est amoureuse. Elle me le dit et je suis sur un autre continent pour jouer au tennis.
Ma vie est du grand n’importe quoi.
Il va falloir que je pense sérieusement à mon avenir et à mes nouvelles priorités.
‘Je crois que je suis amoureuse.’
Sa voix chaude et posée me parla toute la nuit.
Et celles d’après…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Lun 15 Juin - 10:21

Chapitre 18 :
Que tout est noir, que tout est noir, comment te dire ? Que tout est noir.
Damien Saez


Le soleil brillait en Floride ce matin. Il aurait dû en avoir honte.
C’est lui qui m’avait réveillé en se glissant au travers des rideaux de ma chambre d’hôtel.
Ca faisait déjà deux bonnes heures que j’épluchais mon portable pour collecter un maximum de photos de mon entourage personnel et surtout professionnel.
Je devais les envoyer à Beth au plus vite avant que son souvenir ne s’évapore.
Nous jouons notre premier match de double dans la matinée avec Aftalion, il me restait bien peu de temps avant que je ne rejoigne les courts.
Mon téléphone vibra sans sonnerie avec un appel entrant inconnu.
Par habitude je ne décrochais pas. Déjà que je perdais trop de temps avec les gens que je connaissais. Ce n’était certainement pas pour me laisser emmerder par des démarcheurs d’un phone call du bout du monde.
Je me replongeai dans mes photos issues du circuit pro en attendant que la messagerie fasse son travail de secrétaire filtrante.
Au lieu de cela, le téléphone s’arrêta de vibrer et recommença quelques secondes plus tard.
Je décrochai à contre-cœur. A rompre-cœur.
« Si c’est pour me vendre une merdouille d’énergie solaire, j’m’en carre la noisette, j’habite dans une grotte et... »
Un homme toussa et me parla sans prêter attention à mon envolée.
« Bonjour, vous êtes bien Mr Barker ? Mr Douglas Barker ? »
Je me sentais monter dans les tours et enchaîna.
« Dis donc mon lapin, faudrait peut-être pas pousser le coton-tige si profond, je viens de te dire que… »
« Mr Barker c’est important, je vous prie de m’accorder la plus grande attention. »
Ca ne ressemblait pas à un démarcheur ce genre d’entrée en matière, ou alors leurs book de vente venaient juste d’être modifiés.
« Mr Barker, je m’appelle Aaron Cribb, inspecteur de police du district d’Aukland. Connaissez-vous Beth Warner habitant au 31 Birdwood Crescent ?
Il avait toute mon attention maintenant.
« Euh oui, oui je la connais. C’est Beth, C’est ma… »
Qu’est-ce qu’elle était au juste. Depuis hier soir je pense qu’elle avait dépassé le stade de la petite amie officielle.
« Je vis avec Beth depuis quelques temps. Que se passe t’il inspecteur ? »
« Mr Barker, je sais que c’est terrible par téléphone mais j’ai une très mauvaise nouvelle à vous annoncer. Nous avons retrouvé le corps de Mlle Warner chez elle ce matin. Il y a eu un feu dans sa maison qui semble avoir démarré dans sa cuisine. Les experts le définiront avec certitude. Le corps de Mlle Warner est brûlé au 3e et 4e degré. Il est difficile à l’heure actuelle d’affirmer avec certitude qu’il s’agit bien d’elle, mais les bijoux et la montre qu’elle porte, correspondent à une photo d’elle que nous avons trouvé dans sa chambre. »
Mon corps luttait contre les tremblements, mes yeux coulaient déjà. Ma voix n’étaient plus mienne et je m’entendais répondre comme si j’étais quelqu’un d’autre.
« Non, ce n’est pas possible, je lui parlais encore hier soir. Qu’est-ce qui s’est passé ? »
Le ton de Cribb était posé, pas détaché non, mais peut-être blasé par plusieurs années de pratique de ce genre de discussions avec de pauvres gens comme moi.
« Vous êtes sans doute la dernière personne à qui elle ait parlé Mr Barker. Je suis désolé.
Le feu n’a pas ravagé toute la maison. Son téléphone était sur sa table de chevet et j’ai simplement regardé son répertoire et appuyé sur la touche bis. L’accident domestique est une hypothèse mais par expérience, pour endommager le corps d’une telle manière, un produit de type accélérant semble indispensable. La cause criminelle n’est pas écartée. »
La cause criminelle n’est pas écartée. Mon dieu. Est-ce de ma faute ? Y a t’il un rapport avec ses visions ? Non. Comment mes agresseurs auraient-ils pu savoir pour ça ? Et mes agresseurs sont-ils devenus ses meurtriers ?
Je ne dois pas en parler à la police. Pas maintenant à chaud.
« Inspecteur, je….je suis coincé à Miami. Je suis un joueur professionnel de tennis. A moins que vous ne m’ordonniez de revenir en Nouvelle-Zélande immédiatement, je suis tenu par contrat de finir ce tournoi. C’est horrible, je dois vous paraître totalement déshumanisé mais je n'ai pas le choix. Les sponsors, les dirigeants du tournoi. Je n'ai pas d'échappatoires… Ou puis-je vous joindre afin de connaître les avancées de l’enquête ? »
Il me donna son numéro que je notai dans mon I Phone.
« Mr Barker, le légiste procédera à l’identification croisée de ses radios dentaires. Nous n’avons pas besoin de vous pour l’identification visuelle rendue trop difficile par l’acc…les flammes.
Je suppose qu’elle a de la famille et que celle-çi vous joindra pour l’organisation des obsèques. Une dernière question.
Connaissez-vous quelqu’un qui lui aurait voulu du mal ? Une altercation récente ? Une dispute de voisinage ou de travail ?»
Que répondre à ça.
« Non, Beth est…était la douceur incarnée. Jamais elle n’élevait la voix. Non je n’imagine pas Beth avoir des ennemis. Par contre, son travail pouvait peut-être lui causer du tort. Elle était médium, experte en hypnose. Chercher dans ses clients réguliers ou mécontents pourrait être une piste. Mais elle ne prenait plus de nouveaux clients depuis déjà des mois. Son carnet était plein et sa clientèle fidèle et satisfaite, me disait-elle.
Oh nom de dieu. Ce matin. Ce matin elle devait recevoir un nouveau client très tôt. Elle ne m’a pas dit à quelle heure. Cherchez. Cherchez son agenda inspecteur. »
Je l’entendis poser le combiné et parler à une femme. Des bruissements de feuilles et il me reprit.
« Oui je l’ai sous les yeux. 8 heures en effet. Un certain Jack Smith. Peut-être un faux nom. Smith est l’un des noms de famille les plus courants du pays. Les pompiers sont arrivés à 8h53 d’après leur rapport. Je vais voir s’il y a des caméras de surveillance qui auraient pu filmer un individu entre 7h30 et 9h mais nous sommes dans un quartier résidentiel. Je doute d’en sortir quelque chose.
Merci Mr Barker et je vous adresse toutes mes condoléances. »
Je me retrouvai seul avec le bip lancinant de mon appareil.
Oui, le soleil brillait en Floride ce matin et il aurait dû en avoir honte.
Des éclats de lumière aveuglante alors que j’étais plongé dans l’obscurité.
J’aurai voulu qu’il pleuve à torrent et que des flots d’écumes lavent cette journée à tout jamais.
Les contrastes, toujours les contrastes entre la misère des uns et les joies des autres.
Le Yin et Yang.
Je me laissai tomber en arrière sur le lit.
Ses derniers mots avaient sans doute été ‘je crois que je suis amoureuse’.
Je les entends encore…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mar 16 Juin - 20:50

Encore!!!!!!!!!!
Je veux tellement connaitre la fin. Je ne sais tj pas qui peux lui vouloir du mal.
Et le passage avec la Monic Laughing
Je suis fan de dexter

_________________
Coach : Mathis - #10

Capitaine Coupe Davis Fed Cup

Ethan Mackalister  / Megan Foster
Vainqueur Brisbane
Vainqueur Istanbul
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mar 16 Juin - 21:31

Chapitre 19 :
La mort, c’est le regard des vivants
Elie Wiesel


L’inspecteur Cribb m’informa par téléphone de la concordance des radios dentaires avec le corps de Beth. Il me parla de la salle d’autopsie d’un ton aussi froid que l’ambiance régnant dans la salle.
Emplie de métal brillant, de larges espaces pour tourner autour des tables meublées par la petite tablette sur roulette avec les indispensables instruments de dissection. Sur le mur à la vue de tous, l’écriteau présent dans de nombreuses salles d’autopsies à travers le monde affichait ‘C’est ici que les morts parlent aux vivants’.
Comment avoir un phrasé chaleureux dans un cadre pareil ?
Il avait fait disparaître le mince espoir auquel je voulais me raccrocher.
Son enquête sur les bandes enregistrées des caméras de surveillance autour de son domicile n’avaient rien donné.
Quartier résidentiel, m’avait-il dit en soupirant.
Les empreintes trouvées près du corps étaient rendues inexploitables en raison de la fumée dégagée.
Par contre, ils avaient trouvé un petit bidon d’essence jeté dans une poubelle à huit maisons de celle de Beth. Son propriétaire affirme ne pas l’avoir jeté et qu’il ne lui appartenait pas.
Cette piste n’a, elle non plus, pas aboutie à une quelconque empreinte, mais les infimes traces de suie impliquent que le bidon était présent lors du démarrage du feu.
Cette thèse confirme donc un incendie criminel, sûrement pour cacher un meurtre.
Je dois avouer que mon cerveau a marché au ralenti durant les jours qui suivirent.
J’ai joué comme un zombie au côté d’Aftalion en double à Miami. Le résultat a donc été à la hauteur de mon implication sur le terrain.
Je l’ai mis dans la confidence.
Nous avons échoué trop tôt dans le tournoi et il ne m’en a pas voulu.
Quelques jours plus tard, j’ai participé avec beaucoup de rage au double mixte avec Vallaseria. Une chouette fille.
Nous avons remporté le tournoi. Une première pour moi.
J’ai joué l’esprit détaché, en automate. Le réflexe a pris le dessus sur la gamberge. C’est peut-être ça la clef, allez savoir.
J’ai pris un avion juste après la remise du trophée, veille de son enterrement pour Auckland.
A part mon compagnon de double et ma mère, je n’ai prévenu personne.
Non pas que je respecte le terme de ‘plus strict intimité’ à la lettre, mais me montrer en public fragilisé me gêne au plus haut point.

Le jour J, il faisait encore douloureusement beau.
Je portais un costume noir et le masque de la peine. Sans aucun doute l’image prémonitoire de ma bien-aimée.
La cérémonie était sobre et émouvante.
Si Beth avait pu sortir de son corps et y assister, elle y aurait vu plus qu’un simple hommage à sa triste disparition.
Elle m’y aurait vu très affaibli mais soutenu.
Par ma mère tout d’abord. Mme Barker était à mes côtés comme seule une mère peut l’être dans ces moments tragiques.
Elle aurait sans doute pleuré en me voyant un genou à terre, sur l’herbe bien taillée du petit cimetière du quartier de Parnell. En entendant ma mère me dire.
« Allons Doug, ne te mouche pas dans ma robe, pas cette fois, relève-toi. »
Elle aurait été émue aussi de constater que des amis proches étaient venu assister à la cérémonie et me soutenir.
Un Douglas tremblant en découvrant la venue de Depec, Forlani, Krueger, Mirjana Monic, même Carpenter et Heinzo se tenant la main.
Elle aurait remarqué que j’enserrais Aftalion en premier.
Beth aurait pu se glisser tout près de l’oreille du roumain et surprendre.
« Je me doutais bien que tu avais une part de responsabilité. Merci. »
Aftalion, peu prolixe comme à son habitude, avait pourtant fait l’effort de prévenir mes proches.
Les ennemis d’hier se comprenaient mieux maintenant.
Yvan, dans un costume anglais d’excellente coupe, m’embrassa et m’inséra une rose blanche à ma boutonnière.
Sans nous parler. Nul besoin.
Le couple séparé par le passé et ressoudé par les épreuves avait tiré un trait sur nos discordes.
Leurs présences étaient un gage de paix.
Beth aurait aussi connue la femme qu’elle a remplacé dans mon coeur. Mirjana, sans chien ni photographe, était passée en coup de vent. Une robe noire à froufrou d’un goût douteux l’aurait sans doute amusé. Peut-être pas en fin de compte.
Mais la plus excentrique était Meryl Forlani. La bonne copine. D’entraînements et de confidences.
Beth était un peu jalouse de son vivant de cette complicité. Doug se moquait régulièrement de son physique mais avec une fausse méchanceté. Cette femme imposante semblait elle aussi fragile. Mais d’une fragilité sans âge, bien antérieure à ce jour.
Elle enlaça à son tour Barker et le fit disparaître comme Houdini entre ses bras.
Ils restèrent longtemps ainsi, pleurant en stéréo.
Beth aurait craint voir surgir l’âme de son Douglas, mort par asphyxie.
Elle aurait fait aussi la connaissance de Krueger, un autre joueur de tennis néo-zélandais. Ami de longue date de son amant.
Un type à l’humour un peu malsain et au physique dérangeant. L’inverse étant tout aussi valable.
Il avait glissé à ma mère :
« Tiens ? Ca me fait penser que je n’ai pas renouvelé ma carte de membre du club des taxidermistes. »
Douglas le connaissait bien. Ils jouaient ensemble en équipe depuis des années. Ce mec avait tout du copain con à bouffer du foin. Vous savez ? Celui dont on n’est pas fier mais au fond, qu’on aime bien retrouver de temps en temps. On en a tous un.
Mais si Beth avait flotté dans l’air observant son enterrement, elle aurait aussi vue, impuissante, Barker détacher son regard du cercueil. Se posant au loin.
Après la première rangée d’arbres jusqu’au petit chemin goudronné menant vers la sortie du parc.
Lâcher la main de sa mère et renverser sa chaise pour courir vers le pick up dans lequel s’engouffrait un homme.
Un homme qu’il n’avait vu qu’une seule fois.
Dans un parking d’un hôtel de luxe à Paris.
Il avait reconnu en premier la stature hors norme du colosse. Ensuite le tatouage sur l’avant-bras. Celui-là même que Beth avait fait remonter à la surface de sa mémoire lors de sa première et unique séance. Comme un message de l’au-delà, le jour de sa mise en terre.
Il courait et eu confirmation que l’homme en question était bien Bob le Bricoleur, quand il le toisa de son visage souriant et balafré. Puis Bob démarra et fit crisser les pneus du 4x4.
Oui, Beth aurait pu voir cette scène si l’âme des morts errait quelques temps avant de partir ailleurs.
Mais nous sommes des gens cartésiens et ne croyons pas à ces sornettes non ?
Même l’âme d’une médium n’a pas plus de privilège qu’une autre.
Je remontai l’assemblée fou de rage et à la limite du compréhensible.
J’attrapai le bras de la première femme qui croisa mon chemin.
« Vous l’avez vu la voiture ? Hein. Le pickup. Sa plaque. C’était quoi ? »
La pauvre recula d’un cran, ses yeux affolés, cachés par de très larges lunettes de soleil ayant pour objectif de camoufler ses sentiments à la foule lors de cette tragique épreuve.
Je la secouai encore un peu faisant voler ses longs cheveux noirs, puis passa à quelqu’un d’autre.
Totalement hystérique, j’appelai l’inspecteur en charge de l’enquête.
Dopé à l’adrénaline, mon cerveau n’était plus capable de comprendre les faits, de les décrire, ou plus simplement de les voir.

La jeune femme brune remis ses mèches de cheveux sur ses oreilles tout en s’éloignant.
Non pas par coquetterie, mais pour recouvrir ses boucles d’oreilles.
Des bijoux d’inspirations Maori conçus par un petit créateur de Miami.
Oui. L’âme de Beth n’avait pu voir son propre enterrement.
Ce sont les yeux de Beth qui l’ont fait.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Sam 20 Juin - 15:05

Chapitre 20 :
Gémir sur un malheur passé, c’est le plus sûr moyen d’en attirer un autre.
William Shakespeare


Ca fait déjà un mois et demi que je suis un zombie. Aussi vivace qu’un cucurbitacée.
Avec le temps va, tout s’en va. Il a déjà embarqué une partie de moi. Il risque de me dépouiller de quoi d’autre ?
Mes amis se sont succédé auprès de moi, espaçant de plus en plus leurs visites, leurs appels. Se mettant à l’écart de l’air dont j’avais besoin.
Je n’ai pas lâché le tennis. Ce foutu sport qui m’a amené à cette déchéance.
J’ai continué à jouer le double avec succès aux côtés d’Aftalion.
Depuis l’enterrement, nous avons gagné 3 titres et joué 2 finales. Roland-Garros, ouais.
Parfois je regarde ce trophée sans émotion, comme si ce n’était pas à moi. Comme si il était d’un autre temps.
Le roumain est présent et ne parle presque jamais. Mais il sait quand poser une main sur mon épaule pour me ramener avec lui sur le court.
Le feu s’est éteint et à l’inverse la glace est en train de fondre.
C’est peut-être ça la clef de notre association ?
Il m’arrive de repenser à cette histoire sans en comprendre les rouages.
Pourquoi m’empêcher de jouer dans un premier temps. Puis s’en prendre à ma compagne ?
Qui me porte autant d’attaques personnelles ?
Je ne sais pas si j’aurai un jour des réponses mais je sais que je ne suis pas en état d’aller les chercher pour l’instant.
Mon cerveau est plus proche du protozoaire que de celui de Sherlock.
Pourtant j’ai du temps et de l’ennui à revendre dans cette chambre d’hôtel de passe de Munich.
Oui, j’ai bien une chambre réservée dans un palace du centre-ville ou réside toute l’équipe de Nouvelle-Zélande. Mais j’ai jugé que je ne la mérite pas.
Le fait de m’en vouloir implique que je me punisse mentalement, physiquement aussi.
Bien sûr je fais mon job et j’ai remporté mon match en simple et en double.
Tout comme un comptable ferait le sien deux semaines après la mise en terre de son épouse.
Un automatisme comme un autre, un échappatoire sans doute.
Je ne dors pas et mes yeux n’arrivent pas à se décoller du papier peint, qui lui n’a aucun mal à le faire. Se décoller.
Le motif vert délavé qui rebique dans le coin gauche de la chambre, laisse apparaître des desseins fleuris orangés en-dessous.
Un autre papier qui a vécu d’autres vies, et en a vu passer des centaines.
Des centaines de représentants de commerce, des centaines de filles de rue vendant des minutes de bonheur à bas prix, des centaines de femmes fuyants leurs maris violents, des centaines de jeunes sans le sou dormant sur place pour être à l’heure pour leur premier entretien d’embauche le lendemain. Des centaines de vies recouvertes d’un autre papier peint qui disparaissent.
On efface et on recommence.
Moi aussi, j’aimerai bien papier-painté ma vie.
Refaire le papier peint du loft de Beth le jour où j’ai choisi de partir faire un tournoi sur le continent américain. Je sors la colle et je change le motif. Hop, magique.
Me voilà qui reste auprès d’elle. Je stoppe ma carrière et m’occupe d’elle.
A tout jamais.
L’aiguille de la montre tourne à l’envers maintenant.
Le jour où je suis dans l’ascenseur du Crillon à Paris qui me descend au parking.
Ce foutu papier-peint agressif qui va corner ma vie et la déchirer dans le sens de la longueur.
Bougez-pas, je sors un rouleau tout neuf et refait la déco.
Ce jour-là, je me cogne de rouler en Porsche de location, et appelle un taxi de l’accueil huppé et sécurisé de l’hôtel.
Reculer pour mieux sauter ? Qui sait ? C’était peut-être la seule occasion pour les tueurs de me choper avant des mois. Des mois de répit.
Quitte à changer la tapisserie, autant papier-painter le jour où j’ai signé mon premier contrat pro qui a rendu si fier mes parents.
Sans cette vie offerte à la balle jaune, pas de meurtre, pas de peine.
Le cadran s’affole et remonte le temps.
Les feuilles se superposent dans des dizaines de vies alternatives.
Des si j’avais su, si j’avais pu, si toujours des si.
D’autres souvenirs plus lointains se pressent et je m’empresse de les recouvrir d’une couche de ce papier collant, ouvrant mes pensées vers d’autres ailleurs.
Ca semble si facile d’effacer le passé et de le recouvrir de neuf.
Comme cette chambre d’un hôtel sordide de Munich. Elle a déjà oublié ce qu’il y avait en-dessous de ce papier vert délavé.
Mon téléphone vibre, il ne chante plus Celine Dion.
Le cadran clignote le nom d’Yvan Depec.
Je ne réponds pas, qu’aurais-je à lui dire ? Peut-on dire à un ami que l’on souhaite papier-painter sa vie pour en changer le contenu sans passer pour un fou ?
Il ne se lasse pas d’attendre que je décroche et finit par m’envoyer un sms.
Tiens ? Mon coach et celui de Depec sont papis. Cool félicitations à eux.
Ca me fait une belle jambe.
Quoique, l’orthopédie sur les gastéropodes est totalement désuète dans cet institut monsieur Barker.
Logique pour un mec qui remonte la pente à la vitesse d’un escargot.
Le croate ne m’a jamais lâché. Ne s’est jamais lassé d’être repoussé.
Tout lui réussit et il prend toujours le temps de revenir vers moi.
Je pianote sur les touches tactiles de mon clavier : « Numéro 13, si les agents et fils ou filles d’agents se reproduisent, c’est vraiment une putain de fin du monde ! »
Des rires dans le couloir et une porte qui claque, annonce le démarrage imminent de festivités intimes voisines.
J’allume la télé qui me vomit des torrents de publicité, qui n’ont pour unique but que de me donner envie de choses dont je n’ai pas besoin.
Alors que je sais ce dont j’ai besoin.
De me relever et d’avancer.
J’en ai besoin, mais pas encore l’envie.
Ca viendra sûrement, avec le temps.
J’éteins mon téléphone et le laisse tomber au pied du lit.
Dans quelques heures, je dois jouer en simple pour la qualification en demi-finale de mon pays en coupe Davis.
Mais mon regard ne quitte pas ce coin corné, qui laisse apparaître un motif ancien et jaunie en-dessous.
Comme si le passé revenait toujours à la surface…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Lun 22 Juin - 19:26

Chapitre 21 :
La vie est ce qui vous arrive quand vous avez prévu autre chose
Betty Talmadge


C’est dans un ascenseur que je me rend compte que le fond, ça y est j’y suis.
Des mois que je ne donne plus signe de vie à mes proches, à ma famille. Je joue encore un peu mais vu le niveau, dois-je encore appeler ça jouer ?
J’ai lâché Aftalion qui comptait sur moi en double cette saison. A ses côtés, j’étais absent, il a fini par me laisser tomber et a fait une saison fantastique en simple. Il a eu raison, je faisais tout pour lui gâcher sa vie. Par jalousie sans doute. Sûrement parce que j’aime qu’on me plaigne. Je me suis nourri de la peine des autres, de leur air affligé, compatissant, de la pitié qu’ils dégageaient.
Mais voilà, avec le temps j’ai appris que le passé est non-négociable, les autres doivent faire avec.
Refuser tout comme un gamin c’est un peu jouer à la marelle pour aller toucher le ciel.
C’est une belle image mais la réalité est plus dure.
J’ai perdu du poids, j’ai perdu l’envie, j’ai perdu mes nuits de sommeil, j’ai sûrement perdu l’esprit, j’ai perdu Beth.
Mes zygomatiques ne fonctionnent plus.
Mais j’ai regagné de la rage, une violence intérieure prête à exploser. Ma frustration change, évolue, gonfle et craque de partout.
Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme.
Aujourd’hui je suis debout. Mal rasé certes, habillé d’un caleçon porté depuis trop longtemps c’est vrai aussi, mais debout.
Si je dois vivre, je dois affronter ce que j’ai subi. Arrêter de me prostrer. Me battre.
Mon humeur aqueuse déborde du bocal, il va falloir lécher tout ça.
Ma décision est prise. Je dois jeter toutes mes forces pour retrouver les meurtriers de Beth et leur faire payer.
Je ne manque pas d’argent, il m’en faudra pour mes recherches, je manque maintenant d’alliés à force de repousser le monde. De temps aussi.
J’en ai déjà perdu trop et je n’ai plus de nouvelles de mes agresseurs. Ils m’ont détruit, d’ailleurs n’était-ce pas leur but ?
Les traces se sont effacées, je dois revenir à la base, aux fondamentaux, au point d’origine.
Le parking. A Fanta.
Nomenjanahary ne m’a pas tout dit, elle est restée évasive, et surtout que voulait dire le mot voleur inscrit sur la buée de la vitre de son taxi ?
Pour l’heure, je monte doucement vers le 18e étage de la Central Business. Le bureau de mon coach depuis des années. Dexter.
Le soleil qui vient m’agresser au travers des vitres de la cabine n’éclaircit pas mes idées pour autant.
Les portes s’ouvrent directement sur le hall d’entrée de la DexSports ou une superbe nouvelle secrétaire m’accueille d’un sourire trop large, avant de regarder mes vêtements avec un dédain mal dissimulé.
Une asiatique cette fois, Dexter ne garde jamais longtemps ses assistantes, et paye très cher pour qu’elles repartent sans porter plainte pour harcèlement. Il a des bons côtés mais la gent féminine ne doit pas les voir comme moi.
« Bonjour Dex est là ? » demandais-je sans m’arrêter filant droit sur la porte de son bureau.
« Monsieur monsieur non, on ne doit jamais ouv… »
Bah moi si ! Je l’ouvre. Que ce soit ma gueule ou une porte je l’ouvre.
Il n’y avait personne dans la pièce au luxe démesuré dominant la baie de Melbourne.
Une porte coulissante couina et Dexter apparut. Il remontait son pantalon et tirait sur sa ceinture trop petite.
« Oh putain douguy, quand j’vais au chiotte, c’est pas pour la déco. Qu’est-ce qui t’amène ma crevure ? »
« Salut Dex, j’arrête ! »
Mon coach tira son grand fauteuil en cuir qui soupira sous le poids de son postérieur un râle de mécontentement.
« T’arrête quoi Doug ? Les conneries ? T’arrête de te chier dessus en public ? De vivre comme une lopette dans des hôtels miteux ? T’arrête l’alcool aussi ? Tu crois que je ne sais pas tout ça Doug ? Arrête de te lamenter, refait ce que tu sais faire bordel. Joue Gagne, Remonte la pente. T’as même pas besoin du roumain pour ça, t’es assez grand. Tu veux quoi Doug ? Une nouvelle bagnole ? Ca attire les filles ça les bagnoles. Je connais une petite qui m’a pas coûté trop cher, je l’appelle pour toi si tu veux. Tu veux une avance, t’as besoin de fric ? Des vacances aux Seychelles ? Allez rien que toi et moi, deux semaines de débauche comme quand j’t’ai recruté p’tit gars. »
Je restai stoïque face à lui, sans rictus, vide.
« De temps Dex, j’ai besoin de temps »
Il attrapa un cigare cubain valant le PIB de l’Ouganda et l’alluma.
« Du temps, putain mais prends-en du temps, c’est la fin de l’année, tires-toi et remet-toi d’aplomb. » Il balaya de la main au-dessus de son bureau pour accompagner ses dires. Une gifle sur cette année ou il a perdu de l’argent avec moi, un souffle sur le passé.
« Non Dex non, c’est terminé. J’ai besoin de temps, de beaucoup plus de temps. J’arrête le tennis pro. Je n’ai plus l’envie, plus la gagne. Je ne vis que pour retrouver les assassins de Beth. Ceux qui m’ont tué par la même occasion. C’est fini mon ami. Nos routes se séparent. »
Il écrasa rageusement son cigare sur l’un de ses dossiers.
« Putain Douguy, tu vas stopper tes conneries et poser ton cul dans ce fauteuil petit enfant de salaud. Le circuit ATP, c’est de la guimauve sans toi. Le reste de la meute fait partie du décor. Pis tu ne peux pas m’lâcher comme ça. » Sa phrase finissait en souffle.
Elle trahissait la résignation. Il me connaît bien le bonhomme. Il sait que lorsque je décide quelque chose, je ne reviens pas dessus.
Je m’approche de lui, soulève sa carcasse et le serre dans mes bras.
Je l’embrasse comme un père que l’on ne va pas revoir avant longtemps.
Je sais ce que je lui dois et je sais que je lui ai apporté beaucoup.
« Chié Doug, t’abandonnes l’année des J.O en plus. Toi qui voulais tant t’offrir une seconde médaille. »
Je pleure maintenant et balaye mes larmes d’un revers de main.
« Je sais, t’auras qu’à faire un doublé avec Meryl. Tout n’est pas perdu. Et puis tu sais que je serai toujours là pour toi. Si tu as besoin de moi pour une exhibition ou le tournoi senior afin de garder nos sponsors, je ferai ça pour toi vieux grigou. Je…Je suis désolé. Vraiment désolé. J’ai besoin de temps, de me reconstruire. D’aller au bout surtout. Tu peux comprendre ça ? »
Il n’avait cure de ses yeux embués.
« Bien sûr que non foutu connard de néo-Z mais j’ai pas le choix. Je suis certain que tu fais un merdier de gâchis. Bordel, t’es au panthéon de l’histoire du tennis. T’avais déjà foutu ta carrière aux chiottes en giclant sur le double. T’as fait une compèt de conneries avec qui pour en arriver là ? »
« Avec dieu je crois. Je t’aime vieux frère. N’oublie jamais ça »
Le bruit de la claque portée à sa joue faisait du bien.
« On verra la paperasse demain et je ferai un communiqué au circuit, p’tit con. T’as besoin d’une douche aussi visiblement mais ce que je peux t’offrir c’est un Whisky plus vieux que tes os. T’en dis quoi ? »
« J’en dis que boire un très bon verre avec quelqu’un qui compte dans ma vie est un bon départ Dex. »
Un autre départ…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Jeu 25 Juin - 9:08

Chapitre 22 :
Le cœur d’un père s’agrandit avec chaque enfant.
Jean Basile Bezroudnoff

Dexter avait fait son boulot, rempli toutes les formalités d’agents, prévenu les sponsors et la presse. J’allais disparaître du circuit pro l’an prochain.
Qui allait s’en soucier. Bien sûr il y aurait quelques demandes d’interview, encore ma gueule dans les magazines quelques semaines ou mois. Et après ?
Que vais-je laisser derrière moi ?
Quelles traces mèneront les suivants à mon existence passée ?
Après je resterai dans les mémoires des nostalgiques. Certains se rappelleront de mes volées assassines puis, puis l’oubli.
En quittant ce personnage de sportif que j’ai endossé durant tant d’années, je meurs un peu.
Ce départ va tordre le cou à mes vanités.
Car vaniteux, imbu de moi-même, égocentrique, atteint d’un complexe de supériorité et de suffisance. Tout ça veut dire la même chose mais l’insistance de mes propos démontre le degré que j’avais fait l’exploit d’atteindre.
Demain il ne me restera rien.
Qui suis-je pour marquer les esprits ?
Oui je suis un personnage public mais qu’ai-je apporté comme contribution au monde ?
Absolument rien.
J’ai couru et tapé dans des balles. Fort certes. Mais j’ai juste tapé dans des balles.
Comment pourrais-je rivaliser avec des Fincher, Bono ou Friedrich ? Avec un De Niro, Moix ou Dali ? Un King, un Burton ou encore Verlaine.
Ces quelques noms ont laissés ou laisseront des traces indélébiles derrière eux.
Qui me regrettera à l’annonce du plus grand des départs ?
J’ai toujours pensé que les saltimbanques étaient les dieux de l’humanité.
C’est en eux que je crois.
Ce matin je n’ai rien à faire, je me lève et ma bouche à un goût métallique.
De reste d’alcool, de mauvaise bouffe. Quand le manque pousse vers le trop.
Le levée du soleil de Melbourne à la couleur du sang à cette saison. Presque artificiel mais pourtant si vrai.
Une lueur qui me rend aussi sombre à l’extérieur que je ne le suis à l’intérieur.
Cette nuit, je me suis posé la question de ce que je ferai si je retrouvai ceux qui ont tué Beth.
La réponse me sautait au visage, je me voyais les frapper à s’en casser les mains, je m’imaginai en tueur au sang glacial les faisant souffrir, les torturant même. Tout cela sans la moindre once de remord.
Aaaahhh comme tout semble simple dans l’état de transe entre éveil et sommeil.
Puis au réveil, l’éducation judéo-chrétienne reprend ses droits.
Faire du mal c’est pas bien. Foutaise bordel.
Ca doit faire un peu de bien quand même.
Psychopathe. Tiens, mon médecin va pouvoir inscrire ça sur mon dossier médical.
Quoiqu’il ne restait plus beaucoup de place sur la page de garde.
Pour le faire chier un jour je lui ai dit que j’étais hippopotomonstrosesquippedaliophe. C’est pas paradoxal d’écrire ça sur un dossier ? On n’est pas loin de l’oxymore non ? Bof, après tout on est plus prêt de la connerie.
Mon téléphone résonna dans mon salon en champ de bataille.
« Non, je ne sais pas qui vous êtes mais non. »
J’allais raccrocher quand j’entendis un jappement que je déteste au plus haut point.
« Mirjana , c’est toi ? »
« Chuuuut Lullaby, sois mignonne avec tonton Douguy, j’ai besoin de lui parler. Oh cette chienne t’aime vraiment beaucoup. Dès qu’elle entend ta voix elle veut faire pipi sur mon téléphone. C’est pas mignon ça hein ma poupinette ? »
Jamais vu un chihuahua aussi con, à ce niveau c’était tout juste prodigieux.
Mes relations avec Mirjana ont toujours eu des hauts et des bas. L’apanage de toutes les passions.
Mais cette passion allait donner naissance à un enfant non désiré.
« Coucou Douguy, je t’appelle parce que je reviens du shopping et j’ai trouvé des petits bavoirs Versace, tu le croirais pas si tu les voyais, bon ils coûtent les yeux de la bête mais trop chou. »
« Tête, Les yeux de la tête Mirjie. » Toujours cette manie d’employer des expressions qu’elles ne maîtrise pas.
« Pourquoi tu m’appelles ? La dernière fois que l’on s’est vu, c’était à l’enterrement de Beth, depuis plus de nouvelles. Tu agis comme si je n’étais pas le père de la petite, alors tu m’appelles pourquoi ?.»
« Le père ? Je m’en souviens plus, il faisait noir et on était nombreux dans cette cave…Ou alors c’était pas cette fois-là. Oh je mélange tout.»
« Abrège Mirjie, je m’en cogne de tes fantasmes de collégiennes pré-pubères. Qu’est-ce que tu veux ? »
Avec mon ex, il faut toujours recentrer le débat sinon elle vous emmène dans des recoins éclairés pour elle, mais chiant pour vous.
Je glissai à terre à côté de ma compagne de la veille, une bouteille de Whisky qui a eu la bonne idée de garder un fond de liquide pour mon petit-déjeuner.
La première gorgée était râpeuse mais rassurante, car je savais qu’elle viendrait avec ses copines à la fête.
« Douguy mon lapin, je sais que tu ne voulais pas d’enfant avec moi, mais voilà. Surpriiiise. » dit-elle avec un entrain de pompom girl scandant un slogan pour son équipe régionale.
« Rien de neuf Mirjie, préviens-moi quand j’aurai le droit de la voir, peut-être que j’arriverai à m’attacher. A moins qu’elle ne soit aussi merdeuse que toi.» Autant attaquer, je sais que si elle me téléphone, c’est pour me mettre minable dans les minutes à venir.
« Pas du tout mon douguy. Je préfère garder la surpriiiiise. » Oh putain, des envies de meurtre. Encore.
« Non, c’est autre chose. Tu connais Hector mon comptable. Tu sais ? Celui qui est presque chauve et qui plaque ses cheveux sur le côté pour faire croire que bon bah Hector il me dit que comme j’ai rien foutu de l’année, j’ai un peu besoin, beaucoup en fait, d’argent parce qu’il dit cet abruti d’Hector que je dépense beaucoup mais bon, j’suis une star moi merde alors et mes copines elles claquent vachement plus que moi, alors que c’est même pas des stars elles, du coup je trouve ça injuste et comme toi t’es plein aux as et que tu es celui qui m’a un peu rempli le ventre je me dis que le minimum serait de lui payer des couches et les trucs que ça mange un bébé. Je sais pas quoi mais je me renseignerai plus tard, c’est vrai quoi faudrait peut-être un peu assumer ton rôle de père. Enfin je parle pas de venir avec moi, d’aller à l’école avec lui ou elle, on s’en fout, on prendra un majordome, un sommelier ou une nounou, un truc dans l’genre pour la faire grandir mais par contre, c’est pas ma femme de ménage qui va me payer les fringues du mouflet. Doug ? Douguy tu m’écoutes ? »
Oh oui, j’écoute, pas attentivement mais j’écoute. Tu penses une diarrhée verbale, on s’en gargarise.
« Mirjie, t’es la reine des salopes. T’en as rien à foutre de moi. Tu n’en as jamais rien eu à foutre. Je ne suis qu’une pompe à fric. J’ai perdu ma femme, mon boulot et sans doute la raison et toi tu viens me racketter ? »
Blanc, touché on dirait.
« Ton boulot, tu as tout fait pour le perdre. C’est à toi que tu dois ce monumental gâchis Douglas. »
Je ne compte plus les points mais ça marque dans tous les sens.
« Excuse-moi ma belle, excuse-moi. C’est juste que je n’ai plus grand chose qui me tient…qui pourrait me tenir en éveil tu vois. L’idée d’être papa, bordel, c’est sûrement énorme. Je ne réalise pas. Tu peux compter sur moi pour la petite mais pas pour tes soldes. Tu te démerdes, tu fais un calendrier topless ou une pub pour du maquillage. Demande un dollar à chacun de tes fans pour une cause bidon, c’est pas les solutions qui manquent. Laisse-moi maintenant, j’ai besoin de réfléchir…Ah Mirjie ? Préviens-moi quand tu seras décidé à ce que je rencontre Svirjana s’il te plaît.»
« Bon bon » Maugréa t’elle.
« Mais pas tout de suite, je n’arrive pas à retrouver ma ligne de princesse et je ne vois même plus mes pieds. »
Je ri.
« Mirjie, tu ne voyais déjà plus tes pieds depuis que tu t’es fait grossir ta poitrine. A bientôt ma belle.»
Elle répondait ou m’insultait peut-être mais mon doigt était sur l’icône rouge de mon téléphone.
Un enfant, tout se bouscule. Faites vos jeux rien ne va plus Mr Barker.
J’ai voulu du temps et je prends le chemin direction la déchetterie.
Il est temps. Je vais aller me brosser les dents puis après je me raserai. Peut-être je dis bien peut-être qu’avec un peu de courage j’enfilerai des vêtements propres. Qui sait, soyons fous, je pourrai aussi sortir de chez moi, puis marcher un peu.
Un peu pour commencer, puis un peu plus loin ensuite. Puis jusqu’où ?
Jusqu’où me mènera cette histoire…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Jeu 25 Juin - 23:56

Chapitre 23 :
Faute de parler, on meurt sans confession.
Proverbe belge


Un sac de raquettes de tennis, la jeune joueuse professionnelle Fanantenana Nomenjanahary se rendait à un court d’entraînement. Son pas était léger, l’air chaud de Miami la rendait moite avant même d’échanger les premiers balles. Le soleil levant était rouge couleur de sang, comme bien souvent en Floride. Le spectacle était sublime chaque matin et poussait à abandonner l’idée d’une grasse matinée.
Elle marcha dans l’allée au ciment rouge impeccable et passa sous le porche en fer forgé, surmonté de deux raquettes stylisées, d’un pas léger et assuré.
Le petit chemin gravillonné et bordé d’une haie de leylandis, la séparait de son lieu de rendez-vous journalier.
Le bruit de ses propres pas l’empêcha d’entendre un mouvement furtif sortant des buissons. Ses réflexes aiguisés lorsqu’il s’agissait de relancer une balle arrivant presque à 200 km/heure, ne valait pas grand-chose en pareille circonstance.
Elle eut à peine le temps d’avoir peur quand l’étreinte autour de son corps, emprisonnant ses bras, se fit forte. Elle n’eut pas le temps de crier avant qu’un torchon emplisse sa bouche ouverte et recouvre son nez d’une odeur aqueuse. Elle lâcha son sac d’abord, relâcha ses muscles ensuite, puis perdit connaissance.

« Allez poupée, réveil » suivit d’une secousse la sortit de sa torpeur.
Pas instantanément néanmoins. Cotonneuse, vaporeuse. Son corps était engourdi. Elle ne pouvait bouger ses bras, ses jambes. Non, ce n’était pas musculaire, elle était allongée.
Ses yeux s’ouvrirent et se refermèrent rapidement, ayant du mal à faire le focus.
Elle eut du mal à comprendre ce qu’elle voyait. Des pieds ? Pourquoi des pieds. Vraiment pas le genre de trucs que l’on s’attend à voir en ouvrant les yeux, après ce qui ressemblait tout de même à un enlèvement.
« Alors la belle au bois dormant ? On a fini son gros dodo ? On veut son petit bisou ma poulette » Un rire gras résonnait dans la pièce.
Nomenjanahary était allongée sur le ventre. Confortablement allongée malgré les entraves à ses pieds et ses mains. Elle comprit sur quoi par habitude.
Une table de massage.
L’une des plus classiques avec l’ouverture pour le visage. Ses pieds étaient liés à la table et ses mains ensemble derrière son dos. Impossible de relever la tête, un lien en plastique retenait son cou et passait sous la table entre les barreaux en aluminium.
Elle hurla. Une fois, un cri long, plein de désespoir, de peur et d’impuissance.
« Chérie, si tu recommences à crier, je t’arrache les ongles un à un, puis ensuite ce seront tes doigts que je trancherai. Plus besoin de manucure. Tu sais comme ça fait mal de se faire trancher un doigt n’est-ce pas ? » Toujours la même voix mais avec un ton nettement plus calme. Plus effrayant. Celui d’un homme qui maîtrise son sujet.
« J ‘ai besoin de parler un peu avec toi ma chérie. Si tu es bien gentille et que tu me dis ce que je veux savoir, je te laisserai partir. Si je sens que tu me mens ou que tu me caches des choses, tu auras mal. Très mal. Plus que ton corps ne pourra en supporter. Tu comprends ce que j’attends de toi ? »
Elle bougeai la tête imperceptiblement de haut en bas, accompagnée de tremblements de plus en plus forts.
« Je vais te raconter une belle histoire d’accord ? Une belle histoire à une gentille et jolie petite jeune fille. Il était une fois, une gamine. On va dire toi afin que tu t’identifies à l’héroïne. C’est bien ça. Toi la gamine donc, il y a quelques mois, tu t’es trouvée au mauvais endroit au mauvais moment. On va dire que tu étais dans un lieu chic. Tiens Paris, belle ville Paris hein ? »
Elle ne retint pas un gémissement plaintif. La voix sirupeuse de son agresseur lui faisait froid dans le dos. Les souvenirs affluaient en haut débit dans son cerveau.
« Paris, sa tour Eiffel, ses hôtel de luxe, ses parkings. »
Sa main collante de transpiration caressa ses cheveux lui tirant légèrement. Ce premier contact conscient lui fit tomber sa première larme. Ah les premières fois, il paraît qu’on s’en souvient toujours.
« Ah ? Tu la connais cette histoire on dirait ? Alors on va jouer à un jeu. Je raconte le début et tu fais la suite. Ca va être amusant. Donc l’héroïne se retrouve dans un parking souterrain lorsque trois mecs discutent. Jusque-là, c’est simple. Ensuite un péquenot se pointe. On va lui parler amicalement. Ca dégénère, on casse des doigts, bref on s’amuse un peu. Bon ce qu’il y a de drôle, c’est qu’on ne sait pas que tu es là, cachée, comme une putain de petite fouine que tu es. » Une gigantesque claque frappa ses fesses de manière inattendue. Elle cria, pleura, supplia à voix basse.
« Chuuuut, chuuuut, tu vois ? Ca m’énerve quand j’y repense. Il va falloir être gentille. Ca, ce n’était rien qu’une petite fessée à une vilaine petite curieuse. T’as pigé que je sais que tu étais planquée à nous reluquer le jour où l’on a pété la gueule à Barker. Ce connard a fait sa forte tête. Il n’a pas voulu écouter. J’aurai aimé le buter ce jour-là mais j’avais pas le droit, enfant de…Voilà que je m’emballe tout seul. Je suis tendu tendu dis donc. Pourtant c’est pas la première fois qu’une petite est allongée devant moi. Presque nue. »
« S’il vous plaît, non, ne me faites pas de mal, s’il vous plait, je ferai ce que vous…s’il vous plait » Non surtout ne pas dire ce que vous voudrez. Ce salaud a déjà des idées en tête.
« C’est exactement ça ma belle. Dis-moi tout. Je t’ai raconté le début de l’histoire, j’ai planté le décor, les personnages. Et maintenant, tout reste à écrire. Si tu es une bonne fille, rien n’est à craindre, tout est à comprendre. Je t’écoute. Ne me dis pas ce que tu as vu. Je le sais. J’y étais. Dis-moi ce que tu as entendu. Ce que tu as compris. Ce que tu n’as dit à personne. » Souffla t’il près de son oreille dans un murmure à peine audible.
Le stress la faisait saliver à outrance à moins que ce ne soit la position. Peut-être l’ensemble des deux, elle s’étouffa et son corps eut des soubresauts inquiétants ?
« Eh ? Ca va ? Oh Fanantena ? » Elle sentit des tapes dans le dos et repris son calme et sa respiration.
« Ca va mieux. »
« Ok ma poulette, parce que si tu dois crever, ce sera de ma main. Crache le morceau maintenant. »
Il tapa du pied pour montrer son impatience dans le champ de vision de la tenniswoman.
Des chaussures de villes noires, pantalon de costume noir classique. Elle ne pouvait rien distinguer de plus. Bien maigre si elle devait donner un signalement à la police. Enfin, bien maigre étaient ses chances d’en sortir vivantes.
« Je…Je ne sais pas par où commencer. Je venais rechercher mon téléphone. Je ne sais pas pourquoi j’ai fait attention à vous. Quelque chose dans vos postures. La moto mal garée peut-être. Inconsciemment j’ai ressenti du danger. »
Il ria. « Tu m’étonnes bichette ? Nous sommes dangereux »
« J’entendais votre conversation. Ca résonne dans un parking et il n’y avait personne d’autres.
L’homme dans la voiture, le gros pick up vous disait qu’il fallait faire attention à Douglas. Qu’il était rapide, bagarreur, qu’il ne se laisserait pas faire, qu’il fallait l’intimider, se montrer comme de vrais durs sinon ils ne marcheraient pas. Il vous a dit qu’il fallait absolument lui casser un ou plusieurs doigts de la main droite. Qu’il ne devait plus pouvoir jouer à son meilleur niveau. Jamais. Il a dit que vous seriez payé après. Vous…Vous avez tenté de négocier. Peine perdue. Il vous a fait comprendre que c’était lui le boss. C’est…C’est tout ce que je sais. »
Elle entendit du métal crissé sur les barreaux de la table de massage.
« Chééérie, va falloir être encore plus mignonne que ça. » Il tira sur son short et elle sentit une lame d’acier froide glissant le long de la raie de ses fesses qui déchira son short.
« Non pitié non, je vous en prie non. Je vais me souvenir, attendez. »
« Bah vaudrait mieux ma douceur si tu ne veux pas que je profite du joli cadeau que j’entraperçois. » Crache putain. Dis tout, hurla t-il, trahissant un phrasé différent de ce qu’elle entendait depuis le début.
« Oui oui, je parle je ne fais que ça de parler. Vous…Euh je ne sais pas lequel des deux vous êtes. Le petit ou le colosse tatoué. Oh je ne peux pas dire ça, vous allez me tuer. Je ne le pense plus je vous jure. Vous me faites peur, je sais maintenant. »
La lame du couteau apparut dans son champ de vision.
« Ta dernière chance avant de faire connaissance avec mon ami. » siffla t’il.
« Je veux dire. Vous n’aviez pas l’air de gros dur avant qu’il arrive. Barker. Vous aviez l’air de gars qui n’avaient pas l’habitude de faire ça. C’était l’argent qui vous motivait mais c’est le gars dans la voiture qui vous disait comment faire. Oh mon dieu, pitié. »
Elle pleurait à gros bouillons maintenant.
« Vous avez écouté, le petit a pris des notes pour répéter ce qu’il devait dire à Barker. C’était un coup monté. Anticipé. Pas un vol à la sauvette qui tourne mal. »
Raclement de gorge puis la voix calme l’encouragea à poursuivre.
« Rien de bien nouveau ma belle, je sais tout ça. Ce qui m’intéresse, c’est ce que tu as entendu. Tout. »
« Le boss, il vous a dit que cet enfoiré de Douglas lui avait volé ses rêves. Que c’était un putain de voleur. Qu’il allait souffrir pour ça. Que ça faisait longtemps qu’il y pensait. Qu’il allait lui retirer ce auquel il tient le plus. Qu’il allait lui créer des désirs pour mieux lui reprendre. Je n’ai pas compris la dernière phrase mais elle parlait de lui. Un rapport ou un lien avec Barker mais je n’ai pas entendu, je vous le jure. J’ai rien dit à Barker sur ça. Je vous le jure. »
La force avait semblé être totalement évacué de son corps. Les tremblements étaient terribles. Elle se savait perdue et ne pouvait rien tenter. Toute fin heureuse était illusoire.
« Mon petit, les dernières questions et on aura fini, d’accord ? As-tu vu le patron dans sa voiture ? Je sais que si tu l’avais vu, tu l’aurai sans doute reconnu. Je ne te ferai pas souffrir si tu me dis la vérité. Une vraie promesse de gentleman. Si tu me mens, tu verras tes membres devant tes yeux un à un. »
La lame crissait sur le métal comme dans un mauvais film, accentuant la terreur de la jeune joueuse.
« Non, les vitres étaient teintées et remontées trop hautes. Je ne sais pas qui c’était. Ce qui m’a surpris, c’est que c’était un pick up. Y en a pas des masses des pick up à Paris. Quand il a démarré, c’était une boite automatique c’est sûr. Peut-être une voiture de location. Oui je crois que j’ai vu un autocollant sur le haillon. Avis ou Hertz, je ne sais plus, ça fait longtemps. Ils louent ce genre de voitures quand on est nord-américain et que l’on ne s’est pas conduire une boite manuelle. Et de toute façon, vous parliez en anglais. J’ai tout raconté. Je ne sais rien d’autre, je vous en prie. »
Un long très long silence s’installa.
Le bruit du couteau se posant sur une table plus loin la rassura un peu. Elle entendit le tintement du verre mais pourquoi ?
« Bien ma belle, merci de ta gentille collaboration. »
L’inconnu plaqua un torchon imbibé de chloroforme sur la bouche et le nez de la jeune femme et lui parla doucement.
« Chuuuut, n’ai plus peur Fanta, il ne t’arrivera rien. Tu vas t’endormir et tu seras libérée à ton réveil. Je ne serai plus là. Je suis désolé, vraiment désolé. Dors Fanta, dors et oublie ça. Pardonne-moi. »
Il libéra ensuite les liens un à un, la tourna sur le dos délicatement, puis contre toute attente, l’embrassa sur le front.
Il ramassa dans un sac à dos le couteau, flacon et torchon. Puis essuya ses empreintes sur toutes les parties de la table de massage, ainsi que l’unique poignée de porte de la pièce exiguë.
Il sortit vite et referma la porte derrière lui, courut dans une longue allée et rejoignit la centrale, puis passât sous le porche aux deux raquettes entrecroisées.
Une fois dans sa voiture, il démarrât en hâte. D’un geste vif il rabattit le pare-soleil et aperçut son visage en pleur.
« Putain Doug, mais qu’est-ce que tu as fait nom de dieu ? Jusqu’où es-tu prêt à aller pour te venger ? Je me dégoûte. »
Je crachai sur mon reflet.
Je savais parfaitement que jamais Fanta ne m’aurai parlé. L’unique moyen était d’utiliser la peur que lui inspirai les vrais dingues. Se faire passer pour eux. Une idée horrible mais y en avait-il d’autres ?
Je connaissais bien ce lieu d’entraînement en Floride. J’avais utilisé un petit vestiaire à l’écart. Tôt le matin, seul les pros venaient taper la balle. Subtiliser la table de massage dans la nuit et la ramener dans le local avait été un jeu d’enfant. Le chloroforme avait été plus risqué à acheter. Il se vend encore aux Etats-Unis. Le simple motif de petits chatons à éliminer sans souffrance avait suffi.
J’avais joué un gros coup de bluff en affirmant qu’elle reconnaîtrait le boss. Je suis persuadé que c’est quelqu’un de mon entourage. La paranoïa fait partie de moi maintenant.
Je dois reconstituer le puzzle. Je dois me poser, réfléchir, passer à la suite.
Oui passer à la suite…
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 26 Juin - 0:29

Dexter, je n'ai jamais eu le temps de le lire en entier et je compte bien le faire ce week end !

En même temps, je dis ça mais le chapitre 23 n'est certainement pas être le dernier Smile




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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 26 Juin - 12:46

Idem pour moi .... à moins que je n'attende une parution en livre de poche ! Wink
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 26 Juin - 14:36

merci les amis. 30 chapitres au total Wink
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Ven 26 Juin - 14:37

Chapitre 24 :
La mémoire, ce passé au présent.
François Chalais

Il y a des lieux comme ça ou l’on rêve d’y retourner toute sa vie. Pour un paysage inoubliable, parce qu’on y a vécu des moments intenses, pour des rencontres, que sais-je.
Il y en a d’autres qui reviennent à vous alors que vous ne le désirez pour rien au monde.
J’étais dans un de celui-là.
Il y faisait limite froid, un néon au loin clignotait. Il y avait des gens de passage qui se rendaient jusqu’à leurs voitures haut de gamme. Malgré les idées reçues, tous les clients des hôtels de luxe ne faisaient pas appel au voiturier.
Je me trouvais exactement là ou ma vie a basculé. Là où tout a commencé.
Dans le parking souterrain de l’hôtel Crillon à Paris.
Les très maigres informations arrachées à Nomenjanahary m’avaient poussé vers une recherche approfondie chez les loueurs de voitures. L’impasse totale. J’ai cru avancer en me rendant compte que les automatiques étaient particulièrement louées dans les aéroports, mais impossible d’accéder aux fichiers des sociétés. Ultra-protégés bien entendu, et de toute façon, je n’avais pas les compétences pour craquer ces dossiers. Mais mon argent est en cela efficace. J’ai suivi un jeune commercial parisien des deux enseignes citées par Fanta, et pour quelques milliers d’euros, ai réussi à avoir le listing de noms des clients remontant à trois jours avant mon agression.
La limite se trouvant uniquement aux noms. Pas de lieu de naissance, de pays de destination. Même en ne retenant que des noms anglo-saxons, il en restait des centaines. Peine perdue.
Je ne sais pas ce que j’espère en me rendant dans le parking. Une révélation ? J’avais le sentiment bizarre d’être un serial killer revenant sur les lieux du crime.
Je me repassais les scènes du film et tentais de compléter par les informations volées la semaine dernière.
Fanta descend et en voyant les types louches, se cache derrière sa voiture.
Les mecs sont des malfrats de petites envergures. Ils se font dicter leur agression par un troisième. Je les prenais pour des caïds de par leur assurance. Le coup était en fait juste bien monté. Ils parlent anglais et la voiture est une automatique louée probablement dans un aéroport. Le costaud a un tatouage Maori sur l’épaule. Le boss se cache pour donner ses ordres. Il fait attention aux caméras sûrement. Pourtant, il n’avait pas l’intention de me tuer. Non, il l’aurait fait sinon. C’est pour ne pas être reconnu bien sûr. Mais ne faisant pas partie de l’agression, que risquait-il ? A moins qu’on puisse le reconnaître. Oui pourquoi pas. Je sais aussi qu’il connaît mes habitudes, il sait ou me trouver. J’ai éliminé mon ancien coach, gros suspect à mes yeux. L’idée qui me vient naturellement à l’esprit est un joueur du circuit pro. Tout mon entourage et mes ‘amis’ connaissent mon planning, mes habitudes d’hôtels et j’en passe. Si c’est un joueur par exemple, son visage aurait été identifié, d’où l’intérêt de se cacher derrière des vitres teintées. J’ai déjà éliminé pas mal de prétendants depuis des mois, il me faut chercher parmi mes compatriotes, des américains ou anglais. C’est bien vaste. Et surtout pour quel mobile ? Là, je flotte complet.

Voleur de rêves. Qu’est-ce que ça veut dire ? J’ai volé des femmes à des maris, de l’argent à des joueurs de poker de bas étage, des victoires à des adversaires… des victoires à des adversaires putain. C’est pas con ça.
Je faisais les cent pas dans le parking et je sentais la caméra de surveillance près de la porte de l’ascenseur qui me suivait dans mes déplacements.
Est-ce qu’un joueur frustré pourrait m’en vouloir au point de m’éloigner du circuit quelques mois ? De m’éjecter du simple plus particulièrement. N’oublions pas la menace des gorilles.
C’était tordu mais malgré tout, je continuais d’ignorer le lézard qui pondait des œufs dans ma tête.
Je me suis souvent frité avec des mecs comme Lê ou Authom sur le terrain, mais au final, c’est plutôt eux qui m’ont fait des misères. Et ils n’ont pas les nationalités recherchées dans mon profilage. A moins que je m’empale le bras dans l’œil.
« Tout va bien Mr Barker ? » Un agent de sécurité m’observait.
J’avais envie de lui dire un truc du genre, et connard, fallait s’en inquiéter il y a quelques mois quand j’ai perdu ma vie dans ton parking de merde. Au lieu de ça, j’ai juste répondu oui, tout en passant devant lui pour rejoindre l’ascenseur. Je reviendrai plus tard. Le lieu était propice à la réflexion.
Je repris la carte magnétique donnant accès à ma chambre, à l’accueil.
« Ah Mr Barker, j’ai une lettre pour vous. » Le réceptionniste me la tendit avec un sourire travaillé à l’excès depuis des années. Sa voix trahissait une certaine lassitude.
Papier kraft marron, pas de timbre, pas de nom d’expéditeur.
« Pardon mais elle vient d’où cette lettre ? Il n’y a pas de cachet ? Personne ne sait que je suis ici et je me suis enregistré sous un pseudo, comme souvent quand je viens chez vous. »
« Un jeune coursier que je ne connaissais pas l’a déposé à votre intention il y a une heure. Il savait ou vous trouver. A votre disposition Mr Barker. »
Cette dernière phrase pouvait se traduire par un qu’est-ce que tu me fais chier avec tes questions à la noix trouduc.
Je suis allé m’asseoir dans l’un des salons du palace et j’ai décacheté mon enveloppe.
J’en ai ressorti soigneusement quelques coupures de presse.
Putain d’enfoiré de merde. La première relatait, photo à l’appui, le terrible incendie coûtant la vie d‘une jeune médium. Beth
Plus troublant encore, la seconde était un encart annonçant ses funérailles avec le lieu où s’était tenue la cérémonie religieuse.
Une troisième dans la page sportive. L’annonce de ma retraite du circuit pro avec une photo peu flatteuse. Amaigri, mal rasé et repoussant le bout de l’appareil photo de ma main comme on chasserait un paparazzi.
Je n’ai pas compris la quatrième page. Pas tout de suite. Dans la rubrique vie locale, encore une image en noir et blanc me montrait trois jeunes filles d’une dizaine d’années, tenant par la main ce qui devait être leurs mamans, de par la ressemblance.
‘Gala de danse réussi pour les petites nouvelles’
La montée d’adrénaline bloqua ma respiration, crispa mes muscles et troublèrent ma vue.
Beth, sur la photo c’était Beth. De la voir me fit fondre encore une fois. Mais ce qui me secouait était la copie conforme qu’elle tenait en bout de bras, souriante. Une mini Beth.
Sa fille. Fille que je ne connaissais pas. Jamais elle ne m’en avait parlé. Mon dieu mais où est-elle maintenant ? Avec son père peut-être ?
Je tournai la page, rien d’intéressant. Elle avait été découpée de manière à ce que le nom du canard n’apparaisse pas.
Ce qui m’avait échappé jusque-là et finit de m’achever moralement et mentalement était tout en bas à droite.
L’article datait de la semaine dernière.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Sam 27 Juin - 15:18

Chapitre 25 :
Plus on a médité, plus on est en état d’affirmer qu’on ne sait rien
Voltaire


A n’y rien comprendre. Beth en vie ou encore un montage pour me rendre cinglé ?
Dans l’avion me ramenant en Nouvelle-Zélande ma tête bourdonnait autant que les réacteurs.
Il m’aura fallu des heures, qui auraient dû être de sommeil, pour me rendre compte que le fait intéressant n’était pas l’enveloppe en elle-même. Mais bien celui que je suis suivi. Que mes faits et gestes sont connus de ce taré qui me harcèle depuis des mois.
Comment pouvait-il savoir que j’étais à Paris ? Dans le même hôtel que le jour de l’agression. Le jour où ma vie a basculé…avant de sombrer.
Je regarde mon voisin de droite qui dort la tête écrasée contre le hublot. Puis la petite blonde d’une vingtaine d’année de l’autre côté du couloir qui regarde un épisode de Sex and the city sur son I pad.
Suis-je encore observé dans cette carlingue ? Il y a de quoi couler dans une belle putain de paranoïa profonde.
Je dois aller au bout de mes recherches. Je dois comprendre, trouver des réponses. J’ai tout abandonné pour ça.
J’ai lâché le tennis pro, laisser tomber Dexter mon coach et ami, j’ai aimé une femme pour la première fois. Aimé vraiment, avant de la perdre. Je l’ai enterré puis on veut me faire croire qu’elle est encore en vie.
Ca ne tient pas.
Des petites frappes sans grande expérience se font passer pour de grands truands histoire de m’intimider. L’idée étant que je ne joue plus au tennis le simple. Puis on me collerait une fille dans les bras. Une complice peut-être ? Beth une complice ?
Bon, si elle est en vie, supposons, mais on dirait du Harlan Coben.
Revenons au postulat de base, Beth est bien Beth et elle est morte.
A ce moment un trou d’air me fit remonter le cœur sur la langue.
En ce cas, quel est le rapport entre ma retraite tennistique et la mort de Beth si elle est effectivement criminelle ?
Quel serait le but ? A part me détruire totalement. Une vengeance ? Mais je n’ai jamais fait assez de mal pour mériter des représailles si disproportionnées.
Ca ne colle pas. Je ne vois pas le lien avec mon nid de suspect qui serait, selon moi, un proche.
Mais qui d’autre qu’un proche connaît mon planning, mes allers et venues. A bien y réfléchir d’ailleurs, plus grand monde ne sait ou je suis. J’ai coupé les ponts en noyant mon chagrin à coup de 12 ans d’âge.
Je pris mon téléphone et regardait le dernier sms que j’avais envoyé. Il datait déjà de deux mois.
- Tu vois Dex, je te l’avais dit que tu ferais le doublé de médaille aux J.O avec Forlani. Tu n’avais pas besoin de moi -
Un sourire vint étirer mes commissures de lèvres. Il y avait longtemps.
La petite blonde de l’autre côté du couloir me regardait, et me sourit aussi tout en remettant une mèche de cheveux derrière son oreille.
Mignonne mais pas assez pour effacer cette année.
Et puis le boss, qui est le boss ? Un type qui donne des ordres lui-même. Sur les lieux de l’agression. A Paris.
Fanta a dit qu’il parlait anglais avec un fort accent. J’en reviens à un proche. Les tennismen parlent tous couramment anglais bien sûr, mais gardent souvent un léger accent de leurs origines.
Ca confirme ma piste. Ca colle aussi avec un déplacement Parisien sur la même période que moi. C’est raccord avec le fait d’être suivi. Quoique je ne suis plus le calendrier ATP maintenant dans mes déplacements.
Bordel, c’est compliqué de tout mettre en place. Les puzzles, ça m’a toujours fait chier. Pas la patience.
Puzzle oui. Mais un petit puzzle.
Pas beaucoup de pièces. Le boss donne ses ordres en direct à deux sous fifres. Pas d’intermédiaires, toujours les mêmes mecs.
Dans le parking du Crillon et à l’enterrement. Histoire de se montrer. De me dire que si Beth est sous terre, c’est eux.
Que c’est de ma faute.
Mais quelle faute ? Mon dieu mais qu’ai-je fait de si terrible ?
Et si je retrouve le coupable, je ferai quoi ? C’est une sacré bonne question ça mon cochon.
J’ai envie de connaissance ou de sang ?
Oui, c’est de sang dont j’ai besoin. C’est la colère qui me guide maintenant. L’abattement a fait place à une détermination sans faille.
Et si je suis espionné, pourquoi ne pas s’en servir. Tendre un piège. Putain quel con. Pourquoi n’y ai-je pas pensé plus tôt ?
Je dois faire croire à une découverte dans un lieu précis, laissez des traces et surprendre.
Puis…Attend Doug, t’en es pas là. Maîtrise ta colère.
Je dois me poser. Réfléchir à un plan d’action pour confondre ces enfoirés.
Je dois m’éloigner de tout pour cela.
Un endroit reculé où on pourrait me trouver sans lever de la poussière qui reviendrait directement à mes yeux.
La ferme.
Bien sur la ferme de papa. C’est à cinq heures de route d’Auckland, pas de voisins et je n’ai pas vu maman depuis des mois. Elle sera heureuse comme tout. Je m’installerai dans la grange réhabilitée qui est devenu ma chambre d’ado.
Idéal pour réfléchir et bâtir un plan d’attaque.
C’est ça Doug, tu passes à l’attaque.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mar 30 Juin - 8:38

Chapitre 26 :
La vraie nouveauté naît toujours dans le retour aux sources.
Edgar Morin



Le périple était sauvage d’Auckland à la ferme de mes parents. La route 1 qui rejoint Wellington est superbe et d’excellente qualité. Ca se complique dès lors que l’on prend la Rangiwahia road. J’ai bien fait de louer un 4x4.
Il y avait bien 7 ans que je n’étais pas retourné à la maison.
Le tennis amène aux quatre coins du monde mais saurais-je encore trouver la cuisine dans la ferme ?
Sept ans. La dernière fois était pour l’enterrement de mon père, victime d’une chute de cheval.
Ce n’est pas que cela m’est difficile de retourner à mes origines, non.
C’est que l’argent aidant, je préférai inviter ma mère à coup de billets d’avions et d’hôtels de luxe, à me rejoindre en Floride, à Rome ou bien Monaco.
Je sais qu’elle acceptait pour me voir uniquement. Les palaces, limousines et paillettes sont à l’opposé de ses convictions profondes.
C’est une femme simple, proche de la terre et de son élevage de chevaux qui ont fait la fierté de mon père.
Nos champs de céréales ont été repris par mon frère Steve. Il n’a jamais quitté la Nouvelle-Zélande et encore moins le ranch.
Nous n’avons presque aucun contact depuis que je me suis jeté dans cette vie de patachon. Il ne doit pas bien comprendre ce que j’y trouve.
J’arrête ma voiture au milieu du chemin de terre pour couper quelques fleurs de tournesol. Ne jamais venir voir sa maman sans des fleurs. Surtout lorsqu’on arrive à l’improviste.
Cette retraite au calme va me permettre de me poser et de réfléchir à comment remonter à la source.
Je vais m’installer dans la grange, pardon MA grange.
Ce n’était pas à proprement parlé une réplique de celle de Clark Kent. Moins belle, plus petite et au bois brut, mais elle avait sa petite fenêtre tout en haut sur laquelle nous avions accroché, moi et Steve, une poulie avec une corde.
Notre plus grand bonheur était de rejoindre la salle à manger pour le dîner en nous jetant dans le vide, au grand désespoir de mon père.
Vous allez vous briser le coup qu’il disait… Quand le fragile, c’était lui.
Le rez de chaussée était aménagé en petit salon avec canapé lit. Des étagères de BD et de livres couvraient l’intégralité des murs quand je suis parti. Peut-être que c’était devenu une petite dépendance pour recevoir des amis ?
Je redémarrai. Ca allait vraiment me faire du bien cette mise au vert.
J’en avais oublié ces paysages splendides, Vallonnés et verdoyants. Je longeai la rivière qui me menait chez moi, doucement, pour soulever le moins de poussière possible.
Les chevaux m’ont vu bien avant ma mère.
Molly fronça les sourcils en voyant venir une voiture étrangère aux vitres teintés et souillées de sable puis son visage s’éclaira quand je descendis.
« Douguy, oh doug mais qu’est-ce que tu fais là mon petit » cria t’elle en se jetant dans mes bras.
« Maman s’il te plaît, ne m’appelle pas mon petit, je mesure deux têtes de plus que toi et connaissant ma poisse, s’il y a un journaliste planqué dans un fossé, il va se foutre de ma tronche pour les dix ans à venir. Sinon, accessoirement, j’aimerai bien pouvoir reprendre mon souffle.» Dis-je en l’embrassant.
« Depuis quand tu débarques comme ça au ranch ? Tout va bien ? »
Je levai les yeux au ciel comme s’il ne m’arrivait jamais rien et attrapai les tournesols à l’arrière du tout-terrain.
« Pour toi. J’avais envie de passer quelques temps ici. De me reposer. Ca ne te dérange pas ? La grange est toujours libre ? »
« Elle n’a presque pas bougé depuis ton départ oui. Steve tient à ce que rien ne bouge. Tu sais comme il tient à son frère. Par contre, le champ que tu as traversé est maintenant à nous et ça risque de ne pas durer si tu lui coupes sa récolte. » Puis elle rit.
Elle était heureuse, là, maintenant. Il y avait longtemps que je n’avais pas rendu quelqu’un simplement heureux. Malgré son visage radieux, elle n’arrivait pas à en faire autant pour moi.
Mon sourire de façade fit illusion.
Je pris ma valise et me dirigeai, en lui tenant la main, vers la grange.
« Des nouvelles de Tess ? » Ma sœur cadette, vétérinaire dans le comté.
« Oui elle passe souvent. Tu sais, c’est elle qui s’occupe des chevaux mais je la crois capable de leur inventer des maladies rien que pour venir chaque semaine. Je ne devrais pas te le dire, mais je crois qu’elle est enceinte. Elle ne m’a encore rien dit mais elle s’arrondit et pose en permanence sa main sur son ventre dès qu’elle est immobile. Bill avait perdu un bébé de sa première femme, il est très craintif. Ils veulent sûrement attendre un peu avant de nous l’annoncer. »
« Super nouvelle maman, j’aurai l’occasion de la voir, je pense rester une bonne semaine. »
Molly souleva le loquet de la porte démunie de cadenas. Qui irait piller une grange ici ?
Elle appuya sur l’interrupteur.
Il y avait eu quelques changements dans la déco mais je retrouvai les lieux.
A la place des étagères de bouquins, il y avait des coupes. Un tas. Les miennes.
Des juniors jusqu’au pro. Des posters en action, raquette à la main, grimaçant, souriant, ronchonnant. Ah oui, c’est bien moi.
Quelques coupures de presse. Un vieux sac de toile élimé jonchait le sol. Je le reconnu de suite. Notre premier sac de tennis que l’on utilisait Steve et moi pour rejoindre le village ou il y avait un semblant de court en terre. J’ai bien pensé en terre hein ? Pas en terre battue. Nuance.
« C’est Steve qui entretien la grange, il a gardé tous les magazines ou tu apparaissais. Il est très fier de toi tu sais. Je te laisse poser tes affaires, j’ai laissé un poulet dans la cuisine et je ne voudrai pas que le chat se régale avant nous. A tout de suite mon bout d’homme.»
« Maman, pfff. M’appelle plus comme ça c’te plaît. » soupirais je.
Ma chambre avait peu évolué. Quelques touches de modernité tout de même. Un vrai lit, des éclairages halogènes, un ordinateur dans un coin, une petite télévision écran plat, un téléphone aussi. Et dire que j’en ai rêvé d’avoir ce téléphone dans ma chambre durant tant d’années et qu’avec l’apogée des portables, cela faisait un peu désuet maintenant.
Ici je serai bien pour réfléchir. Mon petit bureau fera l’affaire. Je retirerai quelques posters et afficherai mes rubans de paper board pour bâtir une trame plus concrète.
Ca aura un petit côté profileur…ou serial killeur c’est au choix.
Le PC avait une connexion internet. « Même ici on arrive à être relié au reste du monde. » dis-je à voix haute.
« Bah oui, qu’est-ce que tu crois, tu penses toujours qu’on n’est rien que des grouillots frangin ? »
« Steve, ouah la vache mais t’as grossi mon vieux. »
« T’es sur que c’est pas toi qui bouffe rien la star ? » répliqua t’il sérieusement.
Puis nous éclatèrent de rire et nous serrâmes l’un l’autre.
« Pas très viril tout ça » dit-il me repoussant doucement tout en me faisant un clin d’œil.
Molly pénétra à ce moment.
« J’ai mis le poulet dans le four, on va fêter le retour du fils prodigue. J’ai eu votre sœur au téléphone, elle ne peut pas venir, elle est en congrès à Wellington. Dis donc Steve, tu ne veux pas inviter ta petite copine ce soir ? Tu sais Doug que Steve a une amoureuse mais qu’il ne veut pas me la présenter ? »
Mon frère rougissait comme un adolescent pris en flagrant délit avec un Penthouse dans les toilettes.
« Oh c’est mignon ça. Mon frérot découvre la vie enfin » Pouffais-je.
Son poing claqua contre mon épaule. On faisait ça aussi plus petit, mais ça faisait moins mal.
« Non, ce soir c’est des retrouvailles familiales, on reste entre nous. Ca n’arrive pas si souvent. »
Nous savions tous qu’il avait raison.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mar 30 Juin - 22:22

Chapitre 27 :
Si proche, si loin,
Jimmy Liao


« Non maman j'en peux plus. S'il te plaît ne me force pas. J'ai plus 10 ans. Ce serait bien que tu t'en rendes compte enfin. » Molly sourit et se leva pour débarrasser.
En passant derrière moi elle m'ébouriffa les cheveux, afin de me rappeler que c'est elle qui décidera du jour où elle me trouvera grand.
Un silence qui n'avait rien de pesant s'installa entre les deux frères. Je regardai les accumulations de souvenirs de voyages bon marché, glanés ici ou là, n'ayant pour unique but d'amasser la poussière dans leurs recoins respectifs les plus improbables.
« Pas grand-chose n'a changé ici. » assurais-je.
Steve ne me regardait pas, il jouait avec un dessous de verre à le faire tourner encore et encore.
« Tu t'attendais à quoi frérot ? Que maman allait tout bazarder ? Retrouver un nouveau Jules et vendre la ferme ? » Le ton n'était pas agressif, il était froid.
Mon jumeau a toujours eu un sentiment d'abandon quand j'ai embrassé la carrière d'un tennisman professionnel. Je ne suis donc pas surpris par ses remarques. Et il en faut plus pour déstabiliser un Barker.
Ca ne méritait pas de réponse et le silence reprit le dessus. Un peu plus palpable cette fois.
Les bruits de vaisselle le brisèrent.
« Et alors Steve, la ferme ça roule ? Tu te plais toujours ici ? »
Une moue difficilement descriptible vint à ma rencontre. Le bonhomme était taciturne enfant. La ferme et la solitude qui l'accompagne n'a pas chassé son caractère ombrageux avec le temps.
« Et cette nouvelle copine dont m'man à parler cet après-midi ? Raconte-moi »
Il stoppa net les tournis du dessous de verre.
« Tu crois que tu peux te pointer comme ça et faire comme si de rien n'était Doug ? Un petit bisou à maman, un poulet au four et trois questions sur la déco ? Et à moi le bouseux un, ça va la ferme ? Et t'as enfin trouvé une brave campagnarde à culbuter dans les tournesols connard ? »
Et bien si ! Ca se déstabilise un Barker finalement. Je ne l'ai pas vu venir et je n'avais pas le sentiment d'avoir été maladroit. Steve était en colère. Je l'entendais et le voyais. Toute personne ayant déjà vu une colère froide sait qu'entreprendre toute discussion ou négociation dans cet état n'est que pure perte,
Je me suis levé et j'ai fuis le combat. Ca ne me ressemble pas je sais, mais il y a des blessures qui ne se referment pas et je ne serai pas le sel sur ses plaies.
J'ai embrassé ma mère sur la joue en lui souhaitant bonne nuit.
La radio marchait suffisamment près d'elle pour qu'elle soit exemptée de cette dispute familiale.
J'ai retraversé le salon et ouvert la porte pour quitter le bâtiment principal et rejoindre ma grange aménagée.
Plus de frère sans doute parti se coucher en bougonnant. Ca ira mieux demain. Je discuterai avec lui.
La nuit allait être propice à la réflexion.
Le montage d'un piège, d'un appât, d'un plan d'action. Refuser de se laisser mener. Reprendre sa vie en main ou du moins les miettes de ma vie.
Impossible de revenir en arrière, d'effacer mes erreurs, de mettre Beth à l'abri de mes ennuis.
Au fond je ne suis pas si différent du reste du monde. Ce que les gens veulent, c'est que demain ressemble à hier.
Dans mon cas c'est juste une illusion made in heaven.
Je m'approche du mur des posters et photos diverses et j'entreprends d'en enlever une bonne partie. Il me faut de la place pour y mettre les miennes. Mes maigres infos. J'y épingle des grandes feuilles blanches sur lesquelles je m'empresse d'y inscrire les noms de mes ravisseurs. Bob puis Malabar reliés tous les 2 au Boss. J'inscris aussi les noms de Dexter, d'Aftalion évidemment. De Mirjana tout comme celui de l'ex couple Carpenter-Heinzo. Authom le vieux rival, puis Nomenjanahary et son indéchiffrable voleur sur la vitre. Depec l'ami s'il en est et Forlani la bonne copine de toujours. De joie et plus souvent de galère. Dessein le français jaloux. Je repense à Belanov, Stephens ou Mouffok qui ont croisé ma route aussi de façon plus éloigné. Puis Beth. J'épingle l'une de ses photos en plein centre de ce dédale de noms, de flèches et d'annotations.
Une ou elle ne sourit pas, prise à l'arraché sans pose. Sans maquillage, l'oeil un peu perdu dans ses rêves. Dans ses visions peut-être.
J'accroche à côté la photo du journal ou il me semble voir Beth et...sa fille ? Je finis par douter de tout maintenant.
Pourtant...Pourtant c'est bien la même femme. Celle que j'ai aimée. Celle que j'ai perdue. Celle qu'on m'a prise plutôt.
La rage contenue m'empêche d'avoir les idées claires. Je frappe du pied la poubelle au sol qui va s'échouer contre le vieux sac de sport usé par le temps, étalant son contenu.
C'est toujours inutile mais ça fait du bien de taper dans des objets. C'est comme ça.
J'ai encore besoin de place et j'enlève une vieille photo de moi et Steve, raquette à la main. On doit avoir 12 ou 13 ans. L'innocence à l'état brut. Nos vies faites que de rêves, de promesses.
J'empile les images retirées et les posent sur le bureau.
Débile ce comportement de gamin qui frappe dans des poubelles. Je me déteste quand je ne me maîtrise pas.
Notre ancien sac de tennis allait me servir de rangement d'archive tiens.
La fermeture éclair tenait par miracle. Elle accrocha un peu mais tint encore bon.
A l'intérieur ma première raquette Prince, toute noire au cadre usée et rappée, au cordage inexistant, au manche trop petit pour l'homme que je suis devenu.
Je l'exhumai de son cercueil et fit du air tennis trente secondes. C'était bien elle. « Tu m'avais manqué » lui chuchotais-je comme un secret inavouable.
Le sac contenait aussi des revues sportives, des billets d'avions, des notes de frais et quelques photos de...de moi...de moi et de Beth. Je les étalais sur le parquet.
Les billets d'avions, des reçus pour Paris, une facture de location d'un...mon dieu d'un pick up.
Des fourmis envahirent mes jambes, ma tête tournait, droguée à l'adrénaline.
Je me relevai titubant et me raccrochai au bureau non sans faire tomber la pile entreposée quelques minutes auparavant.
Dans les films, un effet de ralenti donne de l'importance au mouvement. Dans la réalité, tout va très vite, on n'a pas une vision d'ensemble non, notre regard se pose sur un détail.
J'ai failli le voir tout à l'heure pourtant. J'ai failli retourner cette vieille photo ou nous avions 12 ou 13 ans ? 12 ou 13 ? Si j'avais retourné ce cliché pour y déchiffrer la date de développement je l'aurai su.
Oh oui, j'aurai su.
Cette photo tombée à l'envers à mes pieds était gribouillée de noir, de traits rageurs, et barrée d'un mot en rouge. Voleur. Le voleur que Fanta m'avait glissé, terrorisée.
Mon vieux sac de jeunesse n'était devenu qu'un calice de sang et de larmes.
La porte s'ouvrit en grand et Steve pénétra tout sourire.
« Eh mec, j't'emmerde pas, j'veux juste récupérer quelques aff... »
Mes yeux débordèrent instantanément en voyant son visage se figer.
« Bordel Steve, qu'est-ce que t'as fait ? »
Il se redressa et tendit le bras pour attraper la batte de base ball dans le coin du mur.
« Putain Doug, ça devait pas se passer comme ça. Faut vraiment que tu lâches rien hein ? »
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mer 1 Juil - 18:30

Chapitre 28 :
Il n'est point de secrets que le temps ne révèle
Racine



Tout. Tout sauf lui. Pas mon propre frère. A côté de quoi suis-je passé ? Pourtant c'est bien Steve qui me barre la sortie. Jumeau en tout point avec pour seule différence de taille. C'est lui qui tient la batte de base ball en cet instant.
« Je comprends rien. Ces photos dans le sac. Ne me dis pas que tu es dans le coup avec ces brutes Steve ? Ils t'ont forcé ? Ce sont ...Ce sont des meurtriers ils ont tué une femme et ont menacé de... »
Il me coupa la parole de son ton glacial.
«Tu vas la fermer ta gueule ou c'est elle qui s'en charge ? » me dit-il levant un peu plus haut l'arme blanche. Comme si je ne l'avais pas vu.
Mais c'est mon frère que je redécouvrais. Physiquement, il avait toujours été plus rond que moi, plus négligé aussi. Les cheveux plus longs en permanence, signe de la rebelle attitude.
L'homme en face de moi n'était plus celui que j'ai vu grandir à mes côtés. Non, c'était ma réplique parfaite. Le coiffé-décoiffé assez court, la barbe de 3 jours que j'affiche en permanence. Pour les traits de visage, que voulez-vous, nous sommes de vrais jumeaux. Il s'était affiné, musclé aussi.
Je me tournais vers le mur et je me suis rendu compte qu'au-dessus du petit bureau, il y avait une glace accrochée, tout autour des photos récentes de moi, découpées dans des journaux. Le décor m'a fait penser aux loges de maquillages des acteurs avant leurs entrées en scène.
Non, on ne dirait pas. C’était ça.
« Alors Doug, on assemble les pièces tout seul ou t'es encore trop con pour faire les liens ? Va t'asseoir sur le lit frérot, je crois qu'on doit avoir une petite discussion.» Du menton il m'indiqua la literie, des fois qu'elle m'aurait échappé du regard.
Les jambes tremblantes je me suis dirigé vers elle, me suis arrêté et baissé pour prendre la photo avec le recto gribouillé.
« Qu'est- ce que je t'ai volé Steve ? » dis-je en me laissant tomber sur le matelas.
Il avait l'air de tomber des nues.
« T'en as vraiment aucune idée ? Mais tout. » Il se lança dans un monologue avec des octaves différents, singeant ici ou là mon père et ma mère.
« Oh regarde comme il est incroyable Doug. En finale de l'Open d'Australie. Qui aurait cru ça en vous voyant tous les deux jouer ensemble au tennis à 5 ans ? Tu te rends compte fiston, ton frère est numéro 1 mondial. Quel dommage que tu n'ai pas percé toi...Elle est jolie la petite copine de Douglas, Mirjana truc, mais siiii, elle passe partout à la télé...Mon fils est médaillé aux Jeux Olympiques, Steve vient voir ça il monte sur le podium... »
Il gesticulait, montait en puissance vocale.
Je décidai de le guider vers l'histoire.
« Ok Steve, j'ai compris, tu es jaloux. Désolé que ça n'ait pas marché pour toi mais j'y suis pour rien. C'est de famille la jalousie. Papa était envieux des chevaux du fermier voisin et... »
« Les péchés du père sont les fardeaux du fils. Il était aussi fou d'admiration pour toi. Tellement aveuglé qu'il en oubliait qu'il avait un autre fils. Un fils qui se levait à cinq heures avec lui pour soigner ses putains de chevaux, charrier du purin, combler le vide affectif de maman quand son connard d'autre fiston si génial parcourait le monde. Ce même fils fabuleux qui n'a pas refoutu les pieds à la ferme depuis sept ans. On est bien trop merdique pour la star hein c'est ça ? Mais t'as rien compris crétin. Je suis pas dans le coup. Je suis LE coup. »
Je le regardai incrédule.
Ca ne tenait pas. Les deux gars qui m'ont agressé, m'ont brisé un doigt, forcé à jouer en double, abandonnant ma carrière de simple. En double et plus en simple...Le déclic.
« Tu as voulu prendre ma place. » soufflais-je.
« Et bah voilà p'tit génie. Le dopage ne t'a pas totalement bouffé le cerveau.
Tu ne bouges pas j'appelle du renfort. »
Sa main gauche se glissa dans son pantalon et en sortit un téléphone à clapet qu'il eut du mal à ouvrir avec sa bouche. Le numéro était dans son répertoire, deux touches suffirent.
« Viens à la grange, magne-toi. Il est là »
Il jeta le téléphone sur le divan face à lui et continua.
« L'idée c'était de t'éloigner du circuit simple. Que tu te foutes au double une demi-saison. Tu te serais ramassé. C'est ce qui aurait dù arriver. Tu revenais de blessure et je te collai Aftalion dans les pattes. Le mec que tu détestais le plus par presse interposée. Et puis t'es pas le genre à partager les couvertures Douguy. Cette association était vouée à l'échec. Au bout d'une moitié de saison catastrophique, je te faisais disparaître et j'entrais en piste. Pour jouer en simple, j'ai pas le niveau, mais en double...J'aurai pu perpétuer ton niveau merdique, sans doute faire mieux. J'aurai changé de partenaire, repris un autre coach plus percutant que ton looser de Dexter. J'aurai repris ma vie. Celle que tu m'as volé. »
Ses yeux étaient larmoyants de rage ou de folie. Impossible à dire.
« Me faire disparaître Steve ? Tu voulais me...tuer ? »
Il s'assit en face de moi dans le vieux canapé.
« Quoi faire d'autre ? En tout cas j'ai voulu le faire puis je me suis ravisé. Ca a mal tourné. »
« Beth ?» dis-je implorant.
« Oui, pas de suite pour Beth, je ne suis pas prêt pour parler de ça. J'ai engagé deux mecs que je connaissais pour les avoir fréquenté dans un bar un peu glauque d'Auckland. Pour quelques centaines de dollars et un voyage tout frais payé en France, ils étaient ravis d'aller te casser la gueule. Et bien sur un ou plusieurs doigts de la main droite. Il fallait justifier ta baisse de niveau pour le moment où je reprendrai les rênes tu comprends ?
Je hochais la tête sans quitter la batte tenue moins fermement dans ses mains.
« Aftalion, tu ne t'attendais pas à ce que ça marche hein ? Il m'a appelé sur mon portable. C'était la dernière personne au monde à qui je l'aurai donné »
Il pouffa.
« Oh comme il est naïf mon petit frère. J'ai eu son agent et me suis fait passer pour un publicitaire. J'ai eu son numéro sans mal. Je lui ai envoyé un message, ou je le suppliai en ton nom bien sûr, de tenter une saison de double avec toi. Je lui ai dégueulé des excuses de lopettes qu'il a gobé mais qui surtout servait à t'humilier encore un peu plus à ses yeux. Ca n'a pas dû être facile à gérer au début votre petite relation. » Son rire résonna amplifié par le haut plafond et le peu de mobilier.
« J'ai regardé ces putains de matchs de votre Open d'Australie. 5 matchs, jusqu'en demi-finale. Autant ça merdait dans les premiers tours, autant je voyais bien qu'il y avait des regards de confiance de temps en temps. Derrière Indian Wells et c'est la finale perdue 7/5 au 3e set seulement. Et vous gagnez Madrid et Rome. La presse s'emballe. Les frères ennemis explosent tout. Les Dahlias Noirs. Quand je vous ai vu lever la coupe de Roland Garros, j'ai su que je ne pourrai pas prendre ta place si vite. Il fallait que je te brise avant. Tu réussissais encore enfoiré. Des points faibles, t'en as jamais eu beaucoup Douguy, mais là, tu avais une femme. T'es comme tout le monde p'tit frère, ton talon d'Achille ce n'est pas ce qui te touche, c'est ce qui touche ceux que tu aimes. Et pour une fois que tu aimais vraiment... »
Je voulus me lever en criant « espèce de salaud, je vais te... »
Il s'est mis debout bien plus vite que moi armant son bras prêt à m'arracher la tête.
« Tututut, tu vas surtout te rasseoir gentiment. On attend du monde. C'est pas bien de quitter la table avant le dessert. T'as été élevé par des sangliers ? »
Je me rassis plus pour en savoir davantage que pour lui obéir.
« Pourquoi t'es là Doug ? Comment es-tu remonté jusqu'à moi ? »
Il ne savait pas. J'avais une carte à jouer.
« Tu as laissé des traces Steve, explique-moi encore deux trois choses et je te le dirai. »
Il me scruta comme si je venais de lui faire une offre très alléchante. Ou bien il avait juste envie de jouer avec moi comme un chat avec sa proie. Une batte en grise de griffe. Je n'aimais pas ça.
« Beth, c'est un coup monté hein ? » Crachais-je. « T'es qu'un ordure. Médium mon cul oui. Tu me l'as collé dans les bras. Une call girl trouvée dans le même bar miteux ? Tu as créé un amour bidon pour mieux me le reprendre. Le corps était impossible à identifier après l'incendie. Et il y a la photo que j'ai reçue. Celle ou on la voit dans un journal avec peut-être sa fille. Sûrement toi qui me l'a envoyé pour me torturer encore un peu plus. Bah tu sais quoi Steve ? Ca a marché. »
Je regardai mes pieds contenant mes larmes. Pauvre con que j'étais.
« Ses visions bidons d’enterrement mon cul. Tout était prémédité. Son faux meurtre, son faux enterrement. Et le petit garçon qui déchire un poster de moi évidemment. Voleur...C'était toi Steve. Et j'ai rien vu... »
La porte de la grange se referma doucement.
« Non Doug, tu n'y es pas du tout. »
Je frottai mes yeux embués mais je n'avais pas besoin de la voir. Sa voix posée, son timbre que j'aurai écouté des heures durant.
C'était Beth.
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MessageSujet: Re: [douglas Barker] roman "dérapages sur le circuit"   Mer 1 Juil - 18:32

On arrive à la fin les amis. c'est l'heure des révélations. quand je pense à ceux qui l'ont lu et n'ont pas eu le temps de finir l'histoire dans l'ex jeu. Il aura fallu le temps mais la voilà Wink
Merci mes lecteurs.
Plus que 2 chapitres et je vous propose d'en discuter à la fin si vous le souhaitez.
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